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30 janvier 2013 3 30 /01 /janvier /2013 14:01

Je rentre dans ma classe en claquant la porte. Il est 16h45, j’ai passé une journée pourrie avec des gamins surexcités et Madame Boucard en a rajouté une couche.

Madame Boucard : Je t’ai entendu crier toute la journée. Pas facile de se concentrer.

J’ai crié, en effet. Mais je me suis retenu. J’aurais aimé hurler. M’exploser les cordes vocales dans les tympans des élèves. N’être qu’une luette géante qui vibre (comme dans les dessins animés) pour faire passer le message : « TAISEZ-VOUS !!!!!!!! ».

Du coup, je décide sur le champ de conserver mes boites à œufs. Et dès que j’en aurai réunies assez, je commencerai à tapisser les murs de ma classe. Cet isolant phonique de fortune me permettra ainsi de hurler des journées entières sans craindre de déconcentrer ma voisine et ses élèves.

Malgré tout, je m’interroge. Pourquoi ai-je dû crier toute la journée. Qu’est-ce qui a foiré ?

Assis à mon bureau, la tête entre les mains, je me refais le fil de la journée. Puis de la semaine. Et de la période. Je remonte comme ça jusqu’à la rentrée des classes.

C’est là. Quelque chose m’a échappé. Au moment de poser les fondations, le premier jour, le ciment n’a pas pris.

Je me souviens.

Il est 7h45. Je suis au volant de ma voiture. A l'arrêt sur le parking de l'école. Ma respiration est profonde, mes yeux fermés. Je suis en pleine concentration. Un truc que les plus grands comédiens font avant de monter sur scène. Car, aujourd'hui, après deux mois d'absence, je vais remonter sur scène. Sur estrade, en fait.

Je sors de ma Clio Maïf et rentre dans mon personnage : un prof  à l’autorité naturelle indiscutable, calme, sûr de lui, patient et pédagogue. SuperProf, quoi. Mais sans la cape et les collants. J’ai opté pour un déguisement vieillot qui  rappellera aux élèves et surtout aux parents la bonne vieille époque où la correction corporelle était autorisée. Un gilet en laine à grosses mailles entrouvert sur une chemise à rayures rouges et bleues. Un pantalon de velours côtelé avec une genouillère en cuir noir sur le genou droit. (C’est ma maman qui me l’a cousue car je m’agenouille souvent pour écrire jusqu’en bas de mon tableau).

Sans attendre les trois coups du brigadier (cliquer pour votre culture), je traverse le parking de manière théâtrale. Le regard droit, la démarche déterminée et le cartable en cuir bien ciré.

Une fois entré dans l’établissement, je me détends un peu.  Je sors de mon personnage. A cette heure, il n'y a pas d'élève dans les couloirs et c'est uniquement à eux et à leurs parents que je réserve mon numéro.

C'est dans la cour, une demi-heure plus tard que je rencontre mes vingt-quatre petits camarades. Mes nouveaux collaborateurs de travail pour l'année à venir.
Je réintègre immédiatement mon personnage en jouant des sourcils. Je modère un peu les froncements, parce que l'an dernier, après trois semaines de classe, j'avais une tendinite de l'arcade sourcilière et mon ostéopathe s'était trouvé bien démuni.

A peine arrivé en classe, je leur expose le système de sanction que j’ai élaboré pendant les deux longs mois d’été.

Moi : Alors c'est simple. A la première indiscipline, j'écris votre prénom en rouge au tableau. Au bout de trois prénoms dans la même demi-journée, vous avez un avertissement. Au bout de trois avertissements dans la même semaine, vous êtes privés de 10 min de récréation. Après trois suppressions de récréation dans le même mois, je vous colle une punition écrite. Après trois punitions écrites dans le même trimestre, je convoque vos grands parents (souvent un peu plus cools). Si je rencontre 3 fois vos grands-parents dans la même année..... JE CONVOQUE VOS PARENTS.

Voilà. Avec ce système, en général je ne croise pas un parent avant Noël. Et bien souvent, c'est pour me donner des chocolats.

Corine lève la main.

Moi : Oui  Corine ?
Corine : Je n'ai plus de grands-parents !
Moi (un brin maladroit) : C'est pas grave.... enfin si, c'est grave. Mais on fera avec... enfin sans.

 

Voilà, j’ai pourtant tout bien fait, lors de ce premier contact.
C’est peut-être du côté de la rentrée des élèves qu’il faut chercher.


Aujourd’hui c’est la rentrée des classes. Je pars super tôt de la maison car j’ai hâte de retrouver les copains. En passant devant le parking de l’école, j’aperçois mon nouveau maître. Il est au volant de sa voiture, à l’arrêt. Il a les yeux fermés. Au début, je crois qu’il s’est endormi, mais en m’approchant je m’aperçois qu’il est tout blanc. Il a l’air mort de trac.

D’un seul coup, il sort de sa voiture. Il est raide comme un piquet et il traverse le parking en courant à moitié. J’ai l’impression qu’il a très envie d’aller au cabinet.

Plus tard, dans les rangs, avant de monter en classe, je donne un coup de coude à mon meilleur copain Isham.

Moi : Regarde les sourcils du maître.

On dirait deux grosses chenilles noires qui se tortillent dans tous les sens au-dessus de ses yeux. Ça nous fait bien rigoler.

Un peu plus tard, c’est Tristan qui se retourne vers nous.

Tristan : Regardez, les gars. Le maître, il a mis le maillot du Barça sous son gilet de papy.
Moi : Ah ouais, tu crois que c’est le maillot de Messi.

Ludo, qui n’est pas loin, nous a entendus. C’est un redoublant, il a déjà eu le maître l’an dernier.

Ludo : Laissez tomber, c’est pas le maillot du Barça. Le maître, il aime pas le foot.
Moi : T’es sûr ? On verra bien quand il enlèvera son gilet.
Ludo : Aucune chance, il ne l’enlève jamais. La dernière fois qu’il s’est mis en chemise, il y avait deux énormes auréoles sous ses bras. Il a bien vu qu’on rigolait un peu, alors depuis il garde son gilet. Il est malin le maître, il sait bien qu’on ne voit pas la transpiration sur les gilets en laine.

En rang devant la classe, on attend que le maître nous dise d’entrer. Et lui, il attend le silence.
Comme on n’est pas pressés de commencer, on fait durer un peu. Surtout que Simon il en revient pas de ce qu’il a vu.

Simon : Regardez son pantalon.
Tristan : Ben quoi, c’est une genouillère.
Simon : Zut alors ! J’en avais pas revues depuis la maternelle.

Je commence à me dire que cette année risque d’être sympa. Le maître a l’air plutôt rigolo. Même s’il ne fait que froncer les sourcils, on voit tout de suite que c’est pas vraiment son genre d'être vraiment sévère.

Je m’inquiète quand même un peu quand il énonce son système de punitions ultra élaboré. Ça a l’air d’être du costaud tous ces avertissements. Mais Nordine nous rassure. C’est le plus fort de la classe en calcul mental. On l’appelle Nordinateur.

Nordine : Vous faîtes pas de bile, les gars. J’ai tout calculé : il faut faire 243 conneries avant qu’il convoque nos parents.

Du coup, Ludo, ça lui fait du souci.

Ludo : Zut, alors. Il faudra être super imaginatif cette année.

 

 

http://www.akustar.com/dossiers/images/oeufs.jpg

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 14:23

Ce matin, j'arrive en avance. J'ouvre la porte. Je sais que Directrice est déjà là. Impossible d'arriver avant elle. Impossible de partie après elle, non plus. La légende des profs qui dorment dans leur classe, c'est sur elle qu'elle repose.

