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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 10:00

Le 4 mai 1789, une procession défile dans les rues de Versailles devant une foule venue en masse pour applaudir les participants. D’abord, en habits noirs, les 19 députés du Tiers-Etat défilent la tête haute, fiers d’avoir été choisis par le peuple pour le représenter devant le Roi.

 

Le Roi : Lucas, la tête haute, on a dit. Redresse-toi !

 

Ensuite, les deux députés de la Noblesse font leur entrée sous les huées du public.

 

La Reine : Ooooooh ! Les CM1/CM2, si vous ne voulez pas qu’on retourne en classe, faut vous calmer tout de suite.

 

Le public parisien se calme. Et enfin, après le passage des trois députés du Clergé, arrivent le Roi et la Reine.

 

Des ricanements émanent du peuple et des députés. Des sourires aussi. Des regards éloquents qui en disent long sur leurs pensées.

 

Le Roi : Y’a un problème ? C’est le Roi et la Reine qui vous font marrer ? Je vous rappelle que le couple Royal était respecté et craint. Que personne ne se permettait de ricaner sur leur passage.

 

Sonia, la maîtresse des CM1/CM2 qui a un tempérament plutôt sanguin sort de son personnage de Marie-Antoinette.

 

Sonia : Et si c’est le maître et la maîtresse qui jouent au Roi et à la Reine qui vous font marrer, vous aurez affaire à moi après la reconstitution.

 

Le cortège se rend dans la salle polyvalente. Le Roi fait un discours un peu ennuyant qu’il abrège quand il voit que les députés piquent du nez.

 

Une main se lève.

 

Le Roi : Oui Lucas ?

Lucas : Moi, je veux pas être du Tiers-Etat. On peut changer ?

Le Roi : C’est quoi le problème avec le Tiers-Etat.

Lucas : J’ai pas envie de finir comme sur la gravure du livre avec Amine et Gaëlle sur mon dos sous prétexte qu’ils sont du clergé et de la noblesse.

Le Roi : Fais un effort, c’est l’histoire d’un après-midi. En plus, c’est le tirage au sort qui a choisi.

Lucas : N’empêche que le Roi et la Reine n’ont pas été choisis par tirage au sort.

Le Roi : Ça, c’est une question de crédibilité.

Lucas : Et vous trouvez ça crédible que ce soient Amine, Hamza et Ali les députés du Clergé ?

Le Roi : Je ne sais pas ce que tu insinues. Mais au cas où je l’aurais compris, je t’invite à descendre immédiatement dans le bureau de la Directrice et à copier une dizaine de fois la charte sur la laïcité à l’école.

 

La réunion des Etats Généraux reprend. Le Roi et la Reine demandent aux députés de sortir le travail qu’ils devaient effectuer pour donner matière au débat : les cahiers des doléances.

 

L’un des députés du Tiers-Etat avoue ne pas avoir fait ses devoirs. Devant les gros yeux du Roi, tel un Perry Mason sûr de lui,  il mentionne l’arrêté du 23 novembre 1956 relatif à la suppression des devoirs à la maison. Le Roi se rappelle que le Tiers n’est pas constitué que de péquenots illettrés qu’il peut embrouiller avec des lois caduques. Cette caste est aussi constituée de commerçants, médecins et autres notaires. Celui-là doit être avocat. Mais cela ne change rien au respect qu’il doit au Roi, alors il l’invite lui aussi à se retirer de la réunion et à effectuer son travail en retard dans un coin de la salle polyvalente.

 

Mathilde : Maître, on n’est plus que 17 députés du Tiers-Etat.

Kheira : Ça change rien. Même avec 200 députés, vous perdrez quand même. Parce qu’on vote par ordre.

 

Le Roi est satisfait que son travail d’enseignant porte ses fruits auprès de certains élèves.

 

Il l’est un peu moins quand il se penche sur les cahiers de devoirs. Il avait bien précisé qu’il fallait trouver des solutions aux problèmes financiers de la France. Or, dans chacun de leur cahier, les députés ont rapporté des doléances liées à leurs conditions de vie. Rien pour la patrie. Juste le culte du chacun pour soi.

 

« Autoriser les chewing-gums en classe. » « Allonger le temps de récréation. » « Interdire les devoirs…pour de vrai cette fois. » « Avoir le droit d’écrire au bleu turquoise dans le cahier du jour. »

 

Louis XVI s’arrache les cheveux et décide de dissoudre le conseil des Etats Généraux.

 

Le Roi : Sortez tous en récréation !

 

Mais dans la cour, la majorité des députés du Tiers et quelques députés des deux autres ordres restent groupés et se réunissent sous le préau. Ils jurent de ne pas se séparer avant d’avoir créé un nouveau règlement pour l'école : c’est le Serment du Préau.

 

Ensuite tout va très vite. De retour en classe, le Roi sent bien qu’un parfum de rébellion flotte dangereusement dans l’air. Les députés commencent à le prendre à partie. Le Roi a beau se dresser sur l’estrade pour impressionner son peuple, cela ne fonctionne plus. Il se retourne alors vers le dernier de ses élèves qui lui est resté fidèle, Grégory-dit-le-lèche-cul.

 

Le Roi : Mais… c’est une révolte.

Grégory : Non Sire, c’est une révolution.

 

Le Roi prend peur. Il décide d’aller chercher de l’aide dans la salle des maîtres. Là-bas, il rassemblera ses alliés pour tenter de dissuader le peuple d’une quelconque action contre la monarchie.

 

Malheureusement, alors qu’il s’apprête à descendre l’escalier, il croise Lucas, le député du Tiers-Etat qu’il a puni en début d’après-midi. Celui-ci le reconnait et alerte immédiatement ses camarades qui accourent pour empêcher le Roi de fuir.

 

Quand il arrive en classe escorté par les révolutionnaires, Louis XVI prend tout de suite la mesure de la sanction qui l’attend. Un de ses élèves, qu’il ne reconnaît pas, a enfilé une cagoule noire. Il est en train de s’affairer discrètement au fond de la classe. Mais le Roi n’est pas dupe, il reconnaît le bruit du métal qui se frotte. La terrible mélodie d’une lame qu’on aiguise.

 

Mais c’est une autre mélodie qui va le sauver. Tels Zack Morris, Screech ou encore A.C Slater, le Roi est sauvé par le gong. La sonnerie de l’école retentit et chacun reprend son rôle.

 

Un peu, plus tard, à l’abri dans sa Clio Maïf, mais encore tremblotant d’être passé si prêt de l’exécution, Louis XVI se demande ce qu’il serait advenu de la société française si la révolution de 1789 avait été interrompue par une sonnerie d’école.

