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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 17:29

 

Jusqu'à l'année dernière, notre chère école faisait partie d'un réseau nommé RAR. Réseau Ambition Réussite.

 

L'an dernier, des gars du service marketing de l’Éducation Nationale ont trouvé ridicule ce pauvre A tout seul entre deux R. Par souci d'équité entre voyelles et consonnes, ils ont décidé d'intégrer un I dans le sigle pour tenir compagnie au A. Le I de Innovation.

 

Cependant, RAR ça sonnait plutôt bien. RAIR, pas trop, RIAR encore moins. ARRI, c'était trop masculin, RIRA trop risible et IRRA c'était déjà pris par un groupe d'Irlandais.

 

Après avoir joué au Scrabble, à Motus et à Boggle toute la journée avec ces 4 lettres, les têtes pensantes de l'EN se sont autorisées une variante dans les règles du jeu.

 

Un des gars : On a qu'à ajouter des lettres.

Un autre : Des voyelles ou des consonnes ?

Le gars : …

Un autre : Au Scrabble, il y a plus de consonnes.

 

Du coup, il se sont mis d'accord là-dessus et sont rentrés chez ultra-satisfaits de leur journée de travail.

 

Le lendemain, après deux heures et demie de brainstorming, un des types a commencé à sauter partout dans la pièce en criant «  Ça y est, ça y est, je l'ai, je le tiens ». Comme il n'avait rien dans les mains, les autres lui ont demandé de quoi il parlait. «  Le sigle ! », il a crié. Puis il a rajouté «  Je l'ai ! ».

 

Il a encore sauté pendant deux minutes, ensuite il a entrepris de leur faire part de sa découverte mais comme il tournait trop autour du pot, les autres étaient prêts à l’étriper. Enfin après qu'il ait exposé son idée, ils se sont jetés à ses pieds pour les embrasser.

 

Son idée : ECLAIR : École Collèges et Lycées pour l'Ambition et l’Innovation pour la Réussite.

 

Du coup, le mec a été promu. Ils l'ont collé au ministère de la défense. Là-bas, c'est plus dur, il faut trouver des sigles que les pays ennemis ne comprennent pas.

 

Tout ça pour vous dire que le I et les autres lettres n'ont pas trop changé notre manière de travailler. Directrice a dit «  On les a pas attendu pour être Innovants ». On a tous répondu «  Non, bien-sûr que non, non. Qu'est-ce-qu'ils croivent ?? ».

 

Par contre du côté du collège de secteur, le I a fait tourner des têtes. Ils innovent à tour de bras, là-bas. Vu de l'extérieur, c'est plutôt amusant de les voir innover. Mais quand leurs innovations commencent à passer les portes de l'école primaire, on rigole moins.

 

La nouvelle principale a découvert un truc innovant que l'on faisait déjà depuis plusieurs année. La liaison CM2/6ème.

Les CM2 allaient une dizaine de fois au collège dans l'année pour des occasions diverses. Dix fois, c'est bien.

 

Par contre quand dans notre emploi du temps du début de l'année, on est obligé de coller des cases « collège » , quand on se dit que l'an prochain il faudra faire une liaison CM1/CM2 pour habituer les CM1 à aller au collège, ça commence à plus faire rigoler du tout leur truc innovant.

 

C'est pour ça que ce matin, quand Directrice m'a dit que je devais aller au collège demain pour que les 3èmes fassent une séance de maths à mes élèves, j'ai péter les plombs et ai décidé de boycotter.

 

Directrice : Fais ce que tu veux mais il faut que tu informes l'Inspectrice.

 

La nouvelle Inspectrice, personne ne l'a encore testée. Tant pis, je m'y colle.

 

Je lui rédige un mail assaisonné à coups de « Chère Madame l'Inspectrice » avec des majuscules partout. J'y ajoute ma colère à grands coups de « Je Vous prierais de comprendre... ». Je ne mâche mes mots lorsque je lui sors que « la démarche pédagogique avec le collège est intéressante mais... ». Et je conclue ulcéré que « peut-être ultérieurement je participerai volontiers à ce projet ».

 

Je suis fière de mon message. L'Inspectrice si prendra à deux fois avant de m'imposer des projets sans mon accord.

 

Magalie passant par là, je l'appelle et lui fait lire le message que je viens d’envoyer.

 

Magalie (visiblement choquée) : Me dis pas que t'as envoyé ça à l'Inspectrice.

Moi (bombant le torse) : C'est corsé hein. Faut pas me chercher,moi. Les gens, je les remets à leur place. Hiérarchie ou pas, je dis ce que je pense. Je suis un déglingo, un gros foufou.

Magalie : Tu rigoles, ton mail, il est aussi policé que le débat des primaires socialistes de jeudi dernier.

Moi : …

Magalie ( réitérant, et visiblement inquiète) : T'as pas envoyé ça ??

Moi : Ben si, pourquoi ?

 

Et la réponse tombant comme une masse sur ma courte carrière de professeur.

 

Magalie : Parce que c'est bourré de fautes d'orthographe.

 

 

http://www.brunoh.com/wp-content/uploads/2010/11/boggle.jpg

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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 08:55

 

Directrice : Assieds-toi !

 

Je m'assois face à son bureau. Elle fait de même, de l'autre côté et Monsieur Jeanti qui a soigneusement fermé la porte, reste debout derrière moi.

 

Je me sens piégé. Je commence à comprendre mes élèves quand il se retrouvent dans ma situation. Une chance pour moi, Directrice n'a pas le numéro de ma mère.

 

Directrice : Tu sais jouer de la guitare ?

Moi : Le petit pont de bois.

Directrice : Quoi ?

Moi : Le petit pont de bois. Yves Duteil. Je sais jouer que du Yves Duteil.

Monsieur  Jeanti: La langue de chez nous, aussi ?

Moi : Oui, mais pas en arpèges. Que en accords.

Monsieur Jeanti : Les savants, les poètes et les fous ?

 

Je vois que Monsieur Jeanti est un connaisseur. L'atmosphère se détend. On parle d'Yves, de sa carrière, des derniers potins aussi. Derniers potins remontant tout de même à plus de 16 ans, lorsqu'Yves s'engagea auprès de Chirac dans la course à l’Élysée.

 

Directrice : Ça suffit  !

 

On s'arrête, on la regarde et quand je me retourne vers mon collègue, il a repris son air sérieux.

 

Directrice : On n'est pas là pour faire l’apologie d'un chanteur mort.

 

Monsieur Jeanti s'effondre.

Je le rassure. Non, Yves Duteil n'est pas mort, il est même sur un projet d'album pour l'automne 2012. Je l'ai vu sur son blog.

 

Comme Directrice commence sérieusement à s'échauffer, on clôt le sujet Duteil et j'écoute ce qu'ils ont à me dire.

Ils font un peu d'Histoire. L'Histoire de l'école. De la chorale de l'école, pour être plus précis. De Madame Dujonc qui menait la chorale à la belle époque. De la fête de la musique, et de l'habitude que l'école avait prise de se produire sur le parvis de la mairie chaque année à cette occasion.

