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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 09:10

Le syndrome des 5 jours. Ça n’arrive qu’à moi ?

 

C’est une sorte de nœud qui commence à se serrer dans mon ventre 5 jours avant la fin des vacances.

 

Au début de ma carrière, je n’arrivais pas à identifier ce point compact qui se densifiait dans mes entrailles pendant chaque période de vacances.

 

Et puis un jour j’ai compris.

Je venais de taper mes symptômes sur l’Internet. On m’annonçait alors une mort lente dans d’atroces souffrances pendant lesquelles mes yeux allaient sans doute éclater et mes oreilles saigner. Et au lieu de paniquer, je me suis senti soulagé et le nœud s’est dénoué dans mon ventre.

 

L’annonce de ma mort me délivrait, me libérait.

Mais de quoi ?

De mes préparations de classe, pardi.

 

Et c’est ça, cette sensation que j’ai appris à connaître et qui revient comme un métronome, cinq jours exactement avant chaque rentrée. Ce sentiment qui toque à l’entrée de ma boîte crânienne et à qui mon cerveau refuse d’ouvrir, sachant éminemment qu’il va jouer les rabat-joie, lui gâchant les derniers jours de vacances en lui annonçant : « Euh, faudrait peut-être t’y mettre maintenant ! ». Plutôt mourir (même d’une hémorragie des oreilles) !

 

Cette boule qui apparait systématiquement dans les derniers jours de vacances, ce n’est pas dû à la rentrée à proprement parlé. Reprendre le boulot, retrouver mes élèves, mes collègues, ça me fait même presque plaisir. Non, ce qui me coûte, c’est la préparation avant la reprise.

 

La préparation au quotidien, ça ne me dérange pas. C’est comme l’eau froide. Une fois qu’on y est, ça va. Le plus dur c’est d’y retourner après être resté emmitouflé au chaud pendant plusieurs jours de vacances. D’abord la nuque puis l’estomac. D’abord la période puis la journée de rentrée. Après on plonge. C’est saisissant, c’est froid les premières minutes puis on s’y fait.

 

Mais le temps de se mouiller pour rentrer préparé, ça prend cinq jours complets. C’est long. Et j’ai beau savoir que la préparation est indispensable au bon fonctionnement de la classe et du même coup, à un certain confort de travail, j’ai vraiment du mal à entrer dans l’eau froide et je reste au bord de la piscine avec ma boule au ventre.

 

Je sais que certains enseignants beaucoup plus prévoyants, se prenne une petite douche tiède tous les jours pour rester dans le bain des préparations pendant toutes les vacances. Je ne suis pas de ceux-là, malheureusement. Moi, je déconnecte complètement (au moins les 10 premiers jours) au point d’oublier que j’ai un métier en dehors des vacances.

 

Mais cette année, j’ai décidé d’aller jusqu’au bout du bout des vacances. J’ai décidé de profiter de la moindre minute, de chercher mon sac partout mardi matin au moment de la reprise, d’oublier le prénom de mes élèves, de mes collègues, de mon métier. J’ai décidé de ne travailler que 6 mois par an, parce que c’est, de toute façon, ce que l’on croit de nous.

 

Et les élèves qui ne font pas leurs devoirs, ils ont une boule au ventre eux ?

Et est-ce qu’ils ont un sixième sens comme nous, pour deviner qu’on a rien fichu pendant les vacances ?

 

- Maître, ça se voit trop que t’as pas préparé la classe.

- Oui, mais c’est parce que, en fait, on était invités…et on s’est couchés tard… et complétement bourrés.

 

Alors voilà, pour une fois j’ai profité de mes 5 derniers jours de vacances.

J’ai fait un tas de trucs que je n’aurais pas fait si je m’étais attelé à la préparation de ma classe :

- Zoner sur internet

- Manger des chocolats

- Jouer deux accords de guitare.

- Actualiser mon compte Le Bon Coin pour voir combien de personnes ont cliqué sur mon annonce : A vendre : Réussir son entrée à l’Ecole Normale (réédition avec les nouveaux programmes de 1985).

 

Bah, en fait, déjà tout ce que je fais d’habitude en préparant mes cours.

Tout ce que je fais d’habitude, mais avec, en plus, une boule au ventre qui grossissait chaque jour un peu plus.

 

Alors voilà, cinq jours, en maillot de bain, en train de se les geler, de l’eau jusqu’aux chevilles parce qu’on n’ose pas entrer dans l’eau, ça ne permet pas de profiter pleinement de la fin des vacances.

 

Du coup, maintenant, il me reste une vingtaine d’heures avant la rentrée. Ça fait juste 10 heures pour préparer ma classe avant d’aller me coucher pour au moins profiter de ma dernière nuit de vacances sans nœud au ventre.

 

 

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Jusqu’au bout
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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 07:28

Quand Directrice a reçu le programme d’École et Cinéma, elle était euphorique. Elle s’est adressée à Monsieur Janti, Sonia et moi-même comme à des gosses à qui elle allait annoncer un Noël anticipé.

- Devinez, petits veinards, ce que vous allez voir au cinéma la semaine prochaine.

A son ton enjoué, chacun y est allé de sa proposition, dévoilant ainsi ses goûts en matière de septième art. Sonia, en mode romantique, a proposé « Nuits blanches à Seattle », Monsieur Janti en mode moins romantique a suggéré « Annabelle » et moi, pour rester dans le même registre de titre, me suis laissé dire qu’on emmenait nos élèves voir « Emmanuelle ».

- Mais non, vous allez voir « Peau d’âne » !

- C’est quoi ? Le dernier Disney ?

- N’importe quoi ! C’est une comédie musicale.

- De qui ? Dove Attia, Pascal Obispo, Luc Plamondon ?

- Y’aura M Pokora ?

- Garou ?

Dépitée, Directrice nous a tendu les brochures qui présentent le film et que l’on doit distribuer à nos élèves. Et elle nous a suggéré d’en prendre aussi connaissance avant de mener une quelconque exploitation dans nos classes.

J’ai alors appris que Peau d’âne était une comédie musicale de Jacques Demy, avec Catherine Deneuve et Jacques Perrin, sortie en 1970.

Plus tard, j’ai aussi appris que c’était le film préféré de Directrice. Le midi, entre deux feuilles de salade vinaigrette, elle nous a chantonné des airs qu’elle disait cultes, mais qui sonnaient à mes oreilles comme des chansons que Dorothée ou Chantal Goya auraient interprétées.

- Recette du cake d’amour ?

- …

- Amour, amour ?

- …

Elle aurait tant voulu nous faire dire : « Ah oui ! C’est ultra connu, ça. C’est bien ! C’est dans Peau d’âne ? ». Un peu comme le titre de cette collection de disques : « Je n’aime pas le classique, mais ça j’aime bien », décliné aussi avec le jazz, le violon et l’opéra.