 

Il se demande aussi s’il ne va pas proposer à Monseigneur Peillon, une autre idée de consultation pour les enseignants, après celle sur les programmes, celle sur les assises de l’Education Prioritaire et celle pour organiser les rythmes scolaires de la rentrée prochaine.

 

Une consultation pour savoir  si l’apprentissage est plus efficace avec une prise en main monarchique ou démocratique de la classe.


 

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 08:00

Je suis attablé dans la salle des maîtres pendant la récréation du matin. Je pioche une mirabelle dans le saladier qui est posé devant moi. Je l’ouvre, en retire le noyau et la porte à ma bouche.

 

Une sensation désagréable m’envahit. Le fruit est farineux, peu sucré et la peau me reste dans la bouche comme un chewing-gum acide. Je fais la grimace.

 

Sonia : Elles ne sont pas bonnes ?

Moi : Vraiment pas terribles. Qui les a amenées ?

Sonia : Je crois que c’est Mme Boucard.

 

Impossible. Les produits que Mme Boucard daigne laisser dans la salle des maîtres sont destinés à la vente. On les reconnait facilement aux étiquettes de prix qui y sont collées. Au mois d’octobre, deux ou trois potirons sont posés sur la table à côté d’un pèse personne sur lequel un post-it indique le prix au kilo. Au mois de décembre, des petits sachets de gâteaux de l’avent (spécialités allemandes, peut-être alsacienne, voire lorraine) ornent l’étagère, comme dans une confiserie. La comparaison à la confiserie s’arrête à l’étiquetage du prix. Pour le goût, une comparaison au camion Sodexo qui vient polluer la cour et la cantine tous les jours, est plus adaptée. En mars, ce sont les plants en tout genre de plantes potagères. Puis enfin les cerises en juin et les mirabelles en septembre.

 

Et toujours, à côté de ces produits, cette petite caisse de gâteaux bretons vide dans laquelle l’acheteur doit verser son paiement avant de se servir. Mme Boucard, elle est comme ça. Elle fait confiance.

 

Mme Lafeuille confirme 

 

Mme Lafeuille : Oui, c’est Mme Boucard qui les a amenées.

 

Comme je cherche la petite boîte métallique de palets bretons, elle précise :

 

Mme Lafeuille : C’est gratuit. Elle arrête de vendre.

Sonia : Ah bon ?

Mme Lafeuille : Elle a eu des problèmes. Une histoire de revenus non déclarés.

Moi : Nooonnn ?!?

 

Je m’applique le plus possible dans cette interjection exprimant la surprise. Des jours que je m’entraîne. Des « Nooonnn ?!? » à répétition devant mon miroir pour jouer la surprise le plus naturellement possible devant cette nouvelle que j’attendais impatiemment.  Cinq jours exactement. Depuis ce fameux coup de fil que j’ai passé anonymement avec un mouchoir sur le combiné.

 

Une nana : Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, Adeline à votre service, j’écoute.

Moi : Allô ! C’est bien la DRCCGR ?

Adeline : Oui, c’est ça. Quelle est votre requête ?

 

Je lui raconte alors avec force détails les activités frauduleuses de ma collègue dans un établissement public. J’avoue avoir insérer dans mon récit quelques petites exagérations, mais ça, c’est mon côté « auteur ».

 

Adeline : C’est très grave ce que vous me racontez. Je vous passe Monsieur Pierre Moscovici.

Moi : Pierre Moscovici… le franc-comtois ?

Adeline : Euh oui…entre autre.

Moi : C’est mon accent, c’est ça ? Vous l’avez reconnu malgré le mouchoir ?

Adeline : Euh non, mais votre dénonciation me parait de très grande envergure. Je vous passe Monsieur Moscovici, le Ministre de l’économie.

Moi (me rappelant) : Ah oui, c’est vrai ! C’est lui.

 

Après un contrôle du FISC qui a révélé un excédent non déclaré de 36,42 euros dans les revenus annuels de M. et Mme Boucard, ma collègue, ayant refusé le statut d’auto-entrepreneur, doit maintenant écouler son stock gratuitement.

 

Je m’empiffre pendant le reste de la récréation, savourant ma victoire sur la fraude fiscale, heureux d’avoir fait reculer, avec mes modestes moyens, le fléau du marché noir, cette économie souterraine qui pourrit de l’intérieur le système économique de notre Patrie.

 

Sonia : Je croyais qu’elles n’étaient pas bonnes.

Moi (comme une évidence) : Pas bonnes, mais gratuites.

 

Un peu plus tard, en début d’après-midi, je suis en train d’improviser une séance sur les différents niveaux de langage. Cette séance était prévue pour la troisième période mais les « ouais », les « OK » et autres claquements de langue pour m’exprimer l’affirmative ont eu raison de ma patience, et je saute quelques étapes.

 

Memet : Le langage soutenu, c’est pour les bourges.

Moi : Si tu veux, oui.

Memet : Et moi, j’ai pas envie de parler comme dans une fable.

Moi : Je ne te demande pas de parler comme dans une fable. Je te demande de ne plus parler comme dans un clip de RnB. Ça s’appelle le langage courant. C’est le juste milieu.

 

Je suis à moitié assis sur mon bureau, une bouteille d’eau entre les mains que je sirote entre chaque réplique. Soudain, après le premier effet de la dégustation peu appétissante, voici le deuxième effet mirabelle. Les gens constipés appellent cela une vertu. Pour moi, c’est le côté diabolique de la prune. Son redoutable effet laxatif.

 

Je sens comme une déflagration qui se prépare et qui descend le long de mon intestin. Et si je me souviens bien du schéma de la digestion, la sortie est proche.

 

La maîtrise de mon corps et les heures de yoga en position du lotus à respirer par le ventre me permettent de transformer cette déflagration annoncée en un simple dégazage silencieux et extrêmement  soulageant.

Je circule dans la classe pendant que mes élèves sont en train d’identifier sur leur livre de français le niveau de langage de telle ou telle phrase.  Soudain je me rends compte que mes heures de yoga en position du lotus à respirer par le ventre ne m’ont pas permis de cacher l’aspect olfactif du désagrément qui vient de m’arriver.

 

Des chuchotis désobligeants commencent à surgir à un bout de la classe. Des « oohh » écœurés, des « aaahh »  indignés et « ça pue », « ça poque », « ça chlingue ».

 

Les élèves de l’autre côté de la classe, dans un premier temps, se demandent ce qu’il peut bien se passer. Mais rapidemant, ils sont eux aussi au parfum. Puis Memet intervient :

 

Memet : Maître, comment on pète en langage soutenu ?