 

Moi : Et pourquoi on ne le fait plus ?

Monsieur Jeanti : Quand Madame Dujonc a pris sa retraite, Madame Lafeuille a insisté pour la remplacer.

Moi : Et alors ?

Directrice : Montre lui, Monsieur Jeanti.

 

Version James Bond : Muni d'une télécommande, Monsieur Jeanti fait apparaître un écran plasma qui descend derrière le fauteuil de Directrice. Le plateau du bureau se retourne et un clavier d'ordinateur ultra sophistiqué apparaît. Monsieur Jeanti tape un code. Je vois des petits astérisques apparaître sur l'écran. Puis un film se lance.

 

Version Monsieur Jeanti : Monsieur Jeanti farfouille dans ses poches et en sort son impressionnant trousseau de clés. En marchant dans le couloir jusqu'à la bibliothèque, il trouve la clé de celle-ci. Il ouvre la porte et se dirige vers la télé. Il la débranche, débranche aussi le lecteur DVD, le magnétoscope et la cafetière. Il manœuvre pour sortir le meuble à roulette sur lequel se trouve tout ce petit monde et file dans le couloir en poussant le meuble. La télécommande de la télé tombe à cause des secousses dues aux jointures du carrelage. Monsieur Jeanti la met dans sa poche. Puis c'est celle du lecteur DVD, puis celle du magnétoscope. Les poches pleines, Monsieur Jeanti loue le Seigneur de ne pas avoir créer la cafetière à télécommande. Il arrive dans le bureau de Directrice et je vous épargne la galère pour tout rebrancher, enfiler une cassette VHS dans ce matériel préhistorique, et caler sur la bande l'extrait de film qu'ils veulent me montrer.

Entre temps j'ai fait découvrir à Directrice l'intégral des 13 albums d'Yves Duteil ( je lui épargne les lives).

 

Visiblement amateur, le film se déroule sur l'écran. Le cameraman semble chercher sa cible. Ça bouge beaucoup, ça tourne. C'est désagréable. Un peu comme au début d'Irréversible de Gaspard Noé.

 

Monsieur Jeanti (plutôt fier) : C'est moi qui filme.

 

Je ne lui dis pas que ça me donne le mal de mer.

Soudain le plan se fige sur un groupe d'enfant. Une chorale semble-t-il. Je reconnais la place de la mairie. Et je reconnais le chef de cœur. Madame Lafeuille. Elle semble surexcitée. Ses bras s'agitent, elle esquisse des pas de danse ( si je peux me permettre de parler de danse à propos de ces gesticulations chaotiques), et sa bouche est grande ouverte.

 

Moi : Et alors ?

 

Je réitère ma question. Et alors, quel rapport avec l'abandon de la chorale. Madame Lafeuille a juste l'air d'avoir mangé le diable de Tasmanie de Warner Bros. Mais je ne vois pas le rapport.

 

Directrice : Monsieur Jeanti, monte le son !

 

Il s'exécute. Et on grimace. Un peu comme quand la craie dérape sur la tableau noir. La télé émet un son insupportable.

 

Monsieur Jeanti me voit grimacer. Il semble lire dans mes pensées.

 

Monsieur Jeanti : Non, Tévélis, ce n'est pas un larsen... c'est bien Madame Lafeuille que tu entends.

 

Il baisse le son et continue :

 

Monsieur Jeanti : Ce jour-là, il y a eu des plaintes du voisinages et la police est arrivée. Lorsqu'ils ont vu une chorale d'enfants, ils n'ont pas eu le cœur de les interrompre.

Moi : Une plainte des voisins ??? Mais c'était la fête de la musique, non ?

Directrice : C'est justement l'argument principal des voisins. Dans « fête de la musique », il y a musique.

 

Pour la 3ème fois lors de cet entretien, je demande : « Et alors ? »

 

Directrice : Alors, depuis que tu es arrivé dans cette école, j'ai en tête de refonder la chorale pour à nouveau nous produire sur le parvis de la mairie à la fin du mois de juin.

Monsieur Jeanti : Cependant, depuis que nous avons laissé le créneau libre, d'autres écoles se sont produites et cette année l'inspection a décidé de donner la priorité à l'école qui aura le projet le plus abouti.

 

Directrice (solennellement) : On compte sur toi.

 

« On compte sur toi », pas même un « Qu'est-ce que t'en penses ? »

 

Il me semblait bien que c'était un piège.

Pourtant lorsque je sors du bureau pour me rendre dans la cour où la récréation bat encore son plein, je ne peux m'empêcher de penser à GLEE.

 

Je serais Will Schuester, en moins baraqué et moins bien membré (je parle de l'organe vocal) et je serais à la recherche de la fine fleur vocale de l'école pour créer le Glee Club

 

Je pénètre dans la cour, le torse bombé et le générique de Glee me trottant dans la tête et je regarde la marmaille en me demandant bien où je trouverai une Rachel et un Finn d'accord pour réinterpréter le répertoire de Yves Duteil.

 

 

http://seriesaddict.fr/images/galerie/Glee/promo2x18/Rachel-Finn-et-Will-Glee-2x18.jpg

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7 septembre 2011 3 07 /09 /septembre /2011 06:46

 

Rédaction : Raconte tes vacances. 

 

Classique. Trop. Beaucoup trop.

Arrivés en CM2, la plupart des élèves a déjà traité ce sujet au moins trois fois.

 

En plus, on entretient leur nostalgie des vacances. Avec hypocrisie. Car le reste de l'année, on leur rabâche des « C'est fini les vacances ! » et des « C'est pas encore les vacances ! » à longueur de période.

Encore plus hypocritement, on leur fait croire qu'on s'y intéresse. Pour ma part, leurs vacances chez la grand-mère, devant le tour de France ou à la piscine municipale, je m'en balance comme du nom du troisième assistant de photographie du film du dimanche soir qui défile quand même lors du générique.

 

Du coup, j'ai réfléchi à un sujet moins hypocrite.

Je pense à « Raconte pourquoi tu es content(e) de reprendre l'école. ». Pour le coup, on baigne dans l'hypocrisie jusqu'au cou.

 

Alors je l'ai joué plus fine. « Raconte le pire moment de tes vacances ».

 

Et sans surprise je suis tombé sur des pires moments très légers. Des petites peines d'enfants.

 

Mon pire moment des vacances, c'est à la Grande Motte. Mes parents m'avaient acheté une glace trois boules. Goût Kinder, Chocapic et Guimauve grillée façon barbecue. Nous nous promenions le long de la plage.

Je suis passé près d'un homme qui portait sa main en visière pour regarder un avion avec un long bandeau qui flotte au vent. Visiblement peu intéressé par le message publicitaire qui annonçait des promotions sur les moules-frites d'un restaurant ( « Chez Moumoule, les frites sont à volonté si on vient en bottes en caoutchouc »), l'homme a violemment rabattu sa main, qui a emporté ma glace dans son élan.

Elle était irrécupérable, ensablée.. J'ai rejoint papa et maman en courant et en pleurant un peu. Ils m'ont consolé et m'ont acheté une autre glace un peu plus loin.