 

Je traverse le hall et m'empêtre les pieds dans un filin qui traîne par terre. Je trébuche, lève la tête sous une pluie de confettis et sursaute devant un drap qui surgit devant moi. Grossièrement écris à la gouache sur ce drap, je peux lire ces deux mots : WELCOME SCHOOL.

 

Une surprise pour moi ? A l'école ? Un matin, si tôt ?

Mon quatre-centième jour dans cette école, un truc dans le genre. Je ne savais pas qu'ils avaient compté.

 

Je vois débouler Directrice avec un balai. Mais au lieu de crier "Surprise !", elle dit simplement :

 

Directrice : Bon, ça marche. Je vais tout remettre en place pour l'arrivée de la nouvelle.

Moi : Ah, c'est pour la nouvelle, ça ?

 

Il est vrai que Directrice est du genre à en faire des tonnes pour l'arrivée de nouveaux élèves. Visite de l'école avec les parents, présentation formelle de l'enseignant. Pour ma part, je pense que ce n'est pas leur rendre service que de les accueillir comme le messie. C'est hypocrite. Certes, ils passent une bonne première journée, mais ils ne comprennent pas pourquoi le lendemain on a déjà oublié leur prénom.

 

Je suis quand même étonné de l'implication de Directrice pour accueillir cette nouvelle. Les activités manuelles, ce n'est pas son truc. C'est sûrement une nouvelle élève people. Genre la demie-nièce par alliance d'un mec qui a présenté la météo sur FR3 Champagne-Ardennes en 1986.

 

Moi : C'est qui cette nouvelle ?

Directrice : Quelle nouvelle ?

Moi : ... ben... la banderole, la gouache, les confettis, tout ça ?

Directrice : Aaaah ! C'est la nouvelle photocopieuse.

 

La nouvelle photocopieuse. Comment ai-je pu oublier. Un mois qu'on en parle. Depuis que la mairie a contacté Directrice pour lui apprendre que notre ancienne photocopieuse ayant fait son temps, l'école allait acquérir une nouvelle machine flambant neuve.

 

Directrice : D'ailleurs, il faudra que quelqu'un accueille le technicien pour prendre en note tout ce qui concerne le fonctionnement de la photocopieuse.

 

Puis, elle doit s'apercevoir qu'elle s'adresse à moi, car elle ajoute :

 

Directrice : Enfin, quelqu'un d'autre.

 

Je ne lui jette pas la pierre. Directrice se souvient sans doute du vidéoprojecteur que j’ai lâché dans l’escalier. Ou de la plastifieuse qui a pris feu pendant que j’utilisais. Ou encore du tableau blanc interactif sur lequel j’ai écrit avec un feutre indélébile.Au final, c'est Sonia qui doit s'en charger.

 

A midi et demi, cette dernière arrive dans ma classe. Elle s'adosse à l'encadrement de la porte telle une femme fatale. Puis d'une voix digne du téléphone rose, elle me sort :

Sonia : Le gars de la photocopieuse est tout seul pour déplacer la bête. Il aurait besoin d'un homme fort.

 

Séduit par le compliment, je descends dans le hall.

Devant moi se présente le "gars de la photocopieuse". Il est tellement baraqué que je suis surpris qu'il ait besoin de mon aide. Le beau gosse dans toute sa splendeur. Muscles apparents sous son T-shirt moulant (mais pas trop), légèrement froissé et tâché de cambouis. Le physique d’un mec qui fait de la pub pour un déodorant. Sauf qu’il ne sentait pas vraiment le déodorant. Il dégageait une odeur de mâle bourrée de phéromones à en croire les regards que lui lançait Sonia.

Ça me fait penser aux films pornos des années 80, avec le "gars de la photocopieuse" qui fait une livraison et qui teste illico l'endurance de la machine en chevauchant violemment la secrétaire sur le plateau de la photocopieuse.

 

J'imagine que Sonia lui a déjà sorti le grand jeu. Qu'en arrivant, elle a déboutonné le haut de son chemisier, retiré ses lunettes et lâché ses cheveux au ralenti. Du coup, moi, je remonte la fermeture éclair de mon gilet en laine, et je ne lâche pas mes cheveux mais un "Bonjour" glacial.

 

Cinq minutes plus tard, me voilà en train de traverser la cour devant les gamins de la cantine dans une position pas très valorisante. Le dos et les jambes pliés sous le poids de l'engin. Les mains, le front et les aisselles qui suent sous mon gilet en laine. La machine qui glisse. Avançant à petits pas rapides et saccadés et criant tous les 5 mètres au "gars de la photocopieuse" : "ON POSE...ON POSE...!"

Moi : Je croyais qu'à l'heure de la microtechnologie et de la miniaturisation, vous alliez nous envoyer la photocopieuse dans une enveloppe.

Le gars : Il faut dire qu'il y a quarante ans, les polycopieurs pesaient le même poids que cette machine, mais pas avec les mêmes fonctions.

 

Ah, le polycopieur. Tout le monde se souvient des papiers carbone, de l'encre violette et de la manivelle qu'on avait la chance de tourner lorsqu'on était de service.

 

Monsieur Janti avait une toute autre vision de cet innocent souvenir d'enfance.

 

M. Janti : Un vrai fléau, les polycopieurs. Combien d'élèves sont devenus toxicomanes à force de se shooter aux effluves éthyliques des polycopies !


Je vois justement mon collègue qui passe la tête à la fenêtre de sa classe. Je l'entends déjà dire "Fais gaffe Tévélis... t'es pas assuré pour ça... tu devrais pas !" Pourtant son discours est différent : "Fais gaffe Tévélis, nous bousille pas la nouvelle photocopieuse !"

Une fois, ma tâche accomplie, je remonte discrètement m'écrouler dans ma classe. En laissant Sonia et le beau gosse dans la salle des maîtres, je prends soin de fermer la porte et d'y accrocher un macaron du CSA interdisant l'entrée aux moins de 18 ans. On ne sait jamais, un coup de foudre est si vite arrivé. Ou plutôt un coup de "toner"!

 

Quand je redescends, un quart d'heure plus tard, avec ma gamelle, plus moyen d'entrer dans la salle des maîtres. L'odeur de mâle y a attiré toute une tripoté de bonnes femmes. Mme Lafeuille, Mme Boucard, Directrice, Magalie, Jeanette, Jocelyne, toutes ont rejoint Sonia autour du beau mec.

 

Ce type, avec son maillot tâché, est en train de leur expliquer que lorsque E13 clignote sur l'écran, c'est qu'il y a un bourrage papier. Pourtant, à voir l'état de grâce de mes collègues, on a l'impression que c'est l'homme le plus romantique de la terre et qu'il leur chantonne des ballades de Francis Cabrel.

 

Elles ne m’ont même pas remarqué. J'enfourne alors ma gamelle dans le micro-onde, et je laisse volontairement pétouiller mes petits-pois-carottes dans le four, espérant ainsi tuer tout le romantisme de la scène. Aucune réaction. Elles ne le lâchent pas du regard.

 

Mon statut de coq dans l'école est mis à mal par l'arrivée de cette intrus bodybuldé. Quelque chose me picote légèrement le cœur. Un malaise à peine identifiable. Un zest de jalousie, je crois.

 

Vexé, je remonte avec mon assiette chaude et rejoins M. Janti dans la salle informatique. Comme chaque jour, tel un geek de 15 ans, il mange devant un ordinateur. Il ne décroche pas de son écran et me demande simplement :

 

M. Janti : Alors cette photocopieuse, facile à utiliser ?

Moi (encore amer) : Un jeu d'enfant ! Même un gorille en T-shirt moulant pourrait s'en servir.