 

Et les chuchotis se transforment en clameur collective. Le sujet n’est plus tabou. Memet a ouvert les digues. Et les « oohh » et les « aahh » se transforment en accusation.

 

Personne n’est épargné. Chacun se renvoie la faute. Tout le monde en prend pour son grade.

 

Tout le monde, sauf moi.

 

Et je repense à tous les avantages dont je bénéficie dans ma classe. Ces privilèges de statut dont je ne me lasse pas. Je peux m’asseoir sur mon bureau, boire à la bouteille en parlant aux élèves, me promener dans la classe, tutoyer les élèves qui me vouvoient, hausser le ton sans me retrouver privé de récréation. Je peux même me laisser aller (gastriquement parlant) sans être le moins du monde soupçonné.

 

Mais je sais qu’un jour, ces privilèges prendront fin. Les cahiers des doléances, la nuit du 4 août, tout ça… ça va recommencer. Et je devrai rester assis dans ma propre classe, demander la permission pour écrire au tableau, faire signer mon cahier journal par mes parents, attendre la récréation pour boire à des robinets mycosés.

 

Et si par malheur  un fumet désagréable parfume la classe, je ne serai pas à l’abri d’un abrupt, indélicat et totalement dépourvu de poésie « Maitre, c’est toi qu’a pété ? ».

 

 

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1 septembre 2013 7 01 /09 /septembre /2013 08:00

Deux mois qu'on l'attend avec impatience. Après-demain, c'est enfin la rentrée.

Rien de tel qu'un peu de musique pour vous détendre afin d'attaquer cette nouvelle année scolaire du mieux possible.

"La cloche va sonner" a été enregistrée avec les modestes moyens dont je dispose. Vous noterez sûrement tous les défauts de montage, de raccord et de rythme dont j'ai fait preuve mais ne m'en tenez pas rigueur.

Bonne écoute et bonne rentrée :

 

Et pour vous réconcilier avec la musique, voici deux vraies chansons sur le thème de la rentrée (du point de vue des mômes).

Une rigolote : Rentrée des classes d'Aldebert.



Une mélancolique : Les premiers lundis de septembre d'Archimède

 

 

 

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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 13:08

Après Les Tribulations d'un Futur Papa publié en Août 2011, voici "Au secours, journal d'un futur papa gaga".

Non, ce n'est pas un deuxième volet où le papa débordé par son premier enfant de trois ans, ferait face à la deuxième grossesse de sa femme.

Au secours, journal d'un futur papa gaga est une deuxième chance. Une réédition du premier livre avec un nouveau titre et une nouvelle couverture. Vive le marketing.

 

http://www.city-editions.com/IDEO/Couv%20ideo/couv-au-secours-futur-papa.jpg

 

Voici une présentation de l'éditeur :

Non, ce n’est pas simple d’être un futur papa ! Il y a la révélation du test de grossesse, la réaction des familles, les travaux dans la chambre du bébé, les rendez-vous médicaux, les angoisses sur l’art de changer une couche… un sacré boulot éprouvant pour les nerfs les plus endurcis.

Avec humour, un futur papa heureux – mais franchement angoissé – raconte la grossesse de la maman et met en scène les personnages qui accompagnent le couple dans cette aventure.

Sous forme d'anecdotes, il relate les 266 jours qui le séparent de la naissance. Rebondissement inattendu : l’arrivée très rapide du bébé... Pas sûr que l’on sorte indemne d'une épopée pareille : neuf mois d'angoisse... et de bonheur !

Petites angoisses et grandes émotions :
le livre que tous les futurs pères doivent lire !

 

Disponible ici :  AMAZON   FNAC

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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 10:18

 Capucin : Les enfants, je vous présente Jean, un nouvel animateur qui va remplacer Majid pour les deux derniers jours de colo.

 

Capucin, c’est un copain de colo, rencontré il y a presque 10 ans.

 

Majid, c’est un jeune animateur qui était déguisé en Schtroumpfs à lunettes quand il s’est cassé le bras en tombant d’un empilement de chaises alors qu’il expliquait les règles de la chasse au trésor version Schtroumpfs.

 

Et Jean, c’est moi. Mais à part mes parents et mes sœurs, il n’y a que les enfants en vacances qui m’appellent ainsi.

 

Du coup, comme les soixante-dix mômes qui me font face sont en vacances et qu’ils ont bien l’intention de le revendiquer, ils braillent à l’unisson :

 

Les enfants : Bonjour Jean !

 

Capucin m’a appelé la veille pour venir remplacer le fameux Majid au pied levé dans le fin fond de la Haute-Savoie.

 

Après huit heures de route de nuit, un café sur le pouce et une présentation express aux soixante-dix enfants de la colo, me voilà dans le feu de l’action.

 

Marie : Tiens, c’est ta fiche personnage pour le cluedo de ce matin.

Moi : Ah…euh…merci.

Marie : Ton déguisement est dans la salle des anims.

Moi : C’est lequel ?

Marie : Regarde ta fiche personnage, tu le reconnaîtras.

 

Dix minutes plus tard, je suis assis sur une souche à la lisière de la forêt bordant le centre de vacances. Le premier groupe d’enfants enquêteurs s’approche de moi et je vois des sourires se dessiner sur leur visage.

 

Un gosse : Tu es en quoi ?

Moi (mettant un point d’honneur  à ne pas sortir de mon personnage) : Je ne suis pas en… Je suis une fraise des bois.

 

Un collant vert, un immense bout de carton en forme de fraise accroché aux épaules et une jolie collerette en papier crépon vert… je suis bien une fraise des bois.

 

La matinée se poursuit alors sur le thème des fruits et légumes. Les enfants tentent de démasquer le criminel qui a enterré vivante la salade dans le composteur du jardin. Ils posent des questions à chacun des fruits et légumes suspects. Et chacun suit sa fiche personnage.

 

Un enfant : Où étais-tu cette nuit à l’heure de crime ?

Un autre : Est-il vrai que la salade t’avait piqué ton ex petit ami, l’abricot ?

Encore un autre : Pourquoi a-t-on retrouvé des très petits pépins noirs autour du composteur ?

Moi (un peu blasé et un peu prof aussi) : Ah non, si tu parles des petits grains qui sont disposés sur tout mon corps, ce sont des akènes, pas des pépins.

 

Ensuite, les enfants découvrent que c’était l’arrosoir, le coupable. Une sombre histoire de vengeance sur thème de trahison et d’amour déchu. Bref, une idée farfelue sortie tout droit de la tête d’animateurs fatigués par dix jours de colo. Une idée qu’ils ont dû pondre à 2 heures du matin lors d’une de ces réunions interminables pendant lesquelles ils carburent au café, aux clopes, au Génépi et à la liqueur d’Aravis.