 

Mon pire moment des vacances c'est une nuit au camping quand l’alarme de la BMW de papa n'a fait que sonner. Tous les voisins étaient mécontents et j'ai pu apprendre de nouveaux gros mots que je ne connaissais pas. Au début, Papa n'a pas voulu débrancher l'alarme. Il avait trop peur car, la nuit précédente, son copain Paulo s'était fait piquer son épuisette et son pack de bière qu'il avait mis au frais sous la caravane. Ensuite il l'a quand même coupée puis il a fait le guet pour surveiller sa BMW.

Le lendemain, comme il n'a pas trop dormi, il était drôlement en pétard. Surtout quand il a vu que c'était une guêpe coincée dans l'habitacle qui déclenchait l'alarme avec les détecteurs de présence.

 

Mon pire moment des vacances, c'est plutôt une grosse déception. Avec mon Papa, tous les samedis soirs des vacances, on est allé à des fêtes. On est allé à la fêtes des escargots à Saint-Point-Lac, à la fête du foot à Montperreux, à la fête de la paille à Chaffois, à la fête de la bouse à Vaux-et-Chantegrue, aux Fines Gueules à Saint Colombe, à la fête du cheval à Houtaud, à la fête des sapins à Levier et même à la fête de l'éponge à Saint-Hippolyte. Mon papa prenait sa voiture, ils nous emmenait, ma sœur et moi, et aussi des copains à lui. Pour revenir, c'est jamais lui qui conduisait. C'était un de ses copains. C'était jamais le même, mais mon papa, il l'appelait toujours Sam.

Ma grosse déception, c'est que mon papa, il me parle tout le temps d'une fête. Presque toute l'année. Il en parle beaucoup et on n'y est même pas encore allé. C'est la fête du slip.

 

Parfois dans les rédactions, je soupçonne quelques récits inventés de toutes pièces Je ne jette pas la pierre, imaginant parfois moi-même les récits qui composent ce blog. L'école a beau être une vraie source d'inspiration et un monde riche en événements, il y a quand même des limites. C'est pareil pour les vacances.

 

Mon pire moment des vacances, c'est quand j'ai participé au concours de plongeon du camping On sautait de 40 mètre de haut depuis des falaises rocheuses dans une mer agitée. Il fallait bien viser à cause des rochers, en bas.

Je me suis élancé. Après une minute de chute, 4 vrilles, 2 salti tendus, cassé et détendus, je me suis aperçu que je n'avais pas noué le cordon de mon maillot de bain. Comme il me restait une bonne minute de chute, j'ai tenté de le renouer. J'avais le temps. Malheureusement un bout du cordon était rentré dans la couture. J'ai donc fini mon plongeon et suis arrivé dans l'eau nu comme un ver.

Par pudeur et par respect pour mon public, je ne suis pas sorti de l'eau vers le site du concours. J'ai nagé quelques kilomètres dans cette mer intenable. Par chance

  , au bout d'une demie-heure, mon père m'a rejoint en hélico. Il m'a lancé la corde-échelle que j'ai gravi aisément. J'ai attend la cabine juste avant qu'il se pose sur l'hélistation du camping à côté de notre tente 2 secondes.

 

Il m'arrive aussi de regretter mon idée d'un sujet de ré daction original. Car, tous les enfants ne sont pas protéger par cette sorte d'immunité enfantine. Ils ne sont pas tous équipés de cette carte, qu'il pourrait brandir à tous moments en disant « Stop. Mon statut d'enfant me permet de ne pas être confronté à vos problèmes d'adulte. Je fait jouer mon immunité. »

Alors, naïvement bercé par les souvenirs de mon enfance heureuse, je me prends une claque en lisant certains récits.

 

Mon pire moment des vacances, c'est quand je suis rentrée à la maison le dernier jour d'école. Papa m'attendait devant l’immeuble car c'était son tour de garde. Il m'a  empêchée d'aller embrasser Maman que je n'allais pas voir pendant un mois car cette dernière lui avait interdit de prendre ma valise. Papa m'a alors acheté quelques affaires que Maman allait jeter dans un mois à mon retour.

Au début, avec Papa c'était bien, mais comme je ne m'entendais pas trop avec sa nouvelle copine, je suis allée trois semaines en colonie à la dernière minute. Avec des affaires pour 4 jours. Il ne restait de places que dans le thème sports mécanique. J'étais la seule fille.

Au mois d'Août, comme Maman n'a pas pu poser de vacances, je suis restée au centre aéré pendant les 4 semaines. C'était un peu comme à l'école. C'était à l'école d'ailleurs. Du coup, c'était les moments les moins pires de mes vacances. Mais ça, c'est hors sujet.

 

 

 

 http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcStF2R0bDswQtyA0SfP4Pevpt6Vhsn9iAMirRyckdAXiAJ2Jnv4

 

 

 

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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 08:18

10h02. Le groupe de quatre est en formation très serrée. Une tape dans la main. Un cri sauvage. Et Cobra d'Enfer lance le début de l'opération « Fête des mères ».

 

10h03. Les quatre commandos surentraînés se dispersent dans la cour. Leur camouflage « cour de récré » est parfait. Personne ne les remarque. Bermudas, sandales, casquette Batman, T-shirt tâchés de feutre. Ils ont pensé au moindre détail.

 

10h03 : Jambon Beurre se faufile entre les CM1 qui jouent au foot et vient se coller contre la mousse de protection du panier de basket. Il est à l'abri des regards des vigies. Il porte son talkie à la bouche : « Paré ».

 

10h04. Poulpe GTI et Princesse Câlin se dirigent vers la jardinière au sud-est de la cour. Ils sortent des billes de leurs poches et commencent une partie de tiquette.

 

10h04 : Cobra d'Enfer qui supervise l'opération depuis les toilettes des garçons est à son poste. Debout sur la cuvette, accoudé à la fenêtre donnant sur la cour.

 

Cobra d'Enfer : Phase 1 terminée. Parés pour la phase 2 ?

Jambon Beurre : Paré !

Poulpe GTI : Paré !

Cobra d'Enfer : Et Sonia ?

Jambon Beurre : On avait dit de pas dire les prénoms.

Cobra d'Enfer : Je me souviens plus de son nom de code.

Poulpe GTI : Princesse Catin... ah non, attend je te la passe, elle a pas l'air content.

Princesse Câlin : C'est Princesse Câlin, c'est pas dur à retenir.

Cobra d'Enfer : C'est pas un vrai nom de code. On dirait le nom d'une poupée.

Princesse Câlin : Et Jambon Beurre, c'est un vrai nom de code, ça ?

Jambon Beurre : Dégagez la ligne les gars. Y'a la vigie n°1 qui rôde pas très loin.

 

10h06 : La vigie n°1 a trouvé étrange l'attitude d'un élève collé contre la panneau de basket et semblant parler tout seul. Elle s’approche dudit élève, mais ne constatant rien d'anormal, elle retourne à son poste.

 

Jambon Beurre : C'était moins une.

Cobra d'Enfer : On laisse la ligne dégagée jusqu'à nouvel ordre. La phase 2, va bientôt commencer.