Sauf que malgré tous les efforts de Directrice, le titre de son CD est demeuré : « Je n’aime pas les comédies musicales, non je n’aime vraiment pas. »

J’ai toujours été fasciné par les goûts musicaux de Directrice. Ils s’étendent dans une tessiture infinie qui englobe toutes les gammes et tous les styles de musiques existants.

Elle nous a raconté dernièrement avoir emmené son mari à un concert de Franz Ferdinand. Le pauvre qui croyait aller voir un crooner vieillissant dans un café-théâtre démodé, s’est retrouvé tout penaud, au milieu de la fosse du Zénith de Paris entouré par des fous furieux (y compris sa femme) qui sautaient partout en braillant les paroles du célèbre groupe de rock écossais.

Plus tard, c’est son neveu qui l’a trainée au concert de Sexion d’Assaut. Elle avait pris soin d’étudier les paroles du groupe sur internet mais s’était trouvée bien démunie devant des phrases comme :

Dans la rue ça rappe en masse, ça XXX d'aller nahess
Pour un 16 mes gars t'agressent, seul le kickage nous ap
aise

Mais elle nous a avoué plus tard s’être amusée comme une petite folle lors du concert.

Ce qu’elle n’a pas avoué et qu’on apprendra plus tard par le neveu lui-même, c’est qu’à l’instar de son mari au Zénith de Paris, Directrice a aussi vécu des moments de solitude devant la scène des rappeurs parisiens. Notamment quand Black M s’est avancé sur la scène pour faire une impro et qu’elle s’est mise à scander le blaze de Maître Gims à tue-tête, fière de montrer qu’elle connaissait le nom des membres du groupe.

- Arrête Tata, c’est pas Maître Gims, c’est Black M.

Les rires autour d’elle lui avaient mis la puce à l’oreille.

- Et puis tata, autre chose… on dit Maître [Guims], pas Maître [Jims].

- Ah non, ça, j’en suis sûre : un G et un I, ça fait [JI].

Malgré tout, je reste fasciné par ce grand écart facial qu’elle est capable d’effectuer entre Michel Legrand et Franz Ferdinand. Et mes préjugés d’inculte quant au cinéma des années 70, je me promets de les mettre de côté pour aller à la projection de Peau d’âne.

D’ailleurs, le projet École et Cinéma n’a-t-il pas été créé pour permettre aux élèves (et à certains maîtres) de découvrir des films qu’ils n’iraient pas voir de leur propre chef ?

Du coup, dans la salle obscure, je me love dans les fauteuils rouges mais confortables et j’ouvre grands mes yeux et mes oreilles pour essayer de comprendre ce qu’une fan de Franz Ferdinand peut trouver à une comédie musicale de Jacques Demy.

Du film, je me souviens avoir été surpris de le voir en couleur, m’être extasié devant la beauté de la jeune Catherine Deneuve, avoir souri devant les effets spéciaux de l’époque et même avoir franchement rigolé au bon mot du tailleur royal qui se lamentait : « Nous n’aurons jamais le temps ! Couleur du temps ?! … c’est embêtant !! ».

Puis plus rien !

Puis les lumières et le brouhaha d’une centaine de gamins.

Un bâillement aux corneilles, quelques étirements et enfin, la satisfaction d’avoir eu l’occasion de voir ce film et surtout d’avoir pu rattraper un peu de sommeil en retard.

Sur un air de comédie musicale
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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 07:30

En 2002, une certaine ministre déléguée à la famille, tombée dans l’oubli depuis, a instauré le congé paternité en plus du congé de naissance. Après en avoir profité une fois en 2010, j’ai remis le couvert il y a peu, bien décidé à bénéficier de ce dispositif une nouvelle fois. La loterie de la fin de grossesse et le hasard du calendrier m’ont permis de rester cinq semaines consécutives loin de ma classe (vacances comprises, je vous rassure).

 

Cinq semaines, c’est presque autant que pour les vacances d’été. La température et l’ambiance estivales en moins. Alors pas question de louer un mobil home dans le sud de la France, même si, au mois de novembre, les prix sont enfin abordables. Pas question non plus de balades à vélo, de pique-niques champêtres ou de couchers de soleil lascifs dans la fraîcheur tombante du crépuscule. Non, le mois de novembre n’offre qu’humidité, nuit précoce et raclette au fromage aux oisifs vacanciers hors-saison.

 

Cela dit, me direz-vous, le congé paternité, dans l’esprit de la fameuse ministre déléguée, avait un autre objectif que de permettre à l’heureux papa de vaquer à de futiles activités divertissantes. Dans mon esprit aussi, cela va de soi. Je m’attendais à dorloter, changer, cajoler, consoler, changer, nourrir, changer, baigner ma toute neuve progéniture. Fidèle au complément du nom accompagnant mon congé, je m’attendais à paterner.

 

C’était sans compter sur la pulsion réactionnaire, un poil extrémiste, carrément antiféministe de ma compagne qui m’a dit :

 

Ma compagne : Les couches, les tétées, les vomis et les câlins, je m’en occupe. Le rôle du père, c’est de finir les travaux dans la maison qu’on vient d’acheter.

 

Du coup, j’ai passé les trois dernières semaines dans une maison vide à faire des travaux. Trois semaines dans la peau d’un artisan constructeur de maison. Un peu comme dans l’émission Vis ma vie. Trois semaines à vivre  la vie de Marc-Emmanuel Dufour, le type de l’émission Tous ensemble. http://s.tf1.fr/mmdia/i/28/0/tous-ensemble-fait-sa-rentree-le-14-septembre-a-17h50-sur-tf1-10979280tbnmh_2568.jpg?v=1

 

Cela dit quand je parlais de mes travaux à mon entourage, les gens tiquaient sur le mot « travaux ». Ils me parlaient gros oeuvre, maçonnerie, carrelage et électricité. Je leur rétorquais tapisserie, parquet, peinture et linoléum.

 

Mon entourage : Ah oui…de la déco, pas des travaux.

 

Alors, fhttp://www.ninapeople.com/i/2008/9/5959_s.jpgace à leur dédain, pour ne pas perdre la face je m’empressais d’ajouter qu’il y avait aussi un peu de plomberie. Sans préciser qu’il s’agissait juste d’un joint à changer, mais résigné à participer pendant trois semaines à « Vis ma vie de Valérie Damidot ». A passer un petit mois dans la confortable et spacieuse peau de la joviale animatrice de télévision.