 

L’après-midi, je quitte à contre-cœur mon déguisement de fraise des bois pour l’échanger contre un baudrier.

 

Capucin : On fait accrobranche. Tu prends le groupe des moyens.

 

Tout ridicule qu’était mon déguisement de la matinée, je ne m’y sentais pas aussi mal à l’aise que dans un baudard (comme disent les vrais).

 

Je ne souhaite jamais autant être une femme que quand je dois porter cet instrument de torture psychologique.

 

Une sangle qui enserre la cuisse droite, une autre pour la cuisse gauche et une corde reliée à un mousqueton qui relève le tout vers le haut, regroupant ainsi tout ce qu’il y a de plus intime chez l’homme en un paquet informe et indiscret à la vue et au su de tout le monde.

 

Un après-midi pendouillant à des câbles et des arbres en ayant l’impression qu’une pancarte clignotante avec écrit « Regardez ici ! » est placée à côté de mes parties intimes mises en valeur par mon ami le baudard.

 

Pour la veillée, le soir,  j’ai volontairement oublié ma guitare. Je n’ai pas envie de vivre le terrible calvaire du guitariste amateur à qui on demande s’il connait du Sexion d’Assaut ou du Daft Punk, alors qu’il vient, à l’instar de Daniel dans "Nos jours heureux", d’interpréter When the saints devant un feu de camp qui sent le chamalo brûlé.

 

Mais heureusement, dernière soirée oblige, on organise la classique boum où Sexion d’Assaut et Daft Punk ont tout à fait leur place.

 

La dernière journée du lendemain est rythmée par les préparatifs du départ. Dès le début de matinée, on s’attaque aux inventaires. Il faut recenser toutes les affaires que les enfants mettent dans leurs valises et le comparer avec l’inventaire d’arrivée. Malheureusement, Majid  a embarqué les inventaires des gamins dont il était référent.

 

Du coup, je me retrouve avec une veste Adidas et un polo Lacoste pour lesquels chacun des huit garçons de la chambre revendique la propriété. Et un slip Spiderman et un T-shirt Tortue Ninja qui n’appartiennent à personne.

 

Enfin, vers midi, c’est le départ. Les enfants partent dans des directions opposées avec des animateurs référents pour chaque groupe. C’est le convoyage.

 

Heureusement, j’en suis dispensé. J’évite alors une traversée de la France en car puis en train, une arrivée en gare de Rouen à 20h23 avec des parents pas impatients de retrouver leurs rejetons et qui n’arrivent qu’à 20h46, et une nuit tout seul dans une petite chambre de l’hôtel de la Gare alors qu’on vient de passer 2 semaines avec 85 personnes environ.

 

J’assiste quand même à la déchirure de fin de séjour. Des étreintes interminables, des larmoiements à peine retenus, des échanges de numéro sur la buée des vitres du bus.

 

Pendant les huit heures de routes qui me ramènent chez moi, je repense avec nostalgie à mes anciennes colonies. Pendant lesquelles, je vivais avec passion et effusion les départs du dernier jour.

 

Alors qu’aujourd’hui, j’étais complétement détaché de tous ces sentiments qui m’ont même parus mièvres. Je me dis alors  que je m’endurci avec l’âge. Ou que, comme Roger Murtaugh, « Je suis trop vieux pour ce genre de connerie ».

 

Mais enfin, je comprends que je suis resté détaché, parce que, justement, je ne me suis pas attaché  à tous ses spécimens de l’espèce humaine en seulement deux jours de séjours. Je n’ai pas vécu leurs engueulades, leur fatigue, leurs fou rires, leur complicité. Je n’en ai pas eu le temps.

 

Voilà pourquoi, au nom de toutes les colos que j’ai faites et que je ferai encore, je n’occuperai jamais un poste de  ZIL, de Brigade ou une toute autre fonction qui ne nous laisse pas suffisamment de temps pour connaître les gens.

 

Je veux m’attacher et qu’il soit le plus dur possible de se détacher.

 

 

 

 

 

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8 août 2013 4 08 /08 /août /2013 14:31

C'est les vacances, alors à l'instar de toutes les chaînes de télévision et de radio, je vous propose du réchauffé. De la redif à gogo.

 

Une chanson que j'ai ré-enregistrée avec du matériel un peu plus crédible pour l'auteur compositeur et interprète que je suis.

 

En période de vacances scolaires, l'image des enseignants en prend un coup. Et on s'entend souvent invectiver par la même phrase sur un ton mi ironique mi grinçant : "Ca va ? Pas trop fatigué ? Encore (déjà) en vacances ?"

 

On a des phrases toutes faites pour ce genre d'attaque. La seule chose utile qu'on ait appris à l'IUFM.

Travailleur : "Tu crois que ça se prépare comment, une classe ?"
Calculateur : "Non, mais on n'est payés que sur dix mois."
Fratricide : "Et encore, dans le second degré, ils font moins d'heures, eux !"

Mais la phrase que je préfère, je l'ai re-mise en chanson, et je vous l'offre.


Bonne écoute :

 

C'est si facile

 

J'entends tout l'temps depuis neuf ans

"De quoi tu t'plains p'tit professeur ?

T'as des vacances 5 fois par an,

Et pas des courtes. Pourquoi tu pleures ?"

 

Mais moi j'pleure pas, je suis content

Du temps pour moi, pour mes loisirs.

Mais pour toi, il est encore temps.

Tu peux choisir de n'plus souffrir.

 

C'est si facile...

 

Passe ton concours.

Des vacances, des grèves, des jours fériés, des ponts.

Jamais au boulot, toujours à la maison.

Des voyages scolaires, des sorties, des fêtes d'écoles

Ca fait  si longtemps que j'suis pas allé à l'école.

 

Mais d'enseignant à fainéant,

Il n'y a qu'un pas, je l'ai franchi

Pourquoi pas toi si tu as l'temps.

Suffit du bac et d'trois enfants.

 

Les inscriptions, c'est pour bientôt

Il faut vraiment pas rater le coche

Tu verras, c'est ultra fastoche

A toi les vacances à gogo

 

C'est si facile...

 

Passe ton concours.

Des vacances, des grèves, des jours fériés, des ponts.

Jamais au boulot, toujours à la maison.

Des voyages scolaires, des sorties, des fêtes d'écoles

Ca fait si longtemps que j'suis pas allé à l'école.

Faudra qu'tu caches ton vrai métier

Dire que t'es apprenti mécano

Me r'mercie pas, c'est un tuyau

Pour pas qu'on t'prenne pour un planqué.

 

Le r'tour de flamme, c'est ton image

De glandeur ascendant râleur.