 

 

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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 15:08

 

 

Monsieur,

 

Akim a rendez-vous chez l'ophtalmologiste mardi matin à 10h30. Je viendrai donc le chercher pour l'y emmener. Cependant, pour la préparation de la consultation, Akim doit se mettre des gouttes dans les yeux pendant deux heures avant la consultation toutes les 20 minutes.

Quand je dis « se mettre », j'entends par-là qu'il doit en recevoir, car Akim n'étant pas capable, à 10 ans, de mettre son slip tout seul, je vois mal comment il pourrait se mettre des gouttes dans les yeux.

Merci de votre compréhension.

Cordialement, la mère d'Akim.

 

Madame,

 

j'ai bien saisi la première phrase de votre « mot » dans le carnet de liaison. J'ai noté que la santé visuelle d'Akim passait avant ses progrès en orthographe et c'est donc avec un plaisir mitigé que je vous accueillerai en pleine dictée pour que vous conduisiez votre fils à son rendez-vous.

Cependant, ensuite, il est question de gouttes à se mettre, de slip aussi, et de l'âge de votre fils. Si c'est l'énoncé d'un problème dans lequel il faut trier les bonnes informations des mauvaises, il est très réussi. Mais je doute que ce « mot » ait une telle fonction. Je vous demanderais donc d'être plus précise.

Tout aussi cordialement. M. Tévélis

 

 

Monsieur,

 

vous n'êtes pas sans savoir, portant vous-même des lunettes peu discrètes sur votre nez, qu'il est très difficile d'obtenir un rendez-vous chez un ophtalmologiste dans cette ville. Il y a un an et demi, je ne connaissais pas encore l'emploi du temps de mon fils, vous-même le connaissant à peine quand vous montez l'escalier pour vous rendre en classe.

De plus, dans mon précédent courrier, le slip d'Akim n'était là que pour imager le manque d'autonomie de mon fils et pour vous faire comprendre, donc, qu'il faudra que vous lui mettiez les gouttes vous-même. Je mettrai l’ordonnance dans le cartable d'Akim.

Toujours cordialement. La mère d'Akim.

 

 

Madame,

 

c'est donc bien ce que j'avais compris. Vous espériez que toutes les 20 minutes pendant 2 heures, j'allais m'isoler de la classe avec Akim, laissant ainsi les 23 autres élèves livrés à eux-mêmes dans une jungle sans lion, pour introduire des gouttes dans chaque œil de votre enfant.

Je note aussi que votre perspicacité et mes lunettes vous ont mis sur la voie. Oui, je fréquente parfois les ophtalmologistes. Comme la totalité de mes collègues dans cette école,d'ailleurs. Cependant, en 5 ans, avez-vous reçu, via ce même carnet de liaison, un mot d'un professeur s'excusant de ne pas être en classe la totalité de la matinée pour cause de rendez-vous médical, et vous priant également de venir lui mettre des gouttes dans les yeux toutes les 20 minutes avant d'honorer ce rendez-vous ?

Moins cordialement. M. Tévélis.

 

 

Monsieur,

 

à votre question, je réponds sur le même ton.

En 5 ans, Akim et ses camarades se sont-ils déjà mis en grève, vous obligeant à vous chercher une nounou pour vous garder toute une journée ?

La mère d'Akim.

 

 

 

Du coup, j'ai quand même eu le dernier mot.

Akim n'est pas venu en classe ce matin-là. Il n'est apparu que l'après-midi avec les yeux complètement dilatés. Sa mère a sans doute manqué de confiance quand à mes capacités et à ma volonté de mettre des gouttes dans les yeux de son fils sans aucune forme de rancune vis-à-vis de notre correspondance.

 

 

http://www.chirine.com/upload/vignettes/small_collyre-10.jpg

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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 17:29

 

Jusqu'à l'année dernière, notre chère école faisait partie d'un réseau nommé RAR. Réseau Ambition Réussite.

 

L'an dernier, des gars du service marketing de l’Éducation Nationale ont trouvé ridicule ce pauvre A tout seul entre deux R. Par souci d'équité entre voyelles et consonnes, ils ont décidé d'intégrer un I dans le sigle pour tenir compagnie au A. Le I de Innovation.

 

Cependant, RAR ça sonnait plutôt bien. RAIR, pas trop, RIAR encore moins. ARRI, c'était trop masculin, RIRA trop risible et IRRA c'était déjà pris par un groupe d'Irlandais.

 

Après avoir joué au Scrabble, à Motus et à Boggle toute la journée avec ces 4 lettres, les têtes pensantes de l'EN se sont autorisées une variante dans les règles du jeu.

 

Un des gars : On a qu'à ajouter des lettres.

Un autre : Des voyelles ou des consonnes ?

Le gars : …

Un autre : Au Scrabble, il y a plus de consonnes.

 

Du coup, il se sont mis d'accord là-dessus et sont rentrés chez ultra-satisfaits de leur journée de travail.

 

Le lendemain, après deux heures et demie de brainstorming, un des types a commencé à sauter partout dans la pièce en criant «  Ça y est, ça y est, je l'ai, je le tiens ». Comme il n'avait rien dans les mains, les autres lui ont demandé de quoi il parlait. «  Le sigle ! », il a crié. Puis il a rajouté «  Je l'ai ! ».

 

Il a encore sauté pendant deux minutes, ensuite il a entrepris de leur faire part de sa découverte mais comme il tournait trop autour du pot, les autres étaient prêts à l’étriper. Enfin après qu'il ait exposé son idée, ils se sont jetés à ses pieds pour les embrasser.

 

Son idée : ECLAIR : École Collèges et Lycées pour l'Ambition et l’Innovation pour la Réussite.

 

Du coup, le mec a été promu. Ils l'ont collé au ministère de la défense. Là-bas, c'est plus dur, il faut trouver des sigles que les pays ennemis ne comprennent pas.

 

Tout ça pour vous dire que le I et les autres lettres n'ont pas trop changé notre manière de travailler. Directrice a dit «  On les a pas attendu pour être Innovants ». On a tous répondu «  Non, bien-sûr que non, non. Qu'est-ce-qu'ils croivent ?? ».

 

Par contre du côté du collège de secteur, le I a fait tourner des têtes. Ils innovent à tour de bras, là-bas. Vu de l'extérieur, c'est plutôt amusant de les voir innover. Mais quand leurs innovations commencent à passer les portes de l'école primaire, on rigole moins.

 

La nouvelle principale a découvert un truc innovant que l'on faisait déjà depuis plusieurs année. La liaison CM2/6ème.

Les CM2 allaient une dizaine de fois au collège dans l'année pour des occasions diverses. Dix fois, c'est bien.

 

Par contre quand dans notre emploi du temps du début de l'année, on est obligé de coller des cases « collège » , quand on se dit que l'an prochain il faudra faire une liaison CM1/CM2 pour habituer les CM1 à aller au collège, ça commence à plus faire rigoler du tout leur truc innovant.

 

C'est pour ça que ce matin, quand Directrice m'a dit que je devais aller au collège demain pour que les 3èmes fassent une séance de maths à mes élèves, j'ai péter les plombs et ai décidé de boycotter.

 

Directrice : Fais ce que tu veux mais il faut que tu informes l'Inspectrice.

 

La nouvelle Inspectrice, personne ne l'a encore testée. Tant pis, je m'y colle.

 

Je lui rédige un mail assaisonné à coups de « Chère Madame l'Inspectrice » avec des majuscules partout. J'y ajoute ma colère à grands coups de « Je Vous prierais de comprendre... ». Je ne mâche mes mots lorsque je lui sors que « la démarche pédagogique avec le collège est intéressante mais... ». Et je conclue ulcéré que « peut-être ultérieurement je participerai volontiers à ce projet ».