 

10h07 : Tout se déroule comme prévu. La vigie n°2 abandonne son poste au milieu de la récré pour aller se chercher un café. La vigie n°3 est trop éloignée du centre des opérations, elle ne verra rien. Reste à neutraliser la vigie n°1.

 

Cobra d'Enfer : Jambon Beurre, c'est à toi de jouer. Poulpe GTI et Princesse Machin, tenez vous prêts.

 

10h07 : Jambon-Beurre sort de sa planque. Un CP passe en courant vers lui. Une aubaine. Jambon Beurre lui colle un taquet sur le haut du crâne. Surpris, le CP s'arrête dans sa course. Voyant qu'il a affaire à un CM2, il se met à pleurer. Jambon Beurre attend. Malheureusement, le CP ne va pas se plaindre à la vigie n°1. Il cherche sa maîtresse qui n'est pas de service ce matin et court en direction de la salle des maîtres. Cela va prendre trop de temps.

 

10h08 : Jambon Beurre n'a pas le choix. Il renouvelle l'opération « Taquet » avec un CE1 qui passe. Celui-ci se dirige directement vers la vigie n°1 qui ne tarde pas à rappliquer avec des yeux tout ronds et des sourcils froncés.

 

Vigie n°1 : Ludovic, je peux savoir ce qui s'est passé. Edine dit que tu lui a donné une claque.

Jambon-Beurre : Que me dice ?

 

Cobra d'Enfer qui a tout vu depuis son poste d'observation lance le signal.

 

Cobra d'Enfer : Phase 3. Je répète, la voie est libre. La phase 3 peut commencer.

 

10h10 : Poulpe GTI et Princesse Câlin stoppent leur fausse partie de billes et entament la phase 3. Heureusement, ils peuvent opérer librement car la plupart des élèves qui était dans le secteur fait cercle, à présent, autour de Jambon Beurre qui se fait sermonner de plus belle car il feint ne plus comprendre le français et ne parle qu'en espagnol, ce qui met la vigie n°1 dans un état de fureur extrême.

 

10h11 : La phase 3 se déroule sans problème. Maintenant, il faut se débarrasser de la marchandise. Poulpe GTI et Princesse Câlin sont à présent près du mur qui borde la cour. Dans un mouvement vif, à l'unisson, les deux commandos envoient valser leur cargaison de l'autre côté du mur.

 

10h12 : Cobra d'Enfer est assis sur la cuvette à présent. Il sourit. L'opération « Fête des mères » est un succès. Il ne reste plus qu'à récupérer la marchandise à 11h30 après l'école. Il sait que la ruelle bordant la cour est peu fréquentée. De plus , à part eux-mêmes, leur butin n'intéressera personne.

 

10h13 : Poulpe GTI et Princesse Câlin se rendent sur le lieu du débriefing. Leurs regards croisent celui de Jambon Beurre assis dans le coin des punis. D'un signe de la main, celui-ci leur explique la teneur de la punition.

 

Princesse Câlin : Cent lignes. Il s'en sort plutôt bien.

Poulpe GTI : De toute façon, c'était prévu, il aura une plus grosse part que nous au moment du partage.

 

10h14 : Débriefing rapide. Les trois compères sont satisfaits.

 

10h15 : Sonnerie. Les 4 commandos se retrouvent dans les rangs mais pour plus de prudence ils se rangent séparément.

 

10h37 : Directrice entre dans ma classe.

 

Directrice  ( s'adressant aux élèves) : Vous avez remarqué que depuis quelques jours les jardinières de la cour sont fleuris. C'est le travail de la classe de CLIS qui a planté des fleurs pour embellir la cour. Cependant nous avons eu la regrettable surprise de voir que pendant la récréation de ce matin, une jardinière a été dévastée. Plus une fleur. Plus une seule.

 

Elle continue en parlant de dénonciation spontanée, d'environnement, de la nature, du travail des élèves de CLIS.

 

Ludovic, Sonia, Shems et Edouard écoutent très attentivement. Ils comprennent tout ça. Le respect de l'environnement, la valeur du travail, le désarroi des élèves de CLIS, la notion de propriété et de vol.

 

Bien-sûr qu'ils comprennent tout ça. Mais malgré cela, ils ne peuvent s’empêcher de penser au sourire de leurs mères quand ils leur offriront un jolie bouquet de fleurs, dimanche matin.

 

 

 

http://www.e-cartes.com/wordpress/wp-content/uploads/2009/05/carte-fete-des-meres.jpg

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 20:40

 

Je suis dans ma classe avec la maman de Kenny. Elle a souhaité me parler d’une chose importante concernant son fils.

Kenny, c’est le même que dans South Park. Celui avec la capuche qui lui dissimule la quasi-totalité du visage. Celui qui ne s’exprime jamais, ou que par onomatopée. Celui qui meurt dans tous les épisodes.

Le Kenny de ma classe, il est pareil. Sauf qu’il n’est encore jamais mort et qu’il doit enlever sa capuche à l’intérieur de l’école.

Physiquement aussi c’est le même. Petit, les bras tendus le long du corps, les épaules basses et le dos un peu voûté par un poids imaginaire.

Pas si imaginaire que ça. C’est sa mère, ou plutôt sa présence constante qu’il porte comme un lourd sac à dos.

 

La mère de Kenny, elle ne s’exprime pas beaucoup non plus. Pourtant aujourd’hui, elle fait de longues phrases. Si longues et tellement dénuées de tout intérêt dans le contexte d’un rendez-vous parent-prof que j’ai du mal à la suivre.

 

Elle me parle des difficultés qu’ils ont, elle et le père de Kenny, pour faire manger le petit. Il n’aime rien et elle et son mari n’ont pas envie de flancher sur le domaine de l’éducation aux goûts et aux saveurs.

Alors, ils galèrent à tous les repas pour lui faire avaler son apport calorifique nécessaire. Et au vu de la vitalité peu débordante dont fait preuve Kenny en classe, je me permettrais de dire qu’ils échouent très régulièrement.

 

Ensuite elle me parle du menu d’hier midi. Des endives au jambon. Elle m’explique qu’après avoir sucé les endives et léché le jambon pour en extraire toute la sauce béchamel, Kenny, sous la contrainte, commence à mâcher pendant de longues heures la moitié d’endive et le morceau de jambon que son père lui a enfournés dans la bouche.

La mère de Kenny raconte ensuite, que son fils a l’habitude de faire des boulettes de ces aliments qu’il coince dans le coin de la bouche en attendant que le repas se termine.

Il arrive régulièrement que son père lui fasse recracher la boulette (parfois très grosse) et qu'il la lui recoupe dans son assiette pour qu'il la mange.

 

Soudain son discours prend un tournant inattendu.

 

La mère : Sinon, en classe, il est comment ?

Moi : Assis, le plus souvent.

La mère : ... il participe ? Je veux dire.

Moi : Ben, pas beaucoup, mais vous le savez, on en a déjà parlé.

La mère : Oui, mais hier par exemple, il était comment.

Moi : En pantalon de velours, je crois. Avec un pull moutarde. C'est ça ?

La mère : Non mais en participation, il était comment ?