Mais toi tu t'en fous, t'as la plage

Et la détente pendant des heures.

 

C'est si facile...

 

Passe ton concours.

Des vacances, des grèves, des jours fériés, des ponts.

Jamais au boulot, toujours à la maison.

Des voyages scolaires, des sorties, des fêtes d'écoles
Ca fait si longtemps, j'sais même plus où est l'école !!!

 

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 09:26

Samedi soir, je commence juste à m’endormir quand soudain je chois. Dans mon rêve, je venais d’escalader un mur qui me barrait la route, et j’ai basculé de l’autre côté. La chute me  réveille dans un spasme incontrôlé.

 

C’est déjà arrivé à tout le monde. Une contraction soudaine des muscles qui nous réveille dans un sursaut. Cela s’appelle les myoclonies d’endormissement.

 

Mais cette nuit, cela n’a rien à voir avec une quelconque secousse musculaire. Je le sens. C’est plutôt comme une alarme lointaine et inconsciente qui ressurgirait à la surface pour me prévenir. Comme mon portable qui vibre dans ma poche à la Sainte Josiane pour me rappeler de penser à ma mère.

 

Moi : Allô Maman ! Bonne fête.

Ma mère : Tu sais très bien que je n’aime pas ça.

Moi : Quoi ?

Ma mère : Ça me donne un coup de vieux quand tu me rappelles que c’est ma fête.

Moi : Non Maman, le coup de vieux, c’est pour les anniversaires.

Ma mère : Ah oui, c’est vrai ! Bon ben merci. Salut

 

Je regarde les chiffres lumineux sur mon réveil : il est 0h30 ! Je prends alors conscience de ce qu’il s’est vraiment passé. Ce mur de briques devant moi était une limite. Un point de non-retour que j’ai allégrement franchi sans me poser de question. Une frontière européenne privée de douanier que j’ai traversée inconsciemment.

 

Sans savoir que je basculais dans la deuxième moitié de mes vacances.

 

Depuis le vendredi  juillet 16h30, il s’est exactement écoulé 704 heures. Et il en reste autant jusqu’au lundi 2 septembre 8h30.

 

En ce 4 août 2013, il est minuit trente et c’est l’heure des bilans. Qu’ai-je fait pendant les 704 dernières heures ?

 

Statistiquement parlant, et selon une étude qui ne tient pas compte dans mon état de vacancier et pour laquelle mon temps de sommeil et de lecture est légèrement erroné :

- j’ai mangé pendant quarante-trois heures et trente minutes

- j’ai rigolé pendant trois heures

- j’ai pianoté sur mon ordinateur parcourant les confins du WEB pendant près de cinquante heures

-  j’ai attendu un train que je n’ai jamais pris pendant 42 minutes

- et j’ai dormi pendant deux-cent-cinquante et une heures et dix-huit minutes.

 

 

251,3 heures de sommeil ! « Quel gâchis ! » diront certains insomniaques.

Mais les vacances ne sont-elles pas faites pour se reposer ?

 

Après les bilans, les perspectives.

Statistiquement parlant, il me reste autant de temps à effectuer ses activités vitales (dormir, manger, rire, attendre un train et aller sur le Net). Mais une fois que j’aurai effectué ces 348 heures de tâches obligatoires, il me restera 356 heures de temps libres, soit presque quinze jours complets à faire ce que je veux.

 

Quinze jours complets, à conditions, que pendant tout ce temps, j’évite d’aller aux toilettes, de me laver, de faire le ménage, les courses et que je ne fasse aucun trajet.

 

Alors je pourrai ressortir ma liste de bonnes résolutions. Pas celle du mois de janvier, celle du début des vacances. La liste de mes envies dirait Grégoire Delacourt. La liste sur laquelle j’avais écrit toutes les activités que la perspective de deux mois de vacances me donnait  envie de réaliser. La liste sur laquelle, pendant ces 704 dernières heures, je n’ai encore rien coché.

 

Il faudra que je la réduise. Je barrerai sans doute le saut en parachute, le tour de France en monocycle, le changement du feu stop de ma Clio Maïf et l’écriture d’un best-seller international.

 

Alors il me restera  l’apprentissage du point de croix afin de  broder un à un les vingt-cinq noms de mes futurs élèves sur le protège-cahier de leur cahier du jour.

 

Il me restera aussi les vendanges dans le Jura si les conditions météorologiques permettent aux raisins des cépages qui entrent dans la composition du Macvin d’arriver à maturité avant le 2 septembre 8h30.

 

Et enfin, il me restera la rédaction de quelques articles d’un blog où je raconterai les vacances d’un prof des écoles ordinaire.

 

Mais il faut faire vite. Comme le disait Montesquieu dans Lettres Persanes par la voix de Usbeck : « Les vacances, c’est comme un toboggan. La première moitié est une longue série de marches à gravir et la deuxième moitié est une rapide descente à peine perceptible. ».

 

A minuit trente, aujourd’hui, je suis arrivé au sommet de mes vacances. J’aimerais savourer ce moment. Profiter de la vue surélevée sur un paysage ensoleillé du mois d’août. Prolonger ce temps de suspension, juste avant la chute.

 

Mais je regarde mon radio réveil. Il est 0h31. Je glisse déjà irrémédiablement vers la rentrée de septembre.

 

Bonne descente à tous !

 

 

 

Mes sources : Topito et Mirror

 

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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 21:51

Mais que font les profs pendant leurs deux longs mois de vacances ?

Voici un petit quizz pour tester votre connaissance sur le sujet.

Attention, certaines questions attendent plusieurs réponses (parfois 4).

Pour obtenir votre résultat, cliquez sur le bouton à la fin du quizz.

Certaines réponses sont totalement subjectives mais il existe une certaine logique et une cohérence qui vous permettront d'obtenir le meilleur résultat. Pour les contestations, veuillez attendre la rentrée pour me contacter... parce que c'est quand même les vacances !

Intégrez des Quiz Loisirs depuis Quizz.biz

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 12:27

Dans notre métier, on n’est jamais à l’abri d’une interruption forcée de notre carrière par décision judiciaire. Nos nerfs étant mis à rude épreuve par des élèves qui, parfois, peuvent nous pousser à bout, il peut arriver qu’un geste violent malencontreux, mais tellement jubilatoire sur le moment, puisse nous contraindre à stopper net notre exercice d’enseignant.

 

Le geste violent malencontreux prend souvent la forme d’une gifle, d’un coup de boule ou d’une clé de bras. Mais on a vu récemment une enseignante commettre un geste violent malencontreux d’un nouveau style. Tout en finesse, sans trace physique vérifiable et compromettante, la maîtresse avait diffusé un film pornographique à ses élèves de maternelles.