 

Je suis fière de mon message. L'Inspectrice si prendra à deux fois avant de m'imposer des projets sans mon accord.

 

Magalie passant par là, je l'appelle et lui fait lire le message que je viens d’envoyer.

 

Magalie (visiblement choquée) : Me dis pas que t'as envoyé ça à l'Inspectrice.

Moi (bombant le torse) : C'est corsé hein. Faut pas me chercher,moi. Les gens, je les remets à leur place. Hiérarchie ou pas, je dis ce que je pense. Je suis un déglingo, un gros foufou.

Magalie : Tu rigoles, ton mail, il est aussi policé que le débat des primaires socialistes de jeudi dernier.

Moi : …

Magalie ( réitérant, et visiblement inquiète) : T'as pas envoyé ça ??

Moi : Ben si, pourquoi ?

 

Et la réponse tombant comme une masse sur ma courte carrière de professeur.

 

Magalie : Parce que c'est bourré de fautes d'orthographe.

 

 

http://www.brunoh.com/wp-content/uploads/2010/11/boggle.jpg

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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 08:55

 

Directrice : Assieds-toi !

 

Je m'assois face à son bureau. Elle fait de même, de l'autre côté et Monsieur Jeanti qui a soigneusement fermé la porte, reste debout derrière moi.

 

Je me sens piégé. Je commence à comprendre mes élèves quand il se retrouvent dans ma situation. Une chance pour moi, Directrice n'a pas le numéro de ma mère.

 

Directrice : Tu sais jouer de la guitare ?

Moi : Le petit pont de bois.

Directrice : Quoi ?

Moi : Le petit pont de bois. Yves Duteil. Je sais jouer que du Yves Duteil.

Monsieur  Jeanti: La langue de chez nous, aussi ?

Moi : Oui, mais pas en arpèges. Que en accords.

Monsieur Jeanti : Les savants, les poètes et les fous ?

 

Je vois que Monsieur Jeanti est un connaisseur. L'atmosphère se détend. On parle d'Yves, de sa carrière, des derniers potins aussi. Derniers potins remontant tout de même à plus de 16 ans, lorsqu'Yves s'engagea auprès de Chirac dans la course à l’Élysée.

 

Directrice : Ça suffit  !

 

On s'arrête, on la regarde et quand je me retourne vers mon collègue, il a repris son air sérieux.

 

Directrice : On n'est pas là pour faire l’apologie d'un chanteur mort.

 

Monsieur Jeanti s'effondre.

Je le rassure. Non, Yves Duteil n'est pas mort, il est même sur un projet d'album pour l'automne 2012. Je l'ai vu sur son blog.

 

Comme Directrice commence sérieusement à s'échauffer, on clôt le sujet Duteil et j'écoute ce qu'ils ont à me dire.

Ils font un peu d'Histoire. L'Histoire de l'école. De la chorale de l'école, pour être plus précis. De Madame Dujonc qui menait la chorale à la belle époque. De la fête de la musique, et de l'habitude que l'école avait prise de se produire sur le parvis de la mairie chaque année à cette occasion.

 

Moi : Et pourquoi on ne le fait plus ?

Monsieur Jeanti : Quand Madame Dujonc a pris sa retraite, Madame Lafeuille a insisté pour la remplacer.

Moi : Et alors ?

Directrice : Montre lui, Monsieur Jeanti.

 

Version James Bond : Muni d'une télécommande, Monsieur Jeanti fait apparaître un écran plasma qui descend derrière le fauteuil de Directrice. Le plateau du bureau se retourne et un clavier d'ordinateur ultra sophistiqué apparaît. Monsieur Jeanti tape un code. Je vois des petits astérisques apparaître sur l'écran. Puis un film se lance.

 

Version Monsieur Jeanti : Monsieur Jeanti farfouille dans ses poches et en sort son impressionnant trousseau de clés. En marchant dans le couloir jusqu'à la bibliothèque, il trouve la clé de celle-ci. Il ouvre la porte et se dirige vers la télé. Il la débranche, débranche aussi le lecteur DVD, le magnétoscope et la cafetière. Il manœuvre pour sortir le meuble à roulette sur lequel se trouve tout ce petit monde et file dans le couloir en poussant le meuble. La télécommande de la télé tombe à cause des secousses dues aux jointures du carrelage. Monsieur Jeanti la met dans sa poche. Puis c'est celle du lecteur DVD, puis celle du magnétoscope. Les poches pleines, Monsieur Jeanti loue le Seigneur de ne pas avoir créer la cafetière à télécommande. Il arrive dans le bureau de Directrice et je vous épargne la galère pour tout rebrancher, enfiler une cassette VHS dans ce matériel préhistorique, et caler sur la bande l'extrait de film qu'ils veulent me montrer.

Entre temps j'ai fait découvrir à Directrice l'intégral des 13 albums d'Yves Duteil ( je lui épargne les lives).

 

Visiblement amateur, le film se déroule sur l'écran. Le cameraman semble chercher sa cible. Ça bouge beaucoup, ça tourne. C'est désagréable. Un peu comme au début d'Irréversible de Gaspard Noé.

 

Monsieur Jeanti (plutôt fier) : C'est moi qui filme.

 

Je ne lui dis pas que ça me donne le mal de mer.

Soudain le plan se fige sur un groupe d'enfant. Une chorale semble-t-il. Je reconnais la place de la mairie. Et je reconnais le chef de cœur. Madame Lafeuille. Elle semble surexcitée. Ses bras s'agitent, elle esquisse des pas de danse ( si je peux me permettre de parler de danse à propos de ces gesticulations chaotiques), et sa bouche est grande ouverte.

 

Moi : Et alors ?

 

Je réitère ma question. Et alors, quel rapport avec l'abandon de la chorale. Madame Lafeuille a juste l'air d'avoir mangé le diable de Tasmanie de Warner Bros. Mais je ne vois pas le rapport.

 

Directrice : Monsieur Jeanti, monte le son !

 

Il s'exécute. Et on grimace. Un peu comme quand la craie dérape sur la tableau noir. La télé émet un son insupportable.

 

Monsieur Jeanti me voit grimacer. Il semble lire dans mes pensées.

 

Monsieur Jeanti : Non, Tévélis, ce n'est pas un larsen... c'est bien Madame Lafeuille que tu entends.

 

Il baisse le son et continue :

 

Monsieur Jeanti : Ce jour-là, il y a eu des plaintes du voisinages et la police est arrivée. Lorsqu'ils ont vu une chorale d'enfants, ils n'ont pas eu le cœur de les interrompre.

Moi : Une plainte des voisins ??? Mais c'était la fête de la musique, non ?

Directrice : C'est justement l'argument principal des voisins. Dans « fête de la musique », il y a musique.

 

Pour la 3ème fois lors de cet entretien, je demande : « Et alors ? »

 

Directrice : Alors, depuis que tu es arrivé dans cette école, j'ai en tête de refonder la chorale pour à nouveau nous produire sur le parvis de la mairie à la fin du mois de juin.

Monsieur Jeanti : Cependant, depuis que nous avons laissé le créneau libre, d'autres écoles se sont produites et cette année l'inspection a décidé de donner la priorité à l'école qui aura le projet le plus abouti.

 

Directrice (solennellement) : On compte sur toi.

 

« On compte sur toi », pas même un « Qu'est-ce que t'en penses ? »

 

Il me semblait bien que c'était un piège.

Pourtant lorsque je sors du bureau pour me rendre dans la cour où la récréation bat encore son plein, je ne peux m'empêcher de penser à GLEE.