Moi : Ben, normal quoi. Effacé comme d'habitude.

 

Je ne vais quand même pas lui dire qu'hier, j'ai envoyé son fiston chercher les calculettes vers Directrice et que je ne l'ai retrouvé qu'une heure plus tard derrière la porte de la classe alors que nous sortions en récréation.

 

Moi : Ben, pourquoi tu n'as pas toqué ?

Kenny : ....

 

Cela dit, il a bien fait de ne pas répondre. La question était idiote. Il est évident qu'il n'a pas pu frapper à la porte car il avait les mains encombrées par le carton de calculatrices.

 

Du coup je ne lui dis pas. Et elle reprend.

 

La mère : Non, parce que hier midi, à table, Kenny a fait une boulette. Son père étant absent, je n'ai pu lui faire recracher. Il est parti à l'école avec sa boulette.

Moi : Ce serait bien qu'on arrive au vif du sujet, quand même.

La mère : Hier soir en rentrant à la maison, il avait encore sa boulette. Je voulais savoir comment vous ne l'aviez pas remarqué.

Moi : ....

 

Je ne tente même pas de me justifier. Je réfléchis simplement. Je repense à tout ce qu'on a fait hier en classe et quel calvaire ça a dû être pour Kenny de conserver sa boulette tout l'après-midi. Le chant, le sport, la récitation, la gâteau d'anniversaire de Ludo.

 

La maman insiste.

 

La mère : Comment vous n'avez pas vu qu'il avait la bouche pleine pendant toute une demi-journée ?

Moi : En général, je remarque plutôt ceux qui mâchent. Et comme je vous l'ai dit, Kenny est inexistant en classe alors...

 

Je commence à être sur la défensive. En mode agressif, je m'apprête à la remettre en place. Mais elle réplique.

 

La mère : Non, parce que si un jour vous remarquez qu'il a une boulette, vous lui faîtes cracher et vous la conservez. Son père la fera recuire pour le repas du soir.

 

Et elle conclut : Ça lui passera peut-être l'envie.

 

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4 mai 2011 3 04 /05 /mai /2011 09:20

 

Pendant la récréation. Libre de service, je me récrée ( ou me recrée) dans la salle des maîtres. Le bruit des enfants se divertissant nous parvient depuis la cour. Soudain, une sirène retentit. Lointaine. Hors des locaux. Dans la cour, peut-être.

 

Mme Lafeuille : C'est pas déjà la sonnerie, on vient de descendre.

Mme Dubois : C'est pas l’alarme non plus, on ne l'entend presque pas.

Moi : C'est pas une sirène...ni une sirène d’ailleurs...c'est Lina qui pleure.

 

Dix minutes plus tard. La vraie sonnerie a retentit, les élèves sont rangés. Mais Lina persiste.

Un gros chagrin sans doute. Au moins une tricherie aux billes ou un refus de prêt de corde à sauter.

 

Je me lance alors du haut d'un rocher et plonge dans les larmes de la pauvre fillette. J'espère en ressortir une rose entre les dents pendant qu'elle me survolera en deltaplane, comme dans la pub ULTRA BRITE. Malheureusement, je me trouve entraîné malgré moi dans un tourbillon qui m'aspire vers le fond. Pas moyen de la consoler, ni de connaître l'origine de ses pleurs.

 

Pour le coup, le reste de la classe semble désolidarisé de la pauvre Lina. Sans doute, parce que ce matin elle m'a aidé à remettre la main sur les photocopies de l'évaluation de maths que je devais leur faire passer.

Personne ne semble savoir pourquoi elle pleure. Enfin, personne ne le dit.

 

Moi : Alors, y'a bien quelqu'un qui sait. Pourquoi elle pleure, Lina ? Quelqu'un lui a fait du mal ?

Sarah : Ben non ! Au contraire, je lui ai donné mon goûter.

Ludo : C'est pour ça qu'elle pleure alors.

 

Tout le monde rigole. Personne n'est dupe. Ludo faisait bien référence aux saveurs originales des gâteaux que Sarah apporte aux récréations. Ils se sont tous fait avoir au moins une fois, et ont été surpris, après avoir troqué leur Cap'tain Choc ou leur Pitch, de croquer dans une part de cake au manioc ou au gingembre.

 

Malgré tout, il faut remonter en classe. Et finalement, c'est dans la montée d'escaliers, les langues se déliant, que j'en apprends davantage sur le cas Lina. Arrivé en classe, j'en suis quasiment sûr et c'est Lina, elle-même, qui confirme dans un hochement de tête qui finit de noyer son cahier du jour.

 

Ses clés sont passées à travers la grille d’égout de la cour.

 

Les pleurs sont justifiés. Elle risque de se retrouver à la rue en rentrant chez elle. Pire ! Elle risque d'attendre dans le bureau de Directrice que sa mère vienne la chercher. Pire encore ! Elle risque de manger à la cantine.

Je compatis en pensant au camion SODEXHO qui décharge chaque matin dans la cour une cargaison douteuse à l'odeur plastifiée.

 

J'envoie alors Romain, élève de service, chercher Directrice.

Quand cette dernière arrive dans la classe dont le calme ambiant est parasité par les sanglots et les reniflements de Lina, je lui explique brièvement le problème. Elle semble à mille lieues de ces préoccupations et je ne serais pas surpris qu'elle hausse les épaules en disant «  C'est pas la mort ! ».

 

C'est pas la mort, certes, mais c'est plutôt agaçant une gamine qui pleure quand on essaie d'expliquer au reste de la classe que Louis Soleil n'est pas arrivé en vaisseau spatial sur Terre.

 

Du coup, j'abats ma dernière carte.

 

Moi : Bon, ben, tu peux au moins appeler Mme Machin, la mère de Lina, pour la prévenir.

 

Ça marche. Directrice réagit. A l'évocation de son nom de famille, elle remet Lina. La fille de la chieuse du conseil d'école. La trésorière de l'association des parents d'élèves. Du genre coriace. Du genre qui connaît les programmes par cœur.

 

Directrice quitte alors la classe sur ces mots : « Je m'en occupe ! ».

Au ton qu'elle emploie, je sais qu'elle va utiliser les gros moyens pour récupérer les clés, quitte à plonger elle-même en maillot de bain et en pince-nez dans les profondeurs putrides de la cour.

 

Pourtant ce n'est pas la Directrice en bikini que je vois un peu plus tard dans la cour, mais un de ces énormes camions munit d'un aspirateur géant. Deux employés de la mairie en sortent et je vois Directrice qui leur désigne la plaque d'égout.

 

Les 2 gars commencent leur boulot. Un odeur pestilentielle s'infiltre dans la classe. Les élèves qui n'ont pas encore vu le camion, pensent que Sodexho est arrivé et tentent de deviner ce qu'ils mangeront à midi. L'odeur nauséabonde ne semble pas les dégoûter et j'en entends même un dire : «  Ça me donne faim ! ».

 

Un peu plus tard, un des agents municipaux se présente dans l'encadrement de la porte. Il a l'air moyen patient. Sûrement avait-il quelque chose à faire de plus important que de fouiller les égouts à la recherche d'un malheureux trousseau de clés.