 

Je pourrais moi-même être l’auteur de ce genre de dérapage qui mettrait fin à ma carrière. Imaginez que je passe les Quatre Saisons de Vivaldi à mes élèves et qu’au milieu du deuxième concerto en sol mineur (l’été), la voix de Mylène Farmer s’élève dans ma classe en scandant  « C’est nue que j’apprends la vertu, je suis libertine, je suis une catin… », la fin de ma vie de prof serait proche et une conversion s’imposerait.

 

C’est pourquoi, pendant mes longues vacances, je teste des métiers qui succéderont peut-être à ma profession actuelle.

 

Aujourd’hui, je fais une brocante et du même coup je teste le job de commerçant. Le réveil qui m’extirpe de mes rêves à 5h30, ne marque pas de point en faveur de cette profession.

 

Ensuite je me glisse dans ma Clio Maïf comme je peux. J’ai avancé mon siège au maximum afin de caser un carton de fringues sur la banquette arrière. Une table de tapissier me tape dans la tête au moindre coup de frein et une paire de ski de descente m’empêche de passer les vitesses. Du coup, je fais le tout le trajet en première et je prie pour récolter suffisamment d’argent à la fin de ma journée afin de me payer une nouvelle boîte de vitesse.

 

J’arrive enfin à mon emplacement et je vide ma Clio afin de tout installer. Je vais garer mon véhicule un peu plus loin, et quand je reviens, j’ai la désagréable surprise de voir deux types en train de fouiller dans mes cartons.

 

Moi (remonté et ironique) : Vous cherchez quelque chose ?

Eux (pas ironiques du tout) : Oui. Des portables ou de chargeurs.

 

Un peu surpris par leur aplomb, je bafouille que non, je n’ai pas de portable, juste un aspirateur à main pour les miettes de la cuisine. Ça les fait marrer, il me remercie mais non, et vont fouiller dans les cartons de mon voisin.

 

Je dois encore avoir l’air ébranlé par le toupet de ces deux gars car ma voisine d’en face vient m’expliquer.

 

La voisine : C’est une pratique courante dans les brocantes. Les chineurs viennent super tôt et farfouillent un peu dans les affaires que l’on installe.

Moi : Ah, d’accord.

La voisine : Eux, c’est pas des vrais, ils recherchent juste des portables. Mais avec les collectionneurs, c’est à cette heure-là qu’on fait les meilleures ventes. Il faut vite vous installer. Même les affaires qui vous semblent les plus insignifiantes peuvent valoir de l’or pour eux.

 

Je la remercie et déballe illico presto mes cartons que j’agence le mieux possible sur ma table à tapisser et mon salon de jardin. Ensuite, je colle des post-it avec le prix de vente sur chacun de mes objets.

 

Mais au bout d’une heure, n’ayant pas fait la moindre vente, je me dis que mon abat-jour Schtroumpfette, mon assiette de collection peinte à la main par une artiste mexicaine aveugle et ma bougie en forme de nain de jardin n’intéressent par les collectionneurs.

 

Mon installation terminée, je m’assois sur ma chaise pliante Décathlon , me sers une tasse en plastique de café de mon thermos et sirote mon breuvage encore chaud en regardant les premiers passants déambulés dans les allées de la brocante à la recherche de la perle rare. Mais, encore une fois, ni mon sac-banane Rustica, ni ma collection de Starclub ne semblent constituer la perle rare à leurs yeux.

 

Alors je prends un livre et me plonge dans la lecture d’un roman policier norvégien en me disant que commerçant, voilà une conversion sympa. Ce n’est pas en classe, en pleine leçon sur l’emploi du futur simple que je pourrais bouquiner en buvant un café assis sur une chaise pliante.

 

Au bout d’une heure, je sors la tête de mon livre et constate une drôle d’atmosphère dans la brocante. Ça crie, ça marchande, ça rigole, ça chambre, ça vit quoi ! Mais à mon stand, ça passe sans s’arrêter. Ce n’est pas la mort, mais on est loin de l’ambiance vivante du reste du vide-grenier. On m’avait pourtant dit que les gens achetaient n’importe quoi sur les brocantes. Mais apparemment, il y a des limites et ma paire de ski alpin Dynastar de 1987, mon bandana Jackson Five et mon jeu électronique Casse-Brique sont pires que n’importe quoi.

 

La seule réaction positive que les gens ont devant mon stand est :

 

Les gens : Ooooh ! Tu te rappelles ?

 

Ils montrent un sac à pyjama Casimir, une cassette de la Lambada ou un pin’s Coupe du Monde de foot de 1982. Et l’autre se rappelle à chaque fois et ses yeux se remplissent de nostalgie et sa tête de souvenirs, mais mon portefeuille ne se remplit toujours pas. 

 

Devant mon désarroi, ma voisine décide de me donner quelques conseils :

- Enlève tous les post-it !

- Range ton bouquin.

- Plie ta chaise pliante.

- Souris.

- Parle aux gens.

 

Ma voisine : Mets-toi au boulot, quoi !

Moi : Au boulot ? Mais je suis en vacances.

Ma voisine : Non, tu es en brocante !

 

Elle a raison. Il est 10h passées et je n’ai encore rien vendu.

 

Je me lève et fais dans l’ordre tout ce qu’elle m’a conseillé. Les post-it, le livre, la chaise, le sourire. Mais quand il s’agit de parler aux gens, je bloque. Dans un magasin, j’ai horreur que le vendeur vienne me harceler. Du coup, je suis réticent à harceler les gens.

 

Et pour leur dire quoi ?

 

Moi : Madame, cette casquette Mickey avec ses grandes oreilles irait à ravir avec votre pantalon rouge et votre voix de crécelle.

 

Ou encore :

 

Moi : Monsieur, pour cacher votre calvitie naissante, couvrez votre tête avec ce bandana Jakson Five. Pour un euro de plus, je vous donne la boîte de Coca collector Annie Cordy.

 

Enfin, le moment tant attendu  arrive. Ma première vente.

 

Une dame : Combien pour le coquetier en forme de lapin ?

 

Ma voisine m’avait parlé du marchandage. Elle m’avait conseillé de partir d’un prix haut pour que les gens aient l’impression de faire une affaire en achetant au juste prix.

 

Moi : C’est un collector. Très rare. J’en avais quatre, mais les trois autres sont cassés. Une pièce unique.

La dame : Combien ?

Moi : Trente-deux euros.