 

Je serais Will Schuester, en moins baraqué et moins bien membré (je parle de l'organe vocal) et je serais à la recherche de la fine fleur vocale de l'école pour créer le Glee Club

 

Je pénètre dans la cour, le torse bombé et le générique de Glee me trottant dans la tête et je regarde la marmaille en me demandant bien où je trouverai une Rachel et un Finn d'accord pour réinterpréter le répertoire de Yves Duteil.

 

 

http://seriesaddict.fr/images/galerie/Glee/promo2x18/Rachel-Finn-et-Will-Glee-2x18.jpg

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 06:46

 

Rédaction : Raconte tes vacances. 

 

Classique. Trop. Beaucoup trop.

Arrivés en CM2, la plupart des élèves a déjà traité ce sujet au moins trois fois.

 

En plus, on entretient leur nostalgie des vacances. Avec hypocrisie. Car le reste de l'année, on leur rabâche des « C'est fini les vacances ! » et des « C'est pas encore les vacances ! » à longueur de période.

Encore plus hypocritement, on leur fait croire qu'on s'y intéresse. Pour ma part, leurs vacances chez la grand-mère, devant le tour de France ou à la piscine municipale, je m'en balance comme du nom du troisième assistant de photographie du film du dimanche soir qui défile quand même lors du générique.

 

Du coup, j'ai réfléchi à un sujet moins hypocrite.

Je pense à « Raconte pourquoi tu es content(e) de reprendre l'école. ». Pour le coup, on baigne dans l'hypocrisie jusqu'au cou.

 

Alors je l'ai joué plus fine. « Raconte le pire moment de tes vacances ».

 

Et sans surprise je suis tombé sur des pires moments très légers. Des petites peines d'enfants.

 

Mon pire moment des vacances, c'est à la Grande Motte. Mes parents m'avaient acheté une glace trois boules. Goût Kinder, Chocapic et Guimauve grillée façon barbecue. Nous nous promenions le long de la plage.

Je suis passé près d'un homme qui portait sa main en visière pour regarder un avion avec un long bandeau qui flotte au vent. Visiblement peu intéressé par le message publicitaire qui annonçait des promotions sur les moules-frites d'un restaurant ( « Chez Moumoule, les frites sont à volonté si on vient en bottes en caoutchouc »), l'homme a violemment rabattu sa main, qui a emporté ma glace dans son élan.

Elle était irrécupérable, ensablée.. J'ai rejoint papa et maman en courant et en pleurant un peu. Ils m'ont consolé et m'ont acheté une autre glace un peu plus loin.

 

Mon pire moment des vacances c'est une nuit au camping quand l’alarme de la BMW de papa n'a fait que sonner. Tous les voisins étaient mécontents et j'ai pu apprendre de nouveaux gros mots que je ne connaissais pas. Au début, Papa n'a pas voulu débrancher l'alarme. Il avait trop peur car, la nuit précédente, son copain Paulo s'était fait piquer son épuisette et son pack de bière qu'il avait mis au frais sous la caravane. Ensuite il l'a quand même coupée puis il a fait le guet pour surveiller sa BMW.

Le lendemain, comme il n'a pas trop dormi, il était drôlement en pétard. Surtout quand il a vu que c'était une guêpe coincée dans l'habitacle qui déclenchait l'alarme avec les détecteurs de présence.

 

Mon pire moment des vacances, c'est plutôt une grosse déception. Avec mon Papa, tous les samedis soirs des vacances, on est allé à des fêtes. On est allé à la fêtes des escargots à Saint-Point-Lac, à la fête du foot à Montperreux, à la fête de la paille à Chaffois, à la fête de la bouse à Vaux-et-Chantegrue, aux Fines Gueules à Saint Colombe, à la fête du cheval à Houtaud, à la fête des sapins à Levier et même à la fête de l'éponge à Saint-Hippolyte. Mon papa prenait sa voiture, ils nous emmenait, ma sœur et moi, et aussi des copains à lui. Pour revenir, c'est jamais lui qui conduisait. C'était un de ses copains. C'était jamais le même, mais mon papa, il l'appelait toujours Sam.

Ma grosse déception, c'est que mon papa, il me parle tout le temps d'une fête. Presque toute l'année. Il en parle beaucoup et on n'y est même pas encore allé. C'est la fête du slip.

 

Parfois dans les rédactions, je soupçonne quelques récits inventés de toutes pièces Je ne jette pas la pierre, imaginant parfois moi-même les récits qui composent ce blog. L'école a beau être une vraie source d'inspiration et un monde riche en événements, il y a quand même des limites. C'est pareil pour les vacances.

 

Mon pire moment des vacances, c'est quand j'ai participé au concours de plongeon du camping On sautait de 40 mètre de haut depuis des falaises rocheuses dans une mer agitée. Il fallait bien viser à cause des rochers, en bas.

Je me suis élancé. Après une minute de chute, 4 vrilles, 2 salti tendus, cassé et détendus, je me suis aperçu que je n'avais pas noué le cordon de mon maillot de bain. Comme il me restait une bonne minute de chute, j'ai tenté de le renouer. J'avais le temps. Malheureusement un bout du cordon était rentré dans la couture. J'ai donc fini mon plongeon et suis arrivé dans l'eau nu comme un ver.

Par pudeur et par respect pour mon public, je ne suis pas sorti de l'eau vers le site du concours. J'ai nagé quelques kilomètres dans cette mer intenable. Par chance

  , au bout d'une demie-heure, mon père m'a rejoint en hélico. Il m'a lancé la corde-échelle que j'ai gravi aisément. J'ai attend la cabine juste avant qu'il se pose sur l'hélistation du camping à côté de notre tente 2 secondes.

 

Il m'arrive aussi de regretter mon idée d'un sujet de ré daction original. Car, tous les enfants ne sont pas protéger par cette sorte d'immunité enfantine. Ils ne sont pas tous équipés de cette carte, qu'il pourrait brandir à tous moments en disant « Stop. Mon statut d'enfant me permet de ne pas être confronté à vos problèmes d'adulte. Je fait jouer mon immunité. »

Alors, naïvement bercé par les souvenirs de mon enfance heureuse, je me prends une claque en lisant certains récits.

 

Mon pire moment des vacances, c'est quand je suis rentrée à la maison le dernier jour d'école. Papa m'attendait devant l’immeuble car c'était son tour de garde. Il m'a  empêchée d'aller embrasser Maman que je n'allais pas voir pendant un mois car cette dernière lui avait interdit de prendre ma valise. Papa m'a alors acheté quelques affaires que Maman allait jeter dans un mois à mon retour.

Au début, avec Papa c'était bien, mais comme je ne m'entendais pas trop avec sa nouvelle copine, je suis allée trois semaines en colonie à la dernière minute. Avec des affaires pour 4 jours. Il ne restait de places que dans le thème sports mécanique. J'étais la seule fille.

Au mois d'Août, comme Maman n'a pas pu poser de vacances, je suis restée au centre aéré pendant les 4 semaines. C'était un peu comme à l'école. C'était à l'école d'ailleurs. Du coup, c'était les moments les moins pires de mes vacances. Mais ça, c'est hors sujet.

 

 

 

 http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcStF2R0bDswQtyA0SfP4Pevpt6Vhsn9iAMirRyckdAXiAJ2Jnv4

 

 

 

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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 08:18

10h02. Le groupe de quatre est en formation très serrée. Une tape dans la main. Un cri sauvage. Et Cobra d'Enfer lance le début de l'opération « Fête des mères ».

 

10h03. Les quatre commandos surentraînés se dispersent dans la cour. Leur camouflage « cour de récré » est parfait. Personne ne les remarque. Bermudas, sandales, casquette Batman, T-shirt tâchés de feutre. Ils ont pensé au moindre détail.