 


Au début, ma nouvelle activité me convenait parfaitement. Mes outils de travail étaient d’un calme rassérénant. Contrairement à mes élèves, les murs ne bavardaient pas, les pinceaux ne se battaient pas et  la colle ne me répondait pas. Quand je me trompais dans la découpe d’un lé de papier peint, il finissait à la poubelle. Et aucun risque qu’à la sortie son père ne vienne me demander des comptes. Je rêvais alors qu’à l’école on puisse chiffonner et jeter un élève en difficulté puis en découper un tout neuf pour le remplacer. Je rêvais que les bavardages des élèves puissent se diluer dans l’eau comme la peinture dont on cherche la bonne teinte. Je rêvais que les apprentissages s’emboîtent dans les mômes comme des lames de parquets, avec un simple coup de marteau.

 

Je me voyais finir ma vie professionnelle dans des maisons vides à rénover.

 

Deux jours plus tard, je carburais aux antidépresseurs. J’étais à bout. Seul. Au bord du gouffre.

 

Je n’en pouvais plus de ces dociles rouleaux qui se laissaient malmener sur les murs sans rien dire, de ces lés de papier peint uniformes et sans personnalité qui se rangeaient selon mon bon vouloir sans même moufeter, de cet escabeau soumis et silencieux que j’escaladais sans scrupule. Je n’en pouvais plus de ces pièces vides aux murs bruts où résonnait jusqu’à m’étourdir la solitude qui m’assaillait.

 

Mais surtout, je n’en pouvais plus de mes mains autrefois délicates, devenues rêches, écorchées et douloureuses.

 

J’étais en manque. En manque de cris, de différences, d’irrespect, d’incompréhension. En manque d’humains. D’humains de dix ans. Et d’adultes aussi. En manque de mes collègues. De les critiquer, et qu’ils me critiquent.

 

Mais surtout en manque de douceur pour mes mains désormais calleuses et râpeuses. Ces mains aux longs doigts de pianiste qui faisait la fierté de ma mère dans mon enfance, mais qui n’ont jamais joué que de la flûte à bec et de la guitare.

 

De retour dans mon école, vendredi dernier, pour faire le point avec ma remplaçante, dans le couloir, j’ai croisé mes élèves surexcités avec un grand sourire candide, j’ai serré Monsieur Janti dans mes bras, j’ai embrassé chaleureusement Madame Lafeuille, et j’ai même fait la bise à Directrice.

 

Et lorsque ma remplaçante m’a remis les clés de l’école, j’ai trouvé le moment hyper solennel. Même si elle a un peu mal galéré pour la retirer de son trousseau duquel pendait un énorme porte-clés Falbala, il y avait quelque chose de cérémoniel. J’ai eu l’impression qu’elle me rendait ma vie.

 

Ma vraie vie.

 

Ma vie de professeur des écoles.

 

http://souklaye.files.wordpress.com/2009/04/segolene-royal.jpg

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16 novembre 2013 6 16 /11 /novembre /2013 16:55

 

Pour cause d'heureux événement, je n'ai pas écrit d'article depuis une quinzaine.

Mon congé paternité m'éloigne de ma source d'inspiration, du coup je sèche.

 

De plus, les fêtes approchent et il serait temps de penser à faire la promo du livre dont je suis l'auteur, ouvrage qui figure dans ses deux versions dans la colonne de droite sur votre écran.

 

Trois bonnes raisons (la naissance, la panne d'inspiration et la publicité) de vous proposer un extrait des Tribulations d'un futur papa (réintitulé Au secours, journal d'un futur papa gaga dans sa deuxième version).

 

 

Jour 169 : Comment tu t'appelles ?

 

Le choix du prénom. Le choix d'un « cadeau » pour la vie. Pour le coup, c'est vraiment le seul cadeau qui plaît à celui qui l'offre et pas forcément à celui qui le reçoit. Et pas de service après vente. Pas de retouche. Pas de bon d'échange. Même pas un « Ça te plaît ?? » poli.

 

Juste un prénom qui te tombe sur la tronche sans vraiment que tu t'en rendes compte. Il s'insinue dans ta vie comme si c'était normal, comme s'il émanait d'une décision divine ou d'un ordre supérieur. Jusqu'au jour où tu te rends compte que Dieu n'y est pas pour grand chose dans ce choix et que l'être supérieur qui est à l'origine de ton prénom s'appelle Aaron Spelling le célèbre producteur de séries américaines telles que Beverly Hills 90210, Melrose Place, Sunset Beach, Charmed, Sept à la maison ou encore les Frères Scott, et bien d'autres séries, sources intarissables de prénoms à la mode.

 

Mais comme tous les parents. On ne va pas attendre l'avis de notre chérubin avant de lui attribuer un prénom. Pendant 15 ans, il sera difficile de ne pas l'appeler.

 

Alors on fait appel à plein de références. Phonologique, orthographique, biblique, personnelle, cinématographique...

 

Et chaque fois que l'un de nous pense à prénom, on recherche les difficultés éventuelles à le porter.

 

La dame de l'administration : Comment tu t'appelles ?

Kristèlhe :: Kristèlhe.

La dame ( écrivant) : Chri – stelle...

Kristèlhe : Non, non ! K-R-I-S-T-E-accent grave-L-H-E

 

La maîtresse : On dit Ja-Zon ou Djeï-zone ?

Jason : Jâ-zôôône, Maîtresse, je viens du Haut-Doubs.

 

Le père de Brian : Mon fils est au collège. Y'a plus de la moitié des profs qui l'appellent Brillant.

Le père de Brâillane : Moi, j'ai trouvé la solution.

 

La maman : Elle s'appelle Pom' !

La dame de l'état civil : C'est pas possible, Madame. Désolée de vous couper dans votre élan originalo-artistique mais l'apostrophe est interdite dans les prénoms.

La maman : Bon, ben Pomme.

 

La difficulté pour tout enseignant, c'est que chaque prénom rappelle à un cas souvent grave qu'il a rencontré dans sa carrière (même courte).

 

Elle : Valentin, t'aimes bien ?

Moi : Valentin ? Ah non ! J'en ai un qui m'avait pris les phasmes de la classe pour des bâtons de réglisse et qui les avait sucer à la récréation.

Elle : Et Hugo ?

Moi : Lui, je l'avais surpris dans les toilettes en train de se peigner avec la brosse à chiottes.

Elle : Et Diégo

Moi : … ben non, j'en ai jamais eu !

Elle ( espérant ) : Et ça te plaît ?

Moi : J'en ai jamais eu en classe mais j'en connais un qui s'est qualifié en demi-finale de la coupe du monde de foot 1986 en faisant une main. Ensuite il a grossi et il est tombé dans la drogue.

Elle : Tu nous arranges pas la tâche, tu sais ?

 

Alors on essaye de se mettre à la mode. On invente des prénoms à partir d'autres noms.