 

Nous voilà parti dans un marchandage endiablé. Elle ne lâche pas l’affaire. Mais moi non plus. Je suis coriace et pas facile en affaire. Au bout d’un moment, elle craque… et s’en va sans l’acheter. Je lui cours après dans les allées du vide-grenier avec mon coquetier en lapin. Le marchandage reprend et j’ai enfin le dernier mot.

 

Je reviens à mon stand, fier comme Artaban.  En passant vers ma voisine, je lui adresse un clin d’œil de complicité et elle lève son pouce en l’air pour me féliciter. Je place enfin ma première pièce de cinquante centimes dans ma caisse flambant neuve achetée exprès pour l’occasion à seulement 45 euros.

 

Maintenant que le compteur est débloqué, cela ne s’arrête plus. « Combien pour le Yokshire terrier en porcelaine ? », « Combien pour le dictionnaire Serbo-croate / Algérien ? », «Combien pour la chaise pliante Décathlon, là-bas ? » « Combien le T-shirt noir avec le loup bleu fluo hurlant à la Lune jaune poussin ? ».

 

Je suis le roi des commerçants. J’alpague, je harcèle, je vante, je marchande et je vends.

 

Moi : Emballé, c’est pesé, voici la monnaie. Au revoir Madame. Et faites bon usage de ce splendide verre Heineken un peu ébréché.

 

Je suis le prince du Sentier. Je suis Bruno Solo et Vincent Elbaz dans « La vérité si je mens ». Je ne rate aucune affaire. Dix centimes par-là, cinq centimes par ci. Ma caisse flambant neuve est de plus en plus lourde.

 

Un monsieur : Combien pour ce pantalon vert à rayures jaunes, ce pull mauve à col camionneur et cette casquette qui applaudit quand on tire sur la ficelle ?

Moi : Cinq euros l’ensemble.

 

Après de rudes négociations, j’ajoute les trente-cinq centimes à ma cagnotte en accompagnant le monsieur d’une petite réplique de commerçant.

 

Moi : Au revoir Monsieur, avec cette tenue, vous allez faire fureur en soirée

Le monsieur : C’est pas pour moi…

Moi : Vous allez faire un heureux, alors.

Le monsieur : C’est pour faire un épouvantail.

 

La fin de la journée approche. Les acheteurs potentiels se font rares et ils sont de plus en plus durs en affaire. Ils imaginent que le temps joue pour eux et qu’on a envie de se débarrasser coûte que coûte de nos vieilles affaires. Ils ont même l’impression de nous rendre service quand ils nous achètent une babiole.

 

Mais moi je ne lâche rien. Mon stock n’est pas voué à être dilapidé. Si je veux entrer dans la profession de brocanteur à plein temps, je dois garder des choses à vendre et ne pas les brader au premier venu… ou plutôt au dernier venu.

 

Le soir quand je remonte dans ma clio Maïf, j’ai l’impression d’avoir un peu plus de place. Ma paire de ski non vendue m’empêche encore de passer les vitesses et c’est avec un bruit de moteur en surrégime que je rentre chez moi.

 

Attablé dans ma cuisine, je vide mon sac plastique rempli de pièces sur la table afin de commencer mes comptes. Cela aurait été plus pratique dans ma caisse flambant neuve mais je l’ai vendue  à un acheteur très insistant pour la modique somme de 4 euros (ma plus grosse vente).

 

Une heure plus tard, je peux inscrire un bas de ma feuille remplie de multiplications et d’additions, le nombre 37,52 €.

 

Je me gratte le menton en réfléchissant à mon avenir dans ce métier.

Pour prendre ma décision, pas besoin de papier, d’addition ou de multiplication. Juste besoin d’une division et d’un peu de bon sens : mon salaire mensuel d’enseignant divisé par trente jours est largement supérieur à ma recette d’aujourd’hui.

 

Il ne m’en faut pas plus pour rayer le métier de commerçant sur ma longue liste et pour débarquer le lendemain matin à la déchèterie avec ma Clio Maïf afin d’en déverser définitivement le contenu dans la benne « tout venant ».

 

Avant de partir, je jette un regard nostalgique sur une partie de mon passé qui git au fond de cette poubelle géante et je vois la casquette qui semble applaudir ma décision de ses deux mains en mousse. Aucun regret.

 

 

 

 

http://www.smileys-gratos.com/Smile/Grand_smileys/3d-casquette-applaudir.gif

 

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 12:48

Il y a deux articles,  je vous ai parlé du conseil de cycles du mois de juin qui sert à répartir les élèves dans les niveaux supérieurs de l'école primaire.

 

Au collège, c'est pareil. Sauf qu'ils ont besoin de nous, petits professeurs de CM2 pour mieux dispatcher les élèves de sixièmes.

 

Du coup, chaque année, le principal du collège de secteur nous convie convoque à la réunion de la commission d’harmonisation.

 

En musique, l’harmonisation est le fait d'ajouter un accompagnement à une mélodie. En collège, l’harmonisation est le fait de mélanger des élèves de différentes écoles et différents milieux pour obtenir des classes mélodieuses.

 

Je débarque alors à la réunion avec une guitare à 24 cordes que j’ai mis dix mois à accorder et qui, malgré mes efforts, comporte encore quelques cordes dissonantes qui troublent la mélodie de la classe.

 

Bruit de caisse enregistreuse

 

Chacun des professeurs des écoles conviés convoqués à cette réunion apporte son instrument pour le transmettre aux professeurs des sixièmes qui sont placés sous la houlette du chef d’orchestre, le principal du collège, Monsieur Lecoq.

 

Monsieur Lecoq, c’est un vieux beau qui sourit à la cantonade pour un oui pour un non et qui sort des blagues salaces qui ne font rire que la grivoise documentaliste du collègue. Il parade dans son costume cintré en satin noir de fabrication italienne. Il a même une fente d’aisance dans le dos. C’est pour ça qu’il peut parader. Sinon, il serait tout coincé.

Monsieur Lecoq, je ne l’aime pas. C’est physique. Il ne m’a jamais rien fait personnellement, mais je trouve que c’est un gros con rien que quand il marche la main dans une poche et l’autre dans ses cheveux poivre et sel. Et un jour, j’aimerais avoir le courage d’aller lui dire.

 

Moi : Monsieur Lecoq, vous êtes… un gros con.

 

Mais j’ai peur que tel le Vicomte de Valvert, je me retrouve cloué par mon manque de verve et l’assurance du proviseur qui me répondrait avec la gouaille de Cyrano :

 

Le proviseur : C’est tout ?

Moi : Mais…

Le proviseur : Ah non ! C’est un peu court jeune homme. On pouvait dire, oh Dieu, bien des choses en somme. En variant le ton, par exemple, tenez :

Admiratif : Quel courage ! Moi, monsieur, si j’étais un gros con comme vous, je n’oserais même pas sortir.