 

L'agent : C'est qui la p'tiote qu'a paumé ses clés.

 

Je lui montre.

 

L'agent ( dans un soupir) : On a trouvé des billes, des galots, un cahier du jour, un sandwich et un bracelet brésilien bleu... mais pas de clés.

Hubert : C'est mon bracelet. Mon vœu s'est réalisé. J'avais souhaité le retrouver quand il se décrocherait.

L'agent : T'avais un porte clés après tes clés. Ça nous aiderait.

 

Entre deux sanglots, on arrive à comprendre que oui, elle a un porte-clés. Un scoubidou apparemment.

 

L'homme retourne à la pèche.

 

Il réapparaît deux minutes plus tard avec son collègue, plus remonté que jamais.

Je sens qu'ils ont échoué et perdu leur temps. Je fais une tête de circonstance pour les remercier et m'excuser au nom de toute l’Éducation Nationale pour le dérangement.

Soudain, le gars brandit un scoubidou au bout duquel se balance un petite clé.

 

Je souris et regarde Lina, du genre, « Regarde et arrête de pleurer maintenant ! »

 

Du coup je ne comprends pas la tête de méchant que les deux employés se sont façonnés. Je tends la main pour prendre la clé et remarque alors ce qui les a mis en colère. A l'instar des 2 mecs qui se trouvent sur le pas de la porte, mes sourcils se froncent, un bouillonnement interne secoue mes entrailles du ventre jusqu'à la gorge, je serre les dents et les poings, puis me retourne le plus calmement possible vers Lina.

 

Moi (très sèchement) : Lina ! Mouche-toi ! Lève-toi ! Et viens remercier les messieurs qui ont retrouvé la clé de ton journal intime.

 

 

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Un petit souvenir de 1981 :

 


 
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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 17:51

 

Qu'est-ce que je fous là ?

Un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Gulliver au pays des Liliputiens.

Mais qu'est-ce que je fous là ?

 

Ah oui ! Je sais. M. Jeanti. L'échange de service. Mes élèves qui reviennent de leur séance de sport avec mon collègue. Ils ont l'air ravi.

« C'était comment ? », mais je regrette déjà la question. «  Trop bien ! » «  Génial ! » « TTMSG » «On parle pas le SMS en classse ! » « Trop trop méga super génial ! »

Puis le coup de massue : « Même que M. Jeanti, il a couru avec nous. »

Et un autre. Encore plus fort : « Même qu'il court le cross avec ses élèves ».

 

Voilà ce que je fous là. Un peu d'amour propre. Beaucoup de fierté aussi. L’esprit de compétition sans doute.

Et me voilà en short avec mon T-shirt Heineken au milieu d'une centaine de mômes de 10 ans, dans l'attente d'un coup de feu qui nous lancera moi et tous les CM2 de la ville dans une folle course de 2 km.

Je suis mal à l'aise. Je me sens grand, maigre et poilu au milieu de cette masse juvénile. Je ne sais pas quoi faire de mes bras, de mes jambes. Heureusement un autre instit rejoint le groupe. Un concurrent très sérieux, apparemment. Il porte un T-shirt Kronenbourg.

 

PAN. C'est parti. PAN PAN PAN ! Faux départ.

Une classe retardataire arrive en trottinant. On les attend. Leur maîtresse se place sur la ligne de départ avec eux. Elle ne paie pas de mine avec son débardeur Hello Kitty. Pourtant, j'ai peur. Je vois, à son poignet, le même grosse montre qu'à celui de M. Jeanti. Sûrement une habituée de la petite foulée..

 

PAN ! Moment de flottement dans le groupe. Tout le monde se regarde. On n'est pas sûrs. Si ? C'est bon ? C'est parti.

 

Au début, les 3 adultes restent avec les mômes pour les accompagner, les encourager. Puis, assez vite, on commence à se jauger. Hello Kitty ne semble pas essoufflée. Elle prend la tête du groupe et se détache peu à peu.

Par solidarité masculine, Kronenbourg et moi, on court côté à côte. On passe devant le premier môme, mais Hello Kitty est déjà loin. Vous allez me traiter de machiste de base, mais je garde encore dans la bouche le mauvais goût des défaites contre les filles. Un saveur âpre qui date des cour de récré.

Du coup j'accélère.

 

Kronenbourg me suit mais va bientôt craquer. Il est sous pression. Je lui vois un peu de mousse à la commissure des lèvres. La déshydratation le guette. J'en remets une couche et me trouve bientôt à hauteur de la meneuse. Kronenbourg est distancé. Je n'entends plus sa respiration rauque derrière mes talons.

 

Plus que 500 mètres. Un passage devant les tribunes et on rejoint la piste pour un tour de stade.

C'est ici, devant les tribunes surchargées par tous les cycles III de la ville, que le drame se produit. J'entreprends de doubler Miss Hello Kitty pour prendre la tête de la course des CM2, quand soudain ma cheville gauche se tord et je perds l'équilibre.

 

Par réflexe, je m'agrippe dans ma chute,au débardeur rose de ma concurrente. Elle résiste. Le débardeur aussi. Plus tard j'apprendrai, par M. Jeanti qui a vu la scène depuis les tribunes, que j'ai bien fait de lâcher le débardeur avant que la poitrine opulente de la maîtresse n'explose au regard des mouflets réunis dans les gradins.

 

Je me ratatine par terre dans une glissade pitoyable et je me brûle le flanc sur le gravier, trouant alors mon T-shirt, dernière trace de ma débauche étudiante. De plus, ma cheville est douloureuse et je ne peux repartir qu'en claudicant pour le dernier tour de piste.

 

La honte d'avoir chuté devant les tribunes pleines n'est rien en comparaison de ce qui m'attend.

 

Un par un, mes élèves me doublent en me gratifiant d'un «  Allez Maître, c'est bientôt fini ! ». J'accentue alors le boitillement pour toute justification.

 

Pourtant je ne devrais pas dévaloriser leurs efforts et cet exploit de doubler leur maître. Je vois dans chacun de leur regard plus de fierté que lorsqu'on avait gagné le prix de la meilleure poésie collective, grâce à leur création « De la margarine sur le canapé » et que Mamar avait vomi dans la coupe en sortant du bus. Plus de fierté que lorsqu'il avaient vu leur photo dans le journal avec la légende suivante «Les enfants de CM2 ont interprété un classique de Mireille Matthieu lors du concert pour la paix. »

 

Alors, malgré la douleur fulgurante qui me scie la cheville, je trottine sans boiter et les encourage à chaque fois qu'ils me dépassent.

Cependant malgré tous mes efforts de ralentissement, Lina et Hubert ne me dépasseront jamais. Et les pauvres subiront l'anecdote de chacun des autres contant tour à tour « quand ils avaient doubler le maître. »

 

 

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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 16:26

 

Le souffle court et la foulée chaotique, je déambule en trottinant dans les allées gravillonneuses du parc municipale. Ma tenue est à la mesure de mon style de course. Un T-shit large logo-typé Heineken et qui offre au vent de face une résistance non négligeable. Une paire de baskets bon marché qui me donne l'impression de courir à la kényane, c'est à dire pieds nus. Et un vieux short de foot, vestige d'une période sombre de mon adolescence où j'occupais mes dimanches après-midi, assis sur un banc de touche à regarder mes « copains » jouer au foot et se passer fort bien de ma présence sur le terrain.