 

Elle : Et si on faisait un mixe des grands-pères si c'est un garçon.

Moi (ironique) : Voyons ? Bernard et Alain ! Tu préfères quoi ? Berlain ou Anard ?

Elle : …

Moi : En plus, c'est déjà pris.

 

Du coup, on cherche dans les consonances qui nous plaît.

 

Moi : J'aime bien les prénoms en A.

Elle : Ouais, mais y'en a à foison en ce moment des prénoms de filles en A.

Moi : C'est vrai... mais pour un mec ?

Elle : T'en connais ?

 

Après plusieurs heures de recherche, je n'ai qu'un prénom dans ma liste.

 

Judas.

 

Masculin, court, qui se finit en A, bonne sonorité avec le nom de famille, pas trop connoté, pas beaucoup porté. En tous cas je n'en connais aucun. Presque parfait. Dommage, mais après des recherches sur l'origine, Google me renvoie à de nombreuses références bibliques. On préfère un prénom païen. Comme Sabrina par exemple. Qui rappelle plus la célèbre interprète toute mouillée de Boys Boys Boys qu'une figure quelconque de l'ancien testament. Du coup, Judas passe à la trappe.

 

Au final, on décide de penser à contre-courant. Comme tout le monde recherche l'originalité, on se dit que les prénoms les plus portés du moment vont bientôt tomber dans l'oubli. L'originalité de notre enfant sera qu'il s'appelle comme tout le monde... avant.

 

Un petit tour sur internet et les statistiques de l'année 1959 met fin à notre torture mentale quotidienne.

 

Notre enfant s'appellera Philippe ou Brigitte.

 

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 16:00

Quand je rentre dans la classe ce matin, mes yeux pétillent lorsqu'ils tombent sur le tableau de devoirs. C'est cette phrase qui les met en émois : "Pour jeudi 17 octobre, apporter des gâteaux de l'Aïd au maître".

Ce ne sont pas seulement mes yeux qui sont aux anges. Mon ventre aussi. Mon estomac, en fait. Que je n'ai pas rempli depuis deux jours. Depuis mardi, lorsque j'ai vu qu'il me manquait 16 élèves pour cause de fête religieuse.

Seize absents. Autant d'assiettes remplies de succulentes petites pâtisseries dégoulinantes de miel, de neige de coco et de noisettes concassées. C'est pourquoi, j'ai décidé de jeûner en attendant de me gaver de ces délices.

Seize desserts ! Cela me fait penser aux treize desserts provençaux. Ceux de Noël. Ceux du château de ma mère. Pas la mienne, celle de Marcel Pagnol.

Comme le film n'est pas plus culte que le livre, voici la scène en vidéo (elle ne dure que 16 secondes, encore un signe).


Alors quand je repense à cette scène, je file dans la BCD, là où se trouve la plus grande table de l'école. Il m'en faudra de la place pour disposer toutes ces pâtisseries. Je consulte le planning d'occupation de la salle. Parfait, elle sera libre ce matin. DSCN0803

Je préparerai la table pendant la récréation et je me régalerai à midi loin de la salle des maîtres, des odeurs mélangées de micro-ondes et des jacassements de mes collègues féminines. Seul, comme dans un rêve couvert de sucre glace, croquant et moelleux à la fois.


Je fais place nette sur la table. Elle est vierge et n'attend qu'à être dépucelée par une bande de makrouts,de cornes de gazelle, de ghrybias et autres ghriwechs.

Mais finalement, les quinze minutes de la récréation sont largement suffisantes pour préparer la table.

DSCN0805


Après avoir posé l'unique Tupperware apporté par Sanah. Je consacre les treize dernières minutes de cette triste récréation à noter dans la fiche de comportement des quinze autres élèves absents mardi, l'annotation suivante : Travail à la maison non effectué, même si elle s'adresse plus aux parents qu'aux gamins.

A midi, je décide quand même de m'isoler. De manger seul dans la bibliothèque dans une tristesse absolue. Mais dans le calme, pour apprécier le mieux possible, ce repas léger.

 

Léger, léger. Au bout de trois boules de coco, de deux makrouts et d'une espèce de mini croissant croquant d'où s'échappe une douce odeur de friture, le mot léger associé à ce repas n'est plus aussi approprié.

DSCN0806

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 10:18

 Capucin : Les enfants, je vous présente Jean, un nouvel animateur qui va remplacer Majid pour les deux derniers jours de colo.

 

Capucin, c’est un copain de colo, rencontré il y a presque 10 ans.

 

Majid, c’est un jeune animateur qui était déguisé en Schtroumpfs à lunettes quand il s’est cassé le bras en tombant d’un empilement de chaises alors qu’il expliquait les règles de la chasse au trésor version Schtroumpfs.

 

Et Jean, c’est moi. Mais à part mes parents et mes sœurs, il n’y a que les enfants en vacances qui m’appellent ainsi.

 

Du coup, comme les soixante-dix mômes qui me font face sont en vacances et qu’ils ont bien l’intention de le revendiquer, ils braillent à l’unisson :

 

Les enfants : Bonjour Jean !

 

Capucin m’a appelé la veille pour venir remplacer le fameux Majid au pied levé dans le fin fond de la Haute-Savoie.

 

Après huit heures de route de nuit, un café sur le pouce et une présentation express aux soixante-dix enfants de la colo, me voilà dans le feu de l’action.

 

Marie : Tiens, c’est ta fiche personnage pour le cluedo de ce matin.

Moi : Ah…euh…merci.

Marie : Ton déguisement est dans la salle des anims.

Moi : C’est lequel ?

Marie : Regarde ta fiche personnage, tu le reconnaîtras.

 

Dix minutes plus tard, je suis assis sur une souche à la lisière de la forêt bordant le centre de vacances. Le premier groupe d’enfants enquêteurs s’approche de moi et je vois des sourires se dessiner sur leur visage.

 

Un gosse : Tu es en quoi ?

Moi (mettant un point d’honneur  à ne pas sortir de mon personnage) : Je ne suis pas en… Je suis une fraise des bois.

 

Un collant vert, un immense bout de carton en forme de fraise accroché aux épaules et une jolie collerette en papier crépon vert… je suis bien une fraise des bois.

 

La matinée se poursuit alors sur le thème des fruits et légumes. Les enfants tentent de démasquer le criminel qui a enterré vivante la salade dans le composteur du jardin. Ils posent des questions à chacun des fruits et légumes suspects. Et chacun suit sa fiche personnage.

 

Un enfant : Où étais-tu cette nuit à l’heure de crime ?

Un autre : Est-il vrai que la salade t’avait piqué ton ex petit ami, l’abricot ?

Encore un autre : Pourquoi a-t-on retrouvé des très petits pépins noirs autour du composteur ?