Artiste : Si j’avais sur mon visage votre air perpétuel de gros con, il faudrait sur le champ que je me l’encadrasse et que je l’exposasse dans un musée d’art brut.

Conseiller d’orientation : Avec un tel potentiel, un gros con comme vous devrait se lancer en politique. A coup sûr, il sera élu.

 

Mais ce jour n’est pas encore arrivé, alors je pose ma guitare et m’assois en adressant un timide bonjour aux professeurs du collège présents.

 

Bruit de caisse enregistreuse

 

Je suis un peu impressionné par cette bande de profs du secondaire. Un complexe d’infériorité que je traîne depuis l’IUFM lorsque je côtoyais les PLC1, l’élite de la pédagogie,  qui s’échinaient à obtenir un concours ultra select. Alors que nous tentions notre chance en dilettante à un sous-concours, faute d’une meilleure idée d’orientation professionnelle.

 

Les professeurs du collège regardent nos instruments avec une pointe de curiosité et un soupçon de mépris. Ces instruments qu’on a choyés 24 heures par semaines et qu’ils vont s’échanger toutes les heures comme la progéniture d’une famille recomposée. Ces instruments qui n’avaient qu’un seul musicien et qui vont se retrouver grattés, soufflés et frappés par divers doigts et divers bouches.

 

On sait qu’à la fin de cette réunion, tout sera désaccordé. Les cordes de ma guitare seront dispatchées dans différentes classes et se mélangeront aux pistons de la trompette de l’école voisine et aux lames du métallophone d’une autre école encore. Et pendant 10 mois, ces experts musiciens que sont les profs du collège, tenteront de créer une nouvelle musique qu’ils rendront la plus mélodieuse possible, avant la prochaine réunion d’harmonisation à la fin de la sixième.

 

Bruit de caisse enregistreuse

 

Monsieur Lecoq, le chef d’orchestre tapote sa baguette sur le pupitre. Silence. D’un geste précis, il enclenche le vidéoprojecteur et apparaissent sur le mur, des tableaux vierges. On comprend alors qu’on va composer les sept classes de sixième dès ce soir. On comprend aussi que la soirée n’est pas terminée, alors on réagit.  Tous les profs de CM2 se jettent sur la parole en même temps. Chacun pense l’avoir et débite ce qu’il a préparé pour la réunion. « Lui, il faut le pousser au train, il est fainéant mais très capable ! » «  Elles, ils faut les séparer, c’est mieux pour elles ! Et pour vous aussi. » « Elle, elle veut être dans la classe de lui. Ils sont voisins, c’est plus pratique pour les devoirs » «  Attention  à l’absentéisme chez celui-là ! » «  Et elle… »

 

STOOOOOPPPP !

 

Monsieur Lecoq est tout rouge. Et moi, je suis content. Parce que son teint cramoisi ne va pas du tout  avec le noir de son satin.

 

Les professeurs du secondaire, eux, sont très disciplinés. Ils n’ont rien dit, n'ont posé aucune question. Ils gardent un petit sourire poli devant nos têtes échevelées par ce départ précipité.

 

Bruit de caisse enregistreuse

 

Monsieur Lecoq calme tous les profs des écoles. Il remet les choses à plat. Après son intervention, on se croit à la boucherie, chacun attendant son tour en chiffonnant nerveusement le ticket sur lequel est inscrit son numéro. Le parallèle avec la boucherie ne s’arrête pas là. Nos élèves sont traités comme du bétail qu’on parque avant de le mener à l’abattoir. Aucune considération pour ces pauvres enfants. De la marchandise qu’on stocke dans un entrepôt, rien de plus.

 

Bon, d’accord, nous aussi, on pourrit nos élèves à longueur de pause méridionale dans la salle des maîtres. Mais nous c’est pas pareil ! On les aime bien nos élèves. Eux ne les connaissent pas encore.

 

Les tableaux des classes peinent à se remplir. Il y a toujours un couac que soulève un prof de collège. Ils voient tous, ils sont trop forts. Alors on recommence et on réfléchit à des solutions. Rapidement. Pour en finir.

 

Les profs du secondaire, eux, parlent lentement. Ils pèsent le moindre mot et réfléchissent trois heures pour sortir une simple phrase sans complément. Et souvent, ils digressent. Ils partent dans des conversations qui n’ont rien à voir avec le sujet de la soirée.

 

Bruit de caisse enregistreuse

 

Enfin, quand, au bout de près de deux heures, tous les élèves sont casés dans un des sept tableaux et que Monsieur Lecoq s’apprête à cliquer sur la petite disquette au-dessus de son document Exel, un professeur d’histoire intervient calmement.

 

Le prof : Zut alors ! On a oublié de prendre en compte les options facultatives !

 

Je crois discerner  un petit sourire sur ses lèvres quand il fait sa remarque pertinente de prof du secondaire. Mais ce n’est pas possible. Il ne peut pas être si content que ça. Il vient de ruiner deux heures de travail et du même coup, de relancer la réunion pour au moins une heure ce plus.

 

Bruit de caisse enregistreuse

 

Une heure plus tard, il est presque vingt heures. J’arrive en catastrophe dans les locaux de la crèche et je trouve mon fils en train de jouer avec Monsieur Patate qui ressemble vaguement à Monsieur Lecoq à la fin de la réunion : la cravate dans la poche, la fente d’aisance sur une chaise et le satin noir tout froissé. L’assistante maternelle me regarde avec un air de reproche en tapotant sa montre.

 

Je comprends alors ce qui me hantait depuis le début de la réunion. Ce bruit de caisse enregistreuse qui résonnait dans ma tête, c’étaient les heures supplémentaires que j’allais devoir payer à la CAF pour avoir laissé mon enfant plus longtemps à la crèche.

 

Puis soudain, l’illumination. Le sigle CAF est  le déclencheur. Un  autre sigle apparait dans mon esprit en lettres lumineuses. ISOE. Puis des flashs de la réunion : le sourire du prof d’histoire, la lenteur du débit de ses collègues, leur air narquois.

 

Indemnité de Suivi et d’Orientation des Elèves. Un privilège de profs du secondaire.

Une indemnité qui, manifestement, donne le sourire à ceux qui la perçoivent. Ce qui permet de vivre de nombreuses et longues réunions dans une ambiance agréable, bercé par le doux bruit d’une caisse enregistreuse qui engrange des indemnités.

 

 

http://us.123rf.com/400wm/400/400/aleksandrn/aleksandrn1205/aleksandrn120500020/13715573-musee-d-39-une-caisse-enregistreuse-sur-un-fond-blanc-isole.jpg

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