 

10h03 : Jambon Beurre se faufile entre les CM1 qui jouent au foot et vient se coller contre la mousse de protection du panier de basket. Il est à l'abri des regards des vigies. Il porte son talkie à la bouche : « Paré ».

 

10h04. Poulpe GTI et Princesse Câlin se dirigent vers la jardinière au sud-est de la cour. Ils sortent des billes de leurs poches et commencent une partie de tiquette.

 

10h04 : Cobra d'Enfer qui supervise l'opération depuis les toilettes des garçons est à son poste. Debout sur la cuvette, accoudé à la fenêtre donnant sur la cour.

 

Cobra d'Enfer : Phase 1 terminée. Parés pour la phase 2 ?

Jambon Beurre : Paré !

Poulpe GTI : Paré !

Cobra d'Enfer : Et Sonia ?

Jambon Beurre : On avait dit de pas dire les prénoms.

Cobra d'Enfer : Je me souviens plus de son nom de code.

Poulpe GTI : Princesse Catin... ah non, attend je te la passe, elle a pas l'air content.

Princesse Câlin : C'est Princesse Câlin, c'est pas dur à retenir.

Cobra d'Enfer : C'est pas un vrai nom de code. On dirait le nom d'une poupée.

Princesse Câlin : Et Jambon Beurre, c'est un vrai nom de code, ça ?

Jambon Beurre : Dégagez la ligne les gars. Y'a la vigie n°1 qui rôde pas très loin.

 

10h06 : La vigie n°1 a trouvé étrange l'attitude d'un élève collé contre la panneau de basket et semblant parler tout seul. Elle s’approche dudit élève, mais ne constatant rien d'anormal, elle retourne à son poste.

 

Jambon Beurre : C'était moins une.

Cobra d'Enfer : On laisse la ligne dégagée jusqu'à nouvel ordre. La phase 2, va bientôt commencer.

 

10h07 : Tout se déroule comme prévu. La vigie n°2 abandonne son poste au milieu de la récré pour aller se chercher un café. La vigie n°3 est trop éloignée du centre des opérations, elle ne verra rien. Reste à neutraliser la vigie n°1.

 

Cobra d'Enfer : Jambon Beurre, c'est à toi de jouer. Poulpe GTI et Princesse Machin, tenez vous prêts.

 

10h07 : Jambon-Beurre sort de sa planque. Un CP passe en courant vers lui. Une aubaine. Jambon Beurre lui colle un taquet sur le haut du crâne. Surpris, le CP s'arrête dans sa course. Voyant qu'il a affaire à un CM2, il se met à pleurer. Jambon Beurre attend. Malheureusement, le CP ne va pas se plaindre à la vigie n°1. Il cherche sa maîtresse qui n'est pas de service ce matin et court en direction de la salle des maîtres. Cela va prendre trop de temps.

 

10h08 : Jambon Beurre n'a pas le choix. Il renouvelle l'opération « Taquet » avec un CE1 qui passe. Celui-ci se dirige directement vers la vigie n°1 qui ne tarde pas à rappliquer avec des yeux tout ronds et des sourcils froncés.

 

Vigie n°1 : Ludovic, je peux savoir ce qui s'est passé. Edine dit que tu lui a donné une claque.

Jambon-Beurre : Que me dice ?

 

Cobra d'Enfer qui a tout vu depuis son poste d'observation lance le signal.

 

Cobra d'Enfer : Phase 3. Je répète, la voie est libre. La phase 3 peut commencer.

 

10h10 : Poulpe GTI et Princesse Câlin stoppent leur fausse partie de billes et entament la phase 3. Heureusement, ils peuvent opérer librement car la plupart des élèves qui était dans le secteur fait cercle, à présent, autour de Jambon Beurre qui se fait sermonner de plus belle car il feint ne plus comprendre le français et ne parle qu'en espagnol, ce qui met la vigie n°1 dans un état de fureur extrême.

 

10h11 : La phase 3 se déroule sans problème. Maintenant, il faut se débarrasser de la marchandise. Poulpe GTI et Princesse Câlin sont à présent près du mur qui borde la cour. Dans un mouvement vif, à l'unisson, les deux commandos envoient valser leur cargaison de l'autre côté du mur.

 

10h12 : Cobra d'Enfer est assis sur la cuvette à présent. Il sourit. L'opération « Fête des mères » est un succès. Il ne reste plus qu'à récupérer la marchandise à 11h30 après l'école. Il sait que la ruelle bordant la cour est peu fréquentée. De plus , à part eux-mêmes, leur butin n'intéressera personne.

 

10h13 : Poulpe GTI et Princesse Câlin se rendent sur le lieu du débriefing. Leurs regards croisent celui de Jambon Beurre assis dans le coin des punis. D'un signe de la main, celui-ci leur explique la teneur de la punition.

 

Princesse Câlin : Cent lignes. Il s'en sort plutôt bien.

Poulpe GTI : De toute façon, c'était prévu, il aura une plus grosse part que nous au moment du partage.

 

10h14 : Débriefing rapide. Les trois compères sont satisfaits.

 

10h15 : Sonnerie. Les 4 commandos se retrouvent dans les rangs mais pour plus de prudence ils se rangent séparément.

 

10h37 : Directrice entre dans ma classe.

 

Directrice  ( s'adressant aux élèves) : Vous avez remarqué que depuis quelques jours les jardinières de la cour sont fleuris. C'est le travail de la classe de CLIS qui a planté des fleurs pour embellir la cour. Cependant nous avons eu la regrettable surprise de voir que pendant la récréation de ce matin, une jardinière a été dévastée. Plus une fleur. Plus une seule.

 

Elle continue en parlant de dénonciation spontanée, d'environnement, de la nature, du travail des élèves de CLIS.

 

Ludovic, Sonia, Shems et Edouard écoutent très attentivement. Ils comprennent tout ça. Le respect de l'environnement, la valeur du travail, le désarroi des élèves de CLIS, la notion de propriété et de vol.

 

Bien-sûr qu'ils comprennent tout ça. Mais malgré cela, ils ne peuvent s’empêcher de penser au sourire de leurs mères quand ils leur offriront un jolie bouquet de fleurs, dimanche matin.

 

 

 

http://www.e-cartes.com/wordpress/wp-content/uploads/2009/05/carte-fete-des-meres.jpg

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 20:40

 

Je suis dans ma classe avec la maman de Kenny. Elle a souhaité me parler d’une chose importante concernant son fils.

Kenny, c’est le même que dans South Park. Celui avec la capuche qui lui dissimule la quasi-totalité du visage. Celui qui ne s’exprime jamais, ou que par onomatopée. Celui qui meurt dans tous les épisodes.

Le Kenny de ma classe, il est pareil. Sauf qu’il n’est encore jamais mort et qu’il doit enlever sa capuche à l’intérieur de l’école.

Physiquement aussi c’est le même. Petit, les bras tendus le long du corps, les épaules basses et le dos un peu voûté par un poids imaginaire.

Pas si imaginaire que ça. C’est sa mère, ou plutôt sa présence constante qu’il porte comme un lourd sac à dos.

 

La mère de Kenny, elle ne s’exprime pas beaucoup non plus. Pourtant aujourd’hui, elle fait de longues phrases. Si longues et tellement dénuées de tout intérêt dans le contexte d’un rendez-vous parent-prof que j’ai du mal à la suivre.

 

Elle me parle des difficultés qu’ils ont, elle et le père de Kenny, pour faire manger le petit. Il n’aime rien et elle et son mari n’ont pas envie de flancher sur le domaine de l’éducation aux goûts et aux saveurs.