Moi (un peu blasé et un peu prof aussi) : Ah non, si tu parles des petits grains qui sont disposés sur tout mon corps, ce sont des akènes, pas des pépins.

 

Ensuite, les enfants découvrent que c’était l’arrosoir, le coupable. Une sombre histoire de vengeance sur thème de trahison et d’amour déchu. Bref, une idée farfelue sortie tout droit de la tête d’animateurs fatigués par dix jours de colo. Une idée qu’ils ont dû pondre à 2 heures du matin lors d’une de ces réunions interminables pendant lesquelles ils carburent au café, aux clopes, au Génépi et à la liqueur d’Aravis.

 

L’après-midi, je quitte à contre-cœur mon déguisement de fraise des bois pour l’échanger contre un baudrier.

 

Capucin : On fait accrobranche. Tu prends le groupe des moyens.

 

Tout ridicule qu’était mon déguisement de la matinée, je ne m’y sentais pas aussi mal à l’aise que dans un baudard (comme disent les vrais).

 

Je ne souhaite jamais autant être une femme que quand je dois porter cet instrument de torture psychologique.

 

Une sangle qui enserre la cuisse droite, une autre pour la cuisse gauche et une corde reliée à un mousqueton qui relève le tout vers le haut, regroupant ainsi tout ce qu’il y a de plus intime chez l’homme en un paquet informe et indiscret à la vue et au su de tout le monde.

 

Un après-midi pendouillant à des câbles et des arbres en ayant l’impression qu’une pancarte clignotante avec écrit « Regardez ici ! » est placée à côté de mes parties intimes mises en valeur par mon ami le baudard.

 

Pour la veillée, le soir,  j’ai volontairement oublié ma guitare. Je n’ai pas envie de vivre le terrible calvaire du guitariste amateur à qui on demande s’il connait du Sexion d’Assaut ou du Daft Punk, alors qu’il vient, à l’instar de Daniel dans "Nos jours heureux", d’interpréter When the saints devant un feu de camp qui sent le chamalo brûlé.

 

Mais heureusement, dernière soirée oblige, on organise la classique boum où Sexion d’Assaut et Daft Punk ont tout à fait leur place.

 

La dernière journée du lendemain est rythmée par les préparatifs du départ. Dès le début de matinée, on s’attaque aux inventaires. Il faut recenser toutes les affaires que les enfants mettent dans leurs valises et le comparer avec l’inventaire d’arrivée. Malheureusement, Majid  a embarqué les inventaires des gamins dont il était référent.

 

Du coup, je me retrouve avec une veste Adidas et un polo Lacoste pour lesquels chacun des huit garçons de la chambre revendique la propriété. Et un slip Spiderman et un T-shirt Tortue Ninja qui n’appartiennent à personne.

 

Enfin, vers midi, c’est le départ. Les enfants partent dans des directions opposées avec des animateurs référents pour chaque groupe. C’est le convoyage.

 

Heureusement, j’en suis dispensé. J’évite alors une traversée de la France en car puis en train, une arrivée en gare de Rouen à 20h23 avec des parents pas impatients de retrouver leurs rejetons et qui n’arrivent qu’à 20h46, et une nuit tout seul dans une petite chambre de l’hôtel de la Gare alors qu’on vient de passer 2 semaines avec 85 personnes environ.

 

J’assiste quand même à la déchirure de fin de séjour. Des étreintes interminables, des larmoiements à peine retenus, des échanges de numéro sur la buée des vitres du bus.

 

Pendant les huit heures de routes qui me ramènent chez moi, je repense avec nostalgie à mes anciennes colonies. Pendant lesquelles, je vivais avec passion et effusion les départs du dernier jour.

 

Alors qu’aujourd’hui, j’étais complétement détaché de tous ces sentiments qui m’ont même parus mièvres. Je me dis alors  que je m’endurci avec l’âge. Ou que, comme Roger Murtaugh, « Je suis trop vieux pour ce genre de connerie ».

 

Mais enfin, je comprends que je suis resté détaché, parce que, justement, je ne me suis pas attaché  à tous ses spécimens de l’espèce humaine en seulement deux jours de séjours. Je n’ai pas vécu leurs engueulades, leur fatigue, leurs fou rires, leur complicité. Je n’en ai pas eu le temps.

 

Voilà pourquoi, au nom de toutes les colos que j’ai faites et que je ferai encore, je n’occuperai jamais un poste de  ZIL, de Brigade ou une toute autre fonction qui ne nous laisse pas suffisamment de temps pour connaître les gens.

 

Je veux m’attacher et qu’il soit le plus dur possible de se détacher.

 

 

 

 

 

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 09:26

Samedi soir, je commence juste à m’endormir quand soudain je chois. Dans mon rêve, je venais d’escalader un mur qui me barrait la route, et j’ai basculé de l’autre côté. La chute me  réveille dans un spasme incontrôlé.

 

C’est déjà arrivé à tout le monde. Une contraction soudaine des muscles qui nous réveille dans un sursaut. Cela s’appelle les myoclonies d’endormissement.

 

Mais cette nuit, cela n’a rien à voir avec une quelconque secousse musculaire. Je le sens. C’est plutôt comme une alarme lointaine et inconsciente qui ressurgirait à la surface pour me prévenir. Comme mon portable qui vibre dans ma poche à la Sainte Josiane pour me rappeler de penser à ma mère.

 

Moi : Allô Maman ! Bonne fête.

Ma mère : Tu sais très bien que je n’aime pas ça.

Moi : Quoi ?

Ma mère : Ça me donne un coup de vieux quand tu me rappelles que c’est ma fête.

Moi : Non Maman, le coup de vieux, c’est pour les anniversaires.

Ma mère : Ah oui, c’est vrai ! Bon ben merci. Salut

 

Je regarde les chiffres lumineux sur mon réveil : il est 0h30 ! Je prends alors conscience de ce qu’il s’est vraiment passé. Ce mur de briques devant moi était une limite. Un point de non-retour que j’ai allégrement franchi sans me poser de question. Une frontière européenne privée de douanier que j’ai traversée inconsciemment.

 

Sans savoir que je basculais dans la deuxième moitié de mes vacances.

 

Depuis le vendredi  juillet 16h30, il s’est exactement écoulé 704 heures. Et il en reste autant jusqu’au lundi 2 septembre 8h30.

 

En ce 4 août 2013, il est minuit trente et c’est l’heure des bilans. Qu’ai-je fait pendant les 704 dernières heures ?