 

J'en suis à mon neuvième tour du petit étang, espérant tomber dedans, me procurant ainsi une excuse valable pour rentrer plus tôt à la maison. J'aperçois alors M. Jeanti, mon collègue, venant à ma rencontre dans une foulée fluide, aérienne et décontractée. Il s'arrête vers moi dans un superbe dérapage qui projette des gravillons.

 

M. Jeanti : Tu te promènes ?

Moi : Ben, je cours, oui..

M. Jeanti : Oui,enfin, tu trottines. Tu fais du combien ?

 

Pourquoi il me demande ça ? Il a pitié de mon équipement ? Il veut me prêter son ancienne paire de baskets ? Lui, qui se pavane avec les dernières Mizuno Tempo LD, un collant moulant assortir à un maillot respirant flashy qui lui sied à la perfection.

 

Moi : Du 42 un tiers... pourquoi ?

M. Jeanti : Pas ta pointure, ta vitesse. Combien à l'heure ?

Moi : J'en sais rien. J'ai pas de compteur.

 

Il me montre alors son compteur. Une espèce de montre grosse comme un oignon jaune accrochée à son poignet. On dirait une protubérance maligne qui se serait greffé à on bras et qui jure avec l’aérodynamisme ambiant du reste de son équipement.

Il m'explique qu'il peut connaître sa vitesse, le nombre de calories qu'il brûle, sa fréquence cardiaque. Que là, il est à 74 bpm mais que tout à l'heure il avoisinera les 173 bpm quand il sprintera dans la côte du Bois-Vert. Que si son cœur dépasse les 187 bpm, sa montre géante l'avertit par un signale sonore pour qu'il lève le pied.

 

M. Jeanti : Et toi ?

Moi : Et moi quoi ?

M. Jeanti : Ta FC, ta VMA, tes BPM, tout ça ?

Moi : …

 

Et le voilà parti dans un laïus sur l'inconscience du sédentaire lambda qui se lance dans le sport sans aucune préparation. Il râle sur le gouvernement qui colle des défibrillateurs à tous les coins de rue alors qu'il ferait mieux de mettre une police du sport qui contrôlerait tous les mecs qui font du sport sauvage. Et il m'engueule presque en me signalant que mes pompes ne valent pas trois sous pour courir et que je risque une tendinite voire une entorse et que tout ça , ça sera encore le trou de la sécu qui se creusera.

 

Et moi, je ne dis rien. Je jette des coups d’œil à mon chronomètre que j'ai pris soin de ne pas arrêter. Je chasse quelques moucherons attirés par notre âpre odeur musquée. Je shoote dans quelques cailloux et vise involontairement les canards de l'étang.

 

Soudain nos occupations respectives sont interrompues par une alarme stridente. Par réflexe, je me bouche les oreilles et cherche du regard quel abruti a pu s'asseoir sur le capot d'une voiture de sport.

 

Ne trouvant rien, je reporte mon regard sur mon interlocuteur. Je le vois alors en train de s'acharner sur son gros oignon jaune d'où semble provenir ce bruit assourdissant.

 

Je comprends alors que c'est sa montre qui sonne. Le pauvre M. Jeanti a viré au rouge pivoine pendant son sermon et son cœur a sans doute dépassé les 187 bpm. Et là, il galère pour éteindre son engin du futur.

 

Les regards des curieux se dirigent rapidement vers notre duo. J'aimerais me faire tout petit. J'hésite entre sauter dans l'étang pour me cacher sous la vase... et pousser mon collègue dans l'étang... pour le cacher sous la vase. Je cherche une troisième solution quand soudain l'alarme s’interrompt.

 

Je me retourne. M. Jeanti est assis en tailleur sur le sol et il commence à adopter la position du lotus.

 

Moi : C'est le seul moyen de l'éteindre, ta montre ?

 

Il me fait comprendre qu'il ne peut pas parler et je le laisse à sa méditation en repartant en courant après lui avoir fait un petit signe de la main.

 

Le lendemain, à l'école. Il m'explique que sa conscience professionnelle ne peut pas me laisser préparer ma classe au cross des écoles. « Vu ton niveau de compétence dans ce domaine, ce serait un massacre ». Du coup on se met d'accord sur un échange de service. Je ferai arts visuels dans sa classe.

 

Sa conscience professionnelle va sûrement en prendre un coup quand il s'apercevra de mes compétences artistiques.

 

 

 

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24 octobre 2009 6 24 /10 /octobre /2009 11:18
Quatre autour d'une table. Des cadavres de bouteilles qui jonchent le sol. Chacun un verre à la main, on refait le monde.
De la politique à l'actualité people en passant par le mouvement vert, tout y passe.

Jérôme : Non, mais on devrait taxer les salaires des grands patrons... Avec ce qu'ils gagnent, ils verraient même pas la différence.
Karim : Ouais ! Et on reverserait tout ça dans la technologie des énergies renouvelables pour que ça change, toute cette merde !
Bruno : Ouais, de toutes façons, ca va pas tenir longtemps comme ça...On va faire la révolution.
Moi : Sinon, on peut aller en boîte.

C'est comme ça que quatre types amorphes près à s'endormir le nez dans leur verre, se retrouvent à sauter partout sur une piste de "danse" en chantant à tue-tête "Partenaiiiire particuliiiier.....".

A nous quatre, ça faisait bien un siècle qu'on avait pas mis les pieds dans ce genre de lieu de débauche. Alors, comme on n'y est pas tous les vendredis soirs, autant se débaucher pour de bon !

On massacre le répertoire français, on caricature la tektonik, on pogotte pendant les slows, on va danser dans la cage, sur les baffles, dans les toilettes, on boit un peu.... Bref on se fait remarquer. Puis les lumières s'allument.

Déjà ! Un coup d'oeil sur le portable. Trois heures cinquante.... Ah ouais quand même !

A deux pas de la sortie, presque libre, le videur vient droit sur moi.

Le videur : T'es prof, toi !
Moi : ....

Je baisse la tête et regarde si j'ai mis mon T-shirt Education Nationale. Non, pourtant !
Comment il a deviné. Je pensais être incognito. J'avais cru avoir effacé toutes traces de profitude dans mon attitude.
J'avais rasé ma barbe. Echangé mes lunettes contres des lentilles. Mon pantalon de velours contre un jean déchiré. J'avais même mis du déo pour éviter les auréoles sous les bras (au cas où j'avais dû faire la célèbre chorégraphie des Village People sur YMCA).

Moi : Ben, comment vous savez.... monsieur ?
Le videur : Tu me reconnais pas ?

Un flash. Ca y est, je le remets. Les rôles s'inversent.
Je descends dans le hall de l'école pour libérer les mômes. Un type se pointe vers moi.