Alors, ils galèrent à tous les repas pour lui faire avaler son apport calorifique nécessaire. Et au vu de la vitalité peu débordante dont fait preuve Kenny en classe, je me permettrais de dire qu’ils échouent très régulièrement.

 

Ensuite elle me parle du menu d’hier midi. Des endives au jambon. Elle m’explique qu’après avoir sucé les endives et léché le jambon pour en extraire toute la sauce béchamel, Kenny, sous la contrainte, commence à mâcher pendant de longues heures la moitié d’endive et le morceau de jambon que son père lui a enfournés dans la bouche.

La mère de Kenny raconte ensuite, que son fils a l’habitude de faire des boulettes de ces aliments qu’il coince dans le coin de la bouche en attendant que le repas se termine.

Il arrive régulièrement que son père lui fasse recracher la boulette (parfois très grosse) et qu'il la lui recoupe dans son assiette pour qu'il la mange.

 

Soudain son discours prend un tournant inattendu.

 

La mère : Sinon, en classe, il est comment ?

Moi : Assis, le plus souvent.

La mère : ... il participe ? Je veux dire.

Moi : Ben, pas beaucoup, mais vous le savez, on en a déjà parlé.

La mère : Oui, mais hier par exemple, il était comment.

Moi : En pantalon de velours, je crois. Avec un pull moutarde. C'est ça ?

La mère : Non mais en participation, il était comment ?

Moi : Ben, normal quoi. Effacé comme d'habitude.

 

Je ne vais quand même pas lui dire qu'hier, j'ai envoyé son fiston chercher les calculettes vers Directrice et que je ne l'ai retrouvé qu'une heure plus tard derrière la porte de la classe alors que nous sortions en récréation.

 

Moi : Ben, pourquoi tu n'as pas toqué ?

Kenny : ....

 

Cela dit, il a bien fait de ne pas répondre. La question était idiote. Il est évident qu'il n'a pas pu frapper à la porte car il avait les mains encombrées par le carton de calculatrices.

 

Du coup je ne lui dis pas. Et elle reprend.

 

La mère : Non, parce que hier midi, à table, Kenny a fait une boulette. Son père étant absent, je n'ai pu lui faire recracher. Il est parti à l'école avec sa boulette.

Moi : Ce serait bien qu'on arrive au vif du sujet, quand même.

La mère : Hier soir en rentrant à la maison, il avait encore sa boulette. Je voulais savoir comment vous ne l'aviez pas remarqué.

Moi : ....

 

Je ne tente même pas de me justifier. Je réfléchis simplement. Je repense à tout ce qu'on a fait hier en classe et quel calvaire ça a dû être pour Kenny de conserver sa boulette tout l'après-midi. Le chant, le sport, la récitation, la gâteau d'anniversaire de Ludo.

 

La maman insiste.

 

La mère : Comment vous n'avez pas vu qu'il avait la bouche pleine pendant toute une demi-journée ?

Moi : En général, je remarque plutôt ceux qui mâchent. Et comme je vous l'ai dit, Kenny est inexistant en classe alors...

 

Je commence à être sur la défensive. En mode agressif, je m'apprête à la remettre en place. Mais elle réplique.

 

La mère : Non, parce que si un jour vous remarquez qu'il a une boulette, vous lui faîtes cracher et vous la conservez. Son père la fera recuire pour le repas du soir.

 

Et elle conclut : Ça lui passera peut-être l'envie.

 

http://storage.canalblog.com/28/54/228472/47596235.jpg

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 09:20

 

Pendant la récréation. Libre de service, je me récrée ( ou me recrée) dans la salle des maîtres. Le bruit des enfants se divertissant nous parvient depuis la cour. Soudain, une sirène retentit. Lointaine. Hors des locaux. Dans la cour, peut-être.

 

Mme Lafeuille : C'est pas déjà la sonnerie, on vient de descendre.

Mme Dubois : C'est pas l’alarme non plus, on ne l'entend presque pas.

Moi : C'est pas une sirène...ni une sirène d’ailleurs...c'est Lina qui pleure.

 

Dix minutes plus tard. La vraie sonnerie a retentit, les élèves sont rangés. Mais Lina persiste.

Un gros chagrin sans doute. Au moins une tricherie aux billes ou un refus de prêt de corde à sauter.

 

Je me lance alors du haut d'un rocher et plonge dans les larmes de la pauvre fillette. J'espère en ressortir une rose entre les dents pendant qu'elle me survolera en deltaplane, comme dans la pub ULTRA BRITE. Malheureusement, je me trouve entraîné malgré moi dans un tourbillon qui m'aspire vers le fond. Pas moyen de la consoler, ni de connaître l'origine de ses pleurs.

 

Pour le coup, le reste de la classe semble désolidarisé de la pauvre Lina. Sans doute, parce que ce matin elle m'a aidé à remettre la main sur les photocopies de l'évaluation de maths que je devais leur faire passer.

Personne ne semble savoir pourquoi elle pleure. Enfin, personne ne le dit.

 

Moi : Alors, y'a bien quelqu'un qui sait. Pourquoi elle pleure, Lina ? Quelqu'un lui a fait du mal ?

Sarah : Ben non ! Au contraire, je lui ai donné mon goûter.

Ludo : C'est pour ça qu'elle pleure alors.

 

Tout le monde rigole. Personne n'est dupe. Ludo faisait bien référence aux saveurs originales des gâteaux que Sarah apporte aux récréations. Ils se sont tous fait avoir au moins une fois, et ont été surpris, après avoir troqué leur Cap'tain Choc ou leur Pitch, de croquer dans une part de cake au manioc ou au gingembre.

 

Malgré tout, il faut remonter en classe. Et finalement, c'est dans la montée d'escaliers, les langues se déliant, que j'en apprends davantage sur le cas Lina. Arrivé en classe, j'en suis quasiment sûr et c'est Lina, elle-même, qui confirme dans un hochement de tête qui finit de noyer son cahier du jour.

 

Ses clés sont passées à travers la grille d’égout de la cour.

 

Les pleurs sont justifiés. Elle risque de se retrouver à la rue en rentrant chez elle. Pire ! Elle risque d'attendre dans le bureau de Directrice que sa mère vienne la chercher. Pire encore ! Elle risque de manger à la cantine.

Je compatis en pensant au camion SODEXHO qui décharge chaque matin dans la cour une cargaison douteuse à l'odeur plastifiée.

 

J'envoie alors Romain, élève de service, chercher Directrice.

Quand cette dernière arrive dans la classe dont le calme ambiant est parasité par les sanglots et les reniflements de Lina, je lui explique brièvement le problème. Elle semble à mille lieues de ces préoccupations et je ne serais pas surpris qu'elle hausse les épaules en disant «  C'est pas la mort ! ».

 

C'est pas la mort, certes, mais c'est plutôt agaçant une gamine qui pleure quand on essaie d'expliquer au reste de la classe que Louis Soleil n'est pas arrivé en vaisseau spatial sur Terre.

 

Du coup, j'abats ma dernière carte.

 

Moi : Bon, ben, tu peux au moins appeler Mme Machin, la mère de Lina, pour la prévenir.

 

Ça marche. Directrice réagit. A l'évocation de son nom de famille, elle remet Lina. La fille de la chieuse du conseil d'école. La trésorière de l'association des parents d'élèves. Du genre coriace. Du genre qui connaît les programmes par cœur.

 

Directrice quitte alors la classe sur ces mots : « Je m'en occupe ! ».

Au ton qu'elle emploie, je sais qu'elle va utiliser les gros moyens pour récupérer les clés, quitte à plonger elle-même en maillot de bain et en pince-nez dans les profondeurs putrides de la cour.