 

Statistiquement parlant, et selon une étude qui ne tient pas compte dans mon état de vacancier et pour laquelle mon temps de sommeil et de lecture est légèrement erroné :

- j’ai mangé pendant quarante-trois heures et trente minutes

- j’ai rigolé pendant trois heures

- j’ai pianoté sur mon ordinateur parcourant les confins du WEB pendant près de cinquante heures

-  j’ai attendu un train que je n’ai jamais pris pendant 42 minutes

- et j’ai dormi pendant deux-cent-cinquante et une heures et dix-huit minutes.

 

 

251,3 heures de sommeil ! « Quel gâchis ! » diront certains insomniaques.

Mais les vacances ne sont-elles pas faites pour se reposer ?

 

Après les bilans, les perspectives.

Statistiquement parlant, il me reste autant de temps à effectuer ses activités vitales (dormir, manger, rire, attendre un train et aller sur le Net). Mais une fois que j’aurai effectué ces 348 heures de tâches obligatoires, il me restera 356 heures de temps libres, soit presque quinze jours complets à faire ce que je veux.

 

Quinze jours complets, à conditions, que pendant tout ce temps, j’évite d’aller aux toilettes, de me laver, de faire le ménage, les courses et que je ne fasse aucun trajet.

 

Alors je pourrai ressortir ma liste de bonnes résolutions. Pas celle du mois de janvier, celle du début des vacances. La liste de mes envies dirait Grégoire Delacourt. La liste sur laquelle j’avais écrit toutes les activités que la perspective de deux mois de vacances me donnait  envie de réaliser. La liste sur laquelle, pendant ces 704 dernières heures, je n’ai encore rien coché.

 

Il faudra que je la réduise. Je barrerai sans doute le saut en parachute, le tour de France en monocycle, le changement du feu stop de ma Clio Maïf et l’écriture d’un best-seller international.

 

Alors il me restera  l’apprentissage du point de croix afin de  broder un à un les vingt-cinq noms de mes futurs élèves sur le protège-cahier de leur cahier du jour.

 

Il me restera aussi les vendanges dans le Jura si les conditions météorologiques permettent aux raisins des cépages qui entrent dans la composition du Macvin d’arriver à maturité avant le 2 septembre 8h30.

 

Et enfin, il me restera la rédaction de quelques articles d’un blog où je raconterai les vacances d’un prof des écoles ordinaire.

 

Mais il faut faire vite. Comme le disait Montesquieu dans Lettres Persanes par la voix de Usbeck : « Les vacances, c’est comme un toboggan. La première moitié est une longue série de marches à gravir et la deuxième moitié est une rapide descente à peine perceptible. ».

 

A minuit trente, aujourd’hui, je suis arrivé au sommet de mes vacances. J’aimerais savourer ce moment. Profiter de la vue surélevée sur un paysage ensoleillé du mois d’août. Prolonger ce temps de suspension, juste avant la chute.

 

Mais je regarde mon radio réveil. Il est 0h31. Je glisse déjà irrémédiablement vers la rentrée de septembre.

 

Bonne descente à tous !

 

 

 

Mes sources : Topito et Mirror

 

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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 21:51

Mais que font les profs pendant leurs deux longs mois de vacances ?

Voici un petit quizz pour tester votre connaissance sur le sujet.

Attention, certaines questions attendent plusieurs réponses (parfois 4).

Pour obtenir votre résultat, cliquez sur le bouton à la fin du quizz.

Certaines réponses sont totalement subjectives mais il existe une certaine logique et une cohérence qui vous permettront d'obtenir le meilleur résultat. Pour les contestations, veuillez attendre la rentrée pour me contacter... parce que c'est quand même les vacances !

Intégrez des Quiz Loisirs depuis Quizz.biz

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 12:27

Dans notre métier, on n’est jamais à l’abri d’une interruption forcée de notre carrière par décision judiciaire. Nos nerfs étant mis à rude épreuve par des élèves qui, parfois, peuvent nous pousser à bout, il peut arriver qu’un geste violent malencontreux, mais tellement jubilatoire sur le moment, puisse nous contraindre à stopper net notre exercice d’enseignant.

 

Le geste violent malencontreux prend souvent la forme d’une gifle, d’un coup de boule ou d’une clé de bras. Mais on a vu récemment une enseignante commettre un geste violent malencontreux d’un nouveau style. Tout en finesse, sans trace physique vérifiable et compromettante, la maîtresse avait diffusé un film pornographique à ses élèves de maternelles.

 

Je pourrais moi-même être l’auteur de ce genre de dérapage qui mettrait fin à ma carrière. Imaginez que je passe les Quatre Saisons de Vivaldi à mes élèves et qu’au milieu du deuxième concerto en sol mineur (l’été), la voix de Mylène Farmer s’élève dans ma classe en scandant  « C’est nue que j’apprends la vertu, je suis libertine, je suis une catin… », la fin de ma vie de prof serait proche et une conversion s’imposerait.

 

C’est pourquoi, pendant mes longues vacances, je teste des métiers qui succéderont peut-être à ma profession actuelle.

 

Aujourd’hui, je fais une brocante et du même coup je teste le job de commerçant. Le réveil qui m’extirpe de mes rêves à 5h30, ne marque pas de point en faveur de cette profession.

 

Ensuite je me glisse dans ma Clio Maïf comme je peux. J’ai avancé mon siège au maximum afin de caser un carton de fringues sur la banquette arrière. Une table de tapissier me tape dans la tête au moindre coup de frein et une paire de ski de descente m’empêche de passer les vitesses. Du coup, je fais le tout le trajet en première et je prie pour récolter suffisamment d’argent à la fin de ma journée afin de me payer une nouvelle boîte de vitesse.

 

J’arrive enfin à mon emplacement et je vide ma Clio afin de tout installer. Je vais garer mon véhicule un peu plus loin, et quand je reviens, j’ai la désagréable surprise de voir deux types en train de fouiller dans mes cartons.

 

Moi (remonté et ironique) : Vous cherchez quelque chose ?

Eux (pas ironiques du tout) : Oui. Des portables ou de chargeurs.

 

Un peu surpris par leur aplomb, je bafouille que non, je n’ai pas de portable, juste un aspirateur à main pour les miettes de la cuisine. Ça les fait marrer, il me remercie mais non, et vont fouiller dans les cartons de mon voisin.

 

Je dois encore avoir l’air ébranlé par le toupet de ces deux gars car ma voisine d’en face vient m’expliquer.

 

La voisine : C’est une pratique courante dans les brocantes. Les chineurs viennent super tôt et farfouillent un peu dans les affaires que l’on installe.

Moi : Ah, d’accord.

La voisine : Eux, c’est pas des vrais, ils recherchent juste des portables. Mais avec les collectionneurs, c’est à cette heure-là qu’on fait les meilleures ventes. Il faut vite vous installer. Même les affaires qui vous semblent les plus insignifiantes peuvent valoir de l’or pour eux.