Le type : Bonjour, monsieur. Je suis le nouveau surveillant de cantine. N'auriez-vous pas la clé du local à matériel. Je n'ai pas encore la mienne.
Moi : Si, tiens. Fais gaffe, faut forcer un peu. Tu m'envoies un gamin pour la ramener.

Retour en boîte.

Moi
: Ah oui ! Le surveillant de cantine.... Vous bossez là aussi !
Le videur : Oui, à l'occasion... Mais toi, qu'est ce que tu fais là ? Enfin, je veux dire...en boîte de nuit !
Moi : ....
reMoi : Je danse, je bois, je saute partout, je rebois, je fais un lap-dance avec le pilier près de la piste, je manque de vomir, mais non ça va mieux, alors je rerebois, je colle une nana pendant  un zouk, je me fais taper dessus par son mec, je rererebois, je danse, je chante, je renverse mon verre, j'essaie un zouk avec un mec, encore un échec, je rerererebois, je danse.... La routine, quoi !  Tout ce que les gens normaux font quand ils viennent en boîte de nuit ! Non ?
Le videur : Ouais, ouais je comprends...mais bon....comme t'es prof, je me disais.....

Et voilà, on en revient toujours au même !
Dans la tête des gosses, des videurs et même de certains parents , un prof, à 16h30, il se met en mode veille dans une boite en carton au fond d'un placard de la salle de classe jusqu'à 8h20 le lendemain.

Alors quand on a le malheur de faire ses courses au Cora comme la plupart des gens normaux, ça peut donner ce genre de scène :

Une voix : OOOOH   LE MAITRE !!!!!!!

Je me retourne. Je vois un de mes élèves bouche bée, les yeux ronds comme des boulons, frappé de stupeur...

Sa mère (qui lève la tête) : Ah oui, tiens ! Le maître...
Son mari (tout aussi surpris) : Ah oui, le maître.
Moi : Euh bonjour....

En général, ils restent une dizaine de secondes immobiles, la bouche ouverte...et lorsqu'ils sortent de leur torpeur, je suis déjà à la caisse.

Mais, je pense que cela peut très vite dégénérer.
Imaginez, un type un peu influençable qui voit un couple et son gosse scotchés devant un mec qu'ils appellent maître. Le type influençable se met en mode secte et  s'immobilise devant le maître en disant " Oh le maître !" En moins de 5 minutes un vingtaine de  personnes sont à vos pieds et acclament votre fonction "Maître, maître, maître..."

La voix du magasin
: Nous informons notre aimable clientèle que le maître nous fait l'honneur de  faire actuellement ses courses dans notre cher magasin. Il se trouve actuellement au rayon des couches culottes, des cotons tiges et des serviettes hygiéniques. Pour l'occasion, et uniquement pendant dix minutes, profitez de l'offre : Un paquet de tampons offert pour l'achat de deux serpillères. N'hésitez pas à les faires dédicacer par le maître.





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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 16:18
Je connaissais le gamin depuis le mois de septembre. Je pensais alors avoir tout vu dans le genre "Comédien".... avec une majuscule s'il vous plaît.

Mieux que la plupart des acteurs oscarisés, césarisés, oursisés ou goyasés, mieux qu'un joueur de foot italien se roulant sur la pelouse en pleurant et  réclamant entre deux sanglots un penalty et un carton rouge pour son agresseur, et mieux qu'un homme politique lambda annonçant la reprise de l'activité avant la fin du deuxième trimestre 2009....j'ai nommé le talentueux, le célèbre, le magnifiiiiiiiique  Anthony.

Le roi du cinéma. Le prince du théâtre. Un acteur né. Un comédien de l'extrème.

Une tâche d'encre sur son cahier, il nous improvise une tragédie grecque.
Une égratignure au genou, c'est une scène gore des plus crédibles films d'horreur.
Une remontrance par le maître et je revois le visage larmoyant  de Brigitte Fosset dans Jeux Interdits.

Un poil cabotin mais carrément fatigant. J'ai décidé de rencontrer son père.

Acte 1. La rencontre.
Anthony et son père entrent dans le préau côté cour, pendant je m'y engage coté cantine.
Une poignée de main de grande envergure. Je lui montre la direction d'un rapide coup d'oeil. Il fait tourner son imper d'un geste du bras et  pivote pour se diriger à grandes et rebondissantes enjambées dans la direction indiquée.

Je comprends alors beaucoup sur l'attitude du gamin.
Je vire gentiment la femme de ménage de la classe. J'ajouterais que vu  l'état de coincitude de cette pauvre femme, le balai qui devait servir à taper les trois coups pour entamer la pièce, doit être bien ficher dans son ... !

Ensuite, j'énumère au père d'Anthony les différents événements pouvant résumer le comportement de son fils et justifiant ainsi sa présence dans ma classe.
Son visage passe par toutes les émotions du dictionnaire.
Il fronce, sourit, refronce, ouvre la bouche de stupeur, ricane, soupire, lève les yeux au plafond, se prend la tête dans les mains, s'essuie une larme, s'étonne, semble contrarié puis fâché....

Entracte.

A la fin de mon monologue :

Le père : Excusez-moi, je dois me rafraîchir un peu. C'est trop d'émotions. Je ne croyais pas mon fils capable de ça.

Il sort. Je regarde Anthony d'un air étonné. Ce dernier me refait le coup de Brigitte Fosset et de Ponette.

Acte 2 : Le sermon.

Trois minutes plus tard, son père revient.
Maquillé, coiffé, remonté à bloc. Il a du réviser son texte dans les coulisses. Il est sorti abattu, le voilà conquérant, déterminé. Il s'agenouille dans une glissade, se colle le dos de la main sur le front en levant la  tête.et se lance  dans une tirade adressée à son fils.

Le père : Ô mon fils, mon fils, mon fils. Comment as-tu pu ? Comment, Ô Anthony le fruit des entrailles de ta mère. Nous t'avons tout donné ! Tout ! Tu entends ? Nous t'avons tout donné, pourquoi nous as-tu tout repris ?
Moi (en apparté) : C'est du Rock Voisin, ça !
Le père : Pourquoi ? Que te manque-t-il ?

Un long moment de silence. Les mains dans les cheveux, il semble méditer.

Le père : Peut-être es-tu trop gâté, trop chouaillé (un temps), trop aimé ! Peut-être, oui ! Trop aimé. Mais il ne faut pas que notre amour t'empêche de bien te comporter en classe. Tu dois porter ce poids dignement et sans honte. L'amour de parents aimants est parfois difficile à porter, je le sais. Mais tu es fort, solide. Tu vaincra. Tu te reprendras.

Final :

Le père et Anthony (pleurant pour de bon cette fois-ci) se tombent  dans les bras.

Anthony
(braillant et sanglotant ) : Prooomiiis Papaaaa ! Promiiiis ! Je te juuuuuure !

C'est alors que je me lève devant cette scène, et oubliant mon rôle dans la pièce, j'applaudis à tout rompre.

Rideau.



Je précise que ce n'était vraiment que du cinéma.
Pour preuve, les promesses faites dans cette oeuvre dramatique n'ont jamais été tenues.






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