 

Pourtant ce n'est pas la Directrice en bikini que je vois un peu plus tard dans la cour, mais un de ces énormes camions munit d'un aspirateur géant. Deux employés de la mairie en sortent et je vois Directrice qui leur désigne la plaque d'égout.

 

Les 2 gars commencent leur boulot. Un odeur pestilentielle s'infiltre dans la classe. Les élèves qui n'ont pas encore vu le camion, pensent que Sodexho est arrivé et tentent de deviner ce qu'ils mangeront à midi. L'odeur nauséabonde ne semble pas les dégoûter et j'en entends même un dire : «  Ça me donne faim ! ».

 

Un peu plus tard, un des agents municipaux se présente dans l'encadrement de la porte. Il a l'air moyen patient. Sûrement avait-il quelque chose à faire de plus important que de fouiller les égouts à la recherche d'un malheureux trousseau de clés.

 

L'agent : C'est qui la p'tiote qu'a paumé ses clés.

 

Je lui montre.

 

L'agent ( dans un soupir) : On a trouvé des billes, des galots, un cahier du jour, un sandwich et un bracelet brésilien bleu... mais pas de clés.

Hubert : C'est mon bracelet. Mon vœu s'est réalisé. J'avais souhaité le retrouver quand il se décrocherait.

L'agent : T'avais un porte clés après tes clés. Ça nous aiderait.

 

Entre deux sanglots, on arrive à comprendre que oui, elle a un porte-clés. Un scoubidou apparemment.

 

L'homme retourne à la pèche.

 

Il réapparaît deux minutes plus tard avec son collègue, plus remonté que jamais.

Je sens qu'ils ont échoué et perdu leur temps. Je fais une tête de circonstance pour les remercier et m'excuser au nom de toute l’Éducation Nationale pour le dérangement.

Soudain, le gars brandit un scoubidou au bout duquel se balance un petite clé.

 

Je souris et regarde Lina, du genre, « Regarde et arrête de pleurer maintenant ! »

 

Du coup je ne comprends pas la tête de méchant que les deux employés se sont façonnés. Je tends la main pour prendre la clé et remarque alors ce qui les a mis en colère. A l'instar des 2 mecs qui se trouvent sur le pas de la porte, mes sourcils se froncent, un bouillonnement interne secoue mes entrailles du ventre jusqu'à la gorge, je serre les dents et les poings, puis me retourne le plus calmement possible vers Lina.

 

Moi (très sèchement) : Lina ! Mouche-toi ! Lève-toi ! Et viens remercier les messieurs qui ont retrouvé la clé de ton journal intime.

 

 

http://what-the-l.com/userfiles/image/article61cl%C3%A9s/victorian%20key%20by%20md%20sparks.jpg

 

Un petit souvenir de 1981 :

 


 
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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 17:51

 

Qu'est-ce que je fous là ?

Un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Gulliver au pays des Liliputiens.

Mais qu'est-ce que je fous là ?

 

Ah oui ! Je sais. M. Jeanti. L'échange de service. Mes élèves qui reviennent de leur séance de sport avec mon collègue. Ils ont l'air ravi.

« C'était comment ? », mais je regrette déjà la question. «  Trop bien ! » «  Génial ! » « TTMSG » «On parle pas le SMS en classse ! » « Trop trop méga super génial ! »

Puis le coup de massue : « Même que M. Jeanti, il a couru avec nous. »

Et un autre. Encore plus fort : « Même qu'il court le cross avec ses élèves ».

 

Voilà ce que je fous là. Un peu d'amour propre. Beaucoup de fierté aussi. L’esprit de compétition sans doute.

Et me voilà en short avec mon T-shirt Heineken au milieu d'une centaine de mômes de 10 ans, dans l'attente d'un coup de feu qui nous lancera moi et tous les CM2 de la ville dans une folle course de 2 km.

Je suis mal à l'aise. Je me sens grand, maigre et poilu au milieu de cette masse juvénile. Je ne sais pas quoi faire de mes bras, de mes jambes. Heureusement un autre instit rejoint le groupe. Un concurrent très sérieux, apparemment. Il porte un T-shirt Kronenbourg.

 

PAN. C'est parti. PAN PAN PAN ! Faux départ.

Une classe retardataire arrive en trottinant. On les attend. Leur maîtresse se place sur la ligne de départ avec eux. Elle ne paie pas de mine avec son débardeur Hello Kitty. Pourtant, j'ai peur. Je vois, à son poignet, le même grosse montre qu'à celui de M. Jeanti. Sûrement une habituée de la petite foulée..

 

PAN ! Moment de flottement dans le groupe. Tout le monde se regarde. On n'est pas sûrs. Si ? C'est bon ? C'est parti.

 

Au début, les 3 adultes restent avec les mômes pour les accompagner, les encourager. Puis, assez vite, on commence à se jauger. Hello Kitty ne semble pas essoufflée. Elle prend la tête du groupe et se détache peu à peu.

Par solidarité masculine, Kronenbourg et moi, on court côté à côte. On passe devant le premier môme, mais Hello Kitty est déjà loin. Vous allez me traiter de machiste de base, mais je garde encore dans la bouche le mauvais goût des défaites contre les filles. Un saveur âpre qui date des cour de récré.

Du coup j'accélère.

 

Kronenbourg me suit mais va bientôt craquer. Il est sous pression. Je lui vois un peu de mousse à la commissure des lèvres. La déshydratation le guette. J'en remets une couche et me trouve bientôt à hauteur de la meneuse. Kronenbourg est distancé. Je n'entends plus sa respiration rauque derrière mes talons.

 

Plus que 500 mètres. Un passage devant les tribunes et on rejoint la piste pour un tour de stade.

C'est ici, devant les tribunes surchargées par tous les cycles III de la ville, que le drame se produit. J'entreprends de doubler Miss Hello Kitty pour prendre la tête de la course des CM2, quand soudain ma cheville gauche se tord et je perds l'équilibre.

 

Par réflexe, je m'agrippe dans ma chute,au débardeur rose de ma concurrente. Elle résiste. Le débardeur aussi. Plus tard j'apprendrai, par M. Jeanti qui a vu la scène depuis les tribunes, que j'ai bien fait de lâcher le débardeur avant que la poitrine opulente de la maîtresse n'explose au regard des mouflets réunis dans les gradins.

 

Je me ratatine par terre dans une glissade pitoyable et je me brûle le flanc sur le gravier, trouant alors mon T-shirt, dernière trace de ma débauche étudiante. De plus, ma cheville est douloureuse et je ne peux repartir qu'en claudicant pour le dernier tour de piste.

 

La honte d'avoir chuté devant les tribunes pleines n'est rien en comparaison de ce qui m'attend.

 

Un par un, mes élèves me doublent en me gratifiant d'un «  Allez Maître, c'est bientôt fini ! ». J'accentue alors le boitillement pour toute justification.

 

Pourtant je ne devrais pas dévaloriser leurs efforts et cet exploit de doubler leur maître. Je vois dans chacun de leur regard plus de fierté que lorsqu'on avait gagné le prix de la meilleure poésie collective, grâce à leur création « De la margarine sur le canapé » et que Mamar avait vomi dans la coupe en sortant du bus. Plus de fierté que lorsqu'il avaient vu leur photo dans le journal avec la légende suivante «Les enfants de CM2 ont interprété un classique de Mireille Matthieu lors du concert pour la paix. »

 

Alors, malgré la douleur fulgurante qui me scie la cheville, je trottine sans boiter et les encourage à chaque fois qu'ils me dépassent.

Cependant malgré tous mes efforts de ralentissement, Lina et Hubert ne me dépasseront jamais. Et les pauvres subiront l'anecdote de chacun des autres contant tour à tour « quand ils avaient doubler le maître. »

 

 

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Published by Walter - dans En classe
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