 

Je la remercie et déballe illico presto mes cartons que j’agence le mieux possible sur ma table à tapisser et mon salon de jardin. Ensuite, je colle des post-it avec le prix de vente sur chacun de mes objets.

 

Mais au bout d’une heure, n’ayant pas fait la moindre vente, je me dis que mon abat-jour Schtroumpfette, mon assiette de collection peinte à la main par une artiste mexicaine aveugle et ma bougie en forme de nain de jardin n’intéressent par les collectionneurs.

 

Mon installation terminée, je m’assois sur ma chaise pliante Décathlon , me sers une tasse en plastique de café de mon thermos et sirote mon breuvage encore chaud en regardant les premiers passants déambulés dans les allées de la brocante à la recherche de la perle rare. Mais, encore une fois, ni mon sac-banane Rustica, ni ma collection de Starclub ne semblent constituer la perle rare à leurs yeux.

 

Alors je prends un livre et me plonge dans la lecture d’un roman policier norvégien en me disant que commerçant, voilà une conversion sympa. Ce n’est pas en classe, en pleine leçon sur l’emploi du futur simple que je pourrais bouquiner en buvant un café assis sur une chaise pliante.

 

Au bout d’une heure, je sors la tête de mon livre et constate une drôle d’atmosphère dans la brocante. Ça crie, ça marchande, ça rigole, ça chambre, ça vit quoi ! Mais à mon stand, ça passe sans s’arrêter. Ce n’est pas la mort, mais on est loin de l’ambiance vivante du reste du vide-grenier. On m’avait pourtant dit que les gens achetaient n’importe quoi sur les brocantes. Mais apparemment, il y a des limites et ma paire de ski alpin Dynastar de 1987, mon bandana Jackson Five et mon jeu électronique Casse-Brique sont pires que n’importe quoi.

 

La seule réaction positive que les gens ont devant mon stand est :

 

Les gens : Ooooh ! Tu te rappelles ?

 

Ils montrent un sac à pyjama Casimir, une cassette de la Lambada ou un pin’s Coupe du Monde de foot de 1982. Et l’autre se rappelle à chaque fois et ses yeux se remplissent de nostalgie et sa tête de souvenirs, mais mon portefeuille ne se remplit toujours pas. 

 

Devant mon désarroi, ma voisine décide de me donner quelques conseils :

- Enlève tous les post-it !

- Range ton bouquin.

- Plie ta chaise pliante.

- Souris.

- Parle aux gens.

 

Ma voisine : Mets-toi au boulot, quoi !

Moi : Au boulot ? Mais je suis en vacances.

Ma voisine : Non, tu es en brocante !

 

Elle a raison. Il est 10h passées et je n’ai encore rien vendu.

 

Je me lève et fais dans l’ordre tout ce qu’elle m’a conseillé. Les post-it, le livre, la chaise, le sourire. Mais quand il s’agit de parler aux gens, je bloque. Dans un magasin, j’ai horreur que le vendeur vienne me harceler. Du coup, je suis réticent à harceler les gens.

 

Et pour leur dire quoi ?

 

Moi : Madame, cette casquette Mickey avec ses grandes oreilles irait à ravir avec votre pantalon rouge et votre voix de crécelle.

 

Ou encore :

 

Moi : Monsieur, pour cacher votre calvitie naissante, couvrez votre tête avec ce bandana Jakson Five. Pour un euro de plus, je vous donne la boîte de Coca collector Annie Cordy.

 

Enfin, le moment tant attendu  arrive. Ma première vente.

 

Une dame : Combien pour le coquetier en forme de lapin ?

 

Ma voisine m’avait parlé du marchandage. Elle m’avait conseillé de partir d’un prix haut pour que les gens aient l’impression de faire une affaire en achetant au juste prix.

 

Moi : C’est un collector. Très rare. J’en avais quatre, mais les trois autres sont cassés. Une pièce unique.

La dame : Combien ?

Moi : Trente-deux euros.

 

Nous voilà parti dans un marchandage endiablé. Elle ne lâche pas l’affaire. Mais moi non plus. Je suis coriace et pas facile en affaire. Au bout d’un moment, elle craque… et s’en va sans l’acheter. Je lui cours après dans les allées du vide-grenier avec mon coquetier en lapin. Le marchandage reprend et j’ai enfin le dernier mot.

 

Je reviens à mon stand, fier comme Artaban.  En passant vers ma voisine, je lui adresse un clin d’œil de complicité et elle lève son pouce en l’air pour me féliciter. Je place enfin ma première pièce de cinquante centimes dans ma caisse flambant neuve achetée exprès pour l’occasion à seulement 45 euros.

 

Maintenant que le compteur est débloqué, cela ne s’arrête plus. « Combien pour le Yokshire terrier en porcelaine ? », « Combien pour le dictionnaire Serbo-croate / Algérien ? », «Combien pour la chaise pliante Décathlon, là-bas ? » « Combien le T-shirt noir avec le loup bleu fluo hurlant à la Lune jaune poussin ? ».

 

Je suis le roi des commerçants. J’alpague, je harcèle, je vante, je marchande et je vends.

 

Moi : Emballé, c’est pesé, voici la monnaie. Au revoir Madame. Et faites bon usage de ce splendide verre Heineken un peu ébréché.

 

Je suis le prince du Sentier. Je suis Bruno Solo et Vincent Elbaz dans « La vérité si je mens ». Je ne rate aucune affaire. Dix centimes par-là, cinq centimes par ci. Ma caisse flambant neuve est de plus en plus lourde.

 

Un monsieur : Combien pour ce pantalon vert à rayures jaunes, ce pull mauve à col camionneur et cette casquette qui applaudit quand on tire sur la ficelle ?

Moi : Cinq euros l’ensemble.

 

Après de rudes négociations, j’ajoute les trente-cinq centimes à ma cagnotte en accompagnant le monsieur d’une petite réplique de commerçant.

 

Moi : Au revoir Monsieur, avec cette tenue, vous allez faire fureur en soirée

Le monsieur : C’est pas pour moi…

Moi : Vous allez faire un heureux, alors.

Le monsieur : C’est pour faire un épouvantail.

 

La fin de la journée approche. Les acheteurs potentiels se font rares et ils sont de plus en plus durs en affaire. Ils imaginent que le temps joue pour eux et qu’on a envie de se débarrasser coûte que coûte de nos vieilles affaires. Ils ont même l’impression de nous rendre service quand ils nous achètent une babiole.

 

Mais moi je ne lâche rien. Mon stock n’est pas voué à être dilapidé. Si je veux entrer dans la profession de brocanteur à plein temps, je dois garder des choses à vendre et ne pas les brader au premier venu… ou plutôt au dernier venu.

 

Le soir quand je remonte dans ma clio Maïf, j’ai l’impression d’avoir un peu plus de place. Ma paire de ski non vendue m’empêche encore de passer les vitesses et c’est avec un bruit de moteur en surrégime que je rentre chez moi.

 

Attablé dans ma cuisine, je vide mon sac plastique rempli de pièces sur la table afin de commencer mes comptes. Cela aurait été plus pratique dans ma caisse flambant neuve mais je l’ai vendue  à un acheteur très insistant pour la modique somme de 4 euros (ma plus grosse vente).

 

Une heure plus tard, je peux inscrire un bas de ma feuille remplie de multiplications et d’additions, le nombre 37,52 €.

 

Je me gratte le menton en réfléchissant à mon avenir dans ce métier.

Pour prendre ma décision, pas besoin de papier, d’addition ou de multiplication. Juste besoin d’une division et d’un peu de bon sens : mon salaire mensuel d’enseignant divisé par trente jours est largement supérieur à ma recette d’aujourd’hui.

 

Il ne m’en faut pas plus pour rayer le métier de commerçant sur ma longue liste et pour débarquer le lendemain matin à la déchèterie avec ma Clio Maïf afin d’en déverser définitivement le contenu dans la benne « tout venant ».

 

Avant de partir, je jette un regard nostalgique sur une partie de mon passé qui git au fond de cette poubelle géante et je vois la casquette qui semble applaudir ma décision de ses deux mains en mousse. Aucun regret.

 

 

 

 

http://www.smileys-gratos.com/Smile/Grand_smileys/3d-casquette-applaudir.gif

 

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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 11:18
Quatre autour d'une table. Des cadavres de bouteilles qui jonchent le sol. Chacun un verre à la main, on refait le monde.
De la politique à l'actualité people en passant par le mouvement vert, tout y passe.

Jérôme : Non, mais on devrait taxer les salaires des grands patrons... Avec ce qu'ils gagnent, ils verraient même pas la différence.
Karim : Ouais ! Et on reverserait tout ça dans la technologie des énergies renouvelables pour que ça change, toute cette merde !
Bruno : Ouais, de toutes façons, ca va pas tenir longtemps comme ça...On va faire la révolution.
Moi : Sinon, on peut aller en boîte.

C'est comme ça que quatre types amorphes près à s'endormir le nez dans leur verre, se retrouvent à sauter partout sur une piste de "danse" en chantant à tue-tête "Partenaiiiire particuliiiier.....".

A nous quatre, ça faisait bien un siècle qu'on avait pas mis les pieds dans ce genre de lieu de débauche. Alors, comme on n'y est pas tous les vendredis soirs, autant se débaucher pour de bon !

On massacre le répertoire français, on caricature la tektonik, on pogotte pendant les slows, on va danser dans la cage, sur les baffles, dans les toilettes, on boit un peu.... Bref on se fait remarquer. Puis les lumières s'allument.

Déjà ! Un coup d'oeil sur le portable. Trois heures cinquante.... Ah ouais quand même !

A deux pas de la sortie, presque libre, le videur vient droit sur moi.

Le videur : T'es prof, toi !
Moi : ....

Je baisse la tête et regarde si j'ai mis mon T-shirt Education Nationale. Non, pourtant !
Comment il a deviné. Je pensais être incognito. J'avais cru avoir effacé toutes traces de profitude dans mon attitude.
J'avais rasé ma barbe. Echangé mes lunettes contres des lentilles. Mon pantalon de velours contre un jean déchiré. J'avais même mis du déo pour éviter les auréoles sous les bras (au cas où j'avais dû faire la célèbre chorégraphie des Village People sur YMCA).

Moi : Ben, comment vous savez.... monsieur ?
Le videur : Tu me reconnais pas ?

Un flash. Ca y est, je le remets. Les rôles s'inversent.
Je descends dans le hall de l'école pour libérer les mômes. Un type se pointe vers moi.

Le type : Bonjour, monsieur. Je suis le nouveau surveillant de cantine. N'auriez-vous pas la clé du local à matériel. Je n'ai pas encore la mienne.
Moi : Si, tiens. Fais gaffe, faut forcer un peu. Tu m'envoies un gamin pour la ramener.

Retour en boîte.

Moi
: Ah oui ! Le surveillant de cantine.... Vous bossez là aussi !
Le videur : Oui, à l'occasion... Mais toi, qu'est ce que tu fais là ? Enfin, je veux dire...en boîte de nuit !
Moi : ....
reMoi : Je danse, je bois, je saute partout, je rebois, je fais un lap-dance avec le pilier près de la piste, je manque de vomir, mais non ça va mieux, alors je rerebois, je colle une nana pendant  un zouk, je me fais taper dessus par son mec, je rererebois, je danse, je chante, je renverse mon verre, j'essaie un zouk avec un mec, encore un échec, je rerererebois, je danse.... La routine, quoi !  Tout ce que les gens normaux font quand ils viennent en boîte de nuit ! Non ?
Le videur : Ouais, ouais je comprends...mais bon....comme t'es prof, je me disais.....

Et voilà, on en revient toujours au même !
Dans la tête des gosses, des videurs et même de certains parents , un prof, à 16h30, il se met en mode veille dans une boite en carton au fond d'un placard de la salle de classe jusqu'à 8h20 le lendemain.

Alors quand on a le malheur de faire ses courses au Cora comme la plupart des gens normaux, ça peut donner ce genre de scène :

Une voix : OOOOH   LE MAITRE !!!!!!!

Je me retourne. Je vois un de mes élèves bouche bée, les yeux ronds comme des boulons, frappé de stupeur...

Sa mère (qui lève la tête) : Ah oui, tiens ! Le maître...
Son mari (tout aussi surpris) : Ah oui, le maître.
Moi : Euh bonjour....

En général, ils restent une dizaine de secondes immobiles, la bouche ouverte...et lorsqu'ils sortent de leur torpeur, je suis déjà à la caisse.

Mais, je pense que cela peut très vite dégénérer.
Imaginez, un type un peu influençable qui voit un couple et son gosse scotchés devant un mec qu'ils appellent maître. Le type influençable se met en mode secte et  s'immobilise devant le maître en disant " Oh le maître !" En moins de 5 minutes un vingtaine de  personnes sont à vos pieds et acclament votre fonction "Maître, maître, maître..."

La voix du magasin
: Nous informons notre aimable clientèle que le maître nous fait l'honneur de  faire actuellement ses courses dans notre cher magasin. Il se trouve actuellement au rayon des couches culottes, des cotons tiges et des serviettes hygiéniques. Pour l'occasion, et uniquement pendant dix minutes, profitez de l'offre : Un paquet de tampons offert pour l'achat de deux serpillères. N'hésitez pas à les faires dédicacer par le maître.





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