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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 05:30

Il est 14h dans ma classe. La digestion fait des ravages sur la participation et l’implication de mes CP lors ma séance de vocabulaire. Cela dit, je ne leur en veux pas trop, leur motivation étant proportionnelle au temps de préparation de ma séance.

En effet, la veille, à la va vite sur mon cahier journal j’avais griffonné : Vocabulaire : le lexique des contes, BS. Ce qui voulait traduire cette intense et profonde réflexion pédagogique: Merde demain, vocabulaire, pfff. Fais voir la programmation. Le conte…mouais. Ok !  Brain Storming sur les personnages de contes pour la première séance. Et je ferai la fiche lexique en fonction de ce qu’ils m’auront trouvé. Ou plutôt, je trouve une fiche toute faite sur internet et je validerai les mots du Brain Storming seulement s’ils sont sur la fiche.

Je suis en train d’écrire « la fée » à la craie blanche sur mon tableau lorsqu’Amine (la seule personne réveillée de la classe) remarque justement : « On n’a trouvé que des gentils ».

Je regarde les trois mots inscrits au tableau : fée, princesse, prince charmant.

- Ah oui tu as raison. Tiens, on va faire deux colonnes et classer les personnages.

Plutôt fier de cette improvisation, j’espère réveiller les quelques endormis qui trouvaient la tâche un peu trop basique pour leur brain.

Du coup ça les pousse à trouver quelques  méchants que je note hâtivement dans la colonne de droite.

- Le loup !

- Le géant.

- L’ogre.

- Ben, l’ogre il peut être gentil aussi.

Innocemment, Aline vient d’ouvrir une brèche.

- Et le loup aussi, il y en a des gentils.

- Et les sorcières dans Harry Potter, elles sont gentilles des fois.

- Et les princesses, des fois, c’est des vraies peaux de vache.

Merci Aline. Moi qui croyais avoir affaire à des CP léthargiques, voilà une vraie révolution.

J’essaie alors maladroitement de leur expliquer que le caractère manichéen d’un conte et son univers formé d’oppositions simples permettent une lisibilité et une accessibilité pour  tous et qu’à leur âge, normalement, on se restreint à la notion gentil/méchant pour  la compréhension des contes et que si ils pensent qu’il existe des ogres végétariens et des loups amoureux, c’est à cause des auteurs de jeunesse actuels qui détournent allégrement les contes traditionnels à grand coup de décalages en mettant en scène des fées aigries et des géants timides.

Alors que je reprends mon souffle, Enzo demande :

- C’est quoi « manichéen » ?

- C’est les gants pour pas te brûler, lui explique Josie.

Ce qui semble satisfaire tous les élèves et les éclairer enfin sur mon obscure explication.

Amine, qui décidément est mon complice sur cette séance me sauve la mise et relance ma séance en déclarant :

- De toute façon, les ogres ça n’existe pas !

Des clameurs d’évidence partent de toute le classe et valide sa déclaration. J’en profite alors pour agrémenter ma séance :

- Tiens, on n’a qu’à mettre un petit astérisque sur tous les personnages qui n’existent pas.

Et de les énumérer au fur à mesure de la liste :

- Et les loups ?

- Oui, il en existe des loups.

- Et les princesses ?

- Oui, ça existe.

- Et les fées ?

- Non, ça n’existe pas.

Je ne m’en rends pas compte mais à chaque proposition de personnage, les élèves se regardent les uns et les autres et ils me scrutent pour voir ma réaction à chacune de leur réponse. Du bout des lèvres, ils répondent qu’untel existe ou n’existe pas. Mais c’est sans conviction. Cette évidence feinte que les fées et les sorcières n’existent pas, ce n’est qu’une façade pour ne pas perdre la face devant l’adulte qui dézingue leurs croyances à grands coups d’astérisques. Et moi, sans m’en rendre compte, je raye de leur petite tête des personnages qu’ils pensaient un jour rencontrer ou même devenir.

Et puis, j’entends Rémi qui prend la parole pour la première fois depuis 128 jours d’école (Oui, on fait « Chaque jour compte »).

- Et le Père-Noel ?

Silence !

Déjà, la stupeur de toute la classe d’entendre la voix de Rémi mais surtout l’attente de la réponse. Et 24 paires d’yeux qui me regardent écrire « Père-Noël » au tableau dans la colonne des gentils en se disant : « Allez Maître, Rémi, il ouvre pas la bouche pour dire n’importe quoi. Il réfléchit vachement. Cent vingt-huit jours qu’il attend le bon moment pour poser sa question, il faut pas le décevoir. Les fées, les ogres, on s’en balance, c’est pour le folklore. Le Père-Noël, ça c’est du sérieux. Allez ! Réponds !»

Me voilà piègé ! Vais-je être le premier adulte à leur balancer la vérité nue sur le Père-Noël à l’aide d’une petite étoile dessinée ou pas au tableau. 

J’entends déjà les reproches des collègues dans la salle des maîtres : « Quoi !? Gros barbare ! Tu as sacrifié leur innocence sur l’autel de la vérité. Tu as gâché leur enfance au nom du savoir ! Quel traumatisme !»

N’est-ce pas ce que l’on fait quotidiennement ?  Leur enseigner la vérité, le savoir.

Est-ce qu’au prix de l’innocence, j’arrêterai de corriger Nadiya lorsqu’elle dira « Je m’ai trompé(e) », de peur qu’elle soit traumatisée d’apprendre qu’au passé composé les verbes transitifs se conjuguent avec l’auxiliaire être ?

Cela dit, en y réfléchissant, je risque de gagner du temps dans mes corrections. D’ailleurs je ne corrigerai plus rien. Je lirai benoîtement leurs copies en m’attendrissant à chaque erreur : « Oh quel innocent ! Il croit que 8 c’est le double de 5 ! C’est mignoooon ! ».

Cette perspective me réjouit. Vive l’innocence ! Vive leur enfance ! Au diable la vérité, l’auxiliaire être et les corrections !

Alors d’un coup de paume de la main lapidaire, j’efface le Père-Noel du tableau (pour ne pas non plus perturber ceux qui n’y croit déjà plus).

Et c’est encore Amine qui vient à mon secours :

« Ah ben oui ! Le Père-Noel, c’est pas un personnage de conte ! Il est même pas dans Shrek ! »

La belle innocence
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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 12:15

Il y a quelques jours je me suis rendu au bureau de Poste de ma ville pour y poster une lettre. Je suis entré un peu fébrile avec ma missive à la main car, étant malade dans les virages, j’ai toujours peur d’avoir des nausées dans les queues en serpentin.

Fort heureusement, cela ne m’est encore jamais arrivé de vomir dans la file d’attente d’un bureau de Poste. C’est, je crois, dû à la lenteur excessive de progression. L’oreille interne ne perçoit même pas les changements de direction.

Toujours est-il que ce jour-là, la file d’attente vide et rectiligne m’amène directement devant une guichetière inoccupée à qui je tends ma lettre et un sourire en lui demandant poliment un affranchissement économique. Sur quoi, elle me répond tout aussi poliment :

- Il y a une machine juste là.

- Euh oui, mais je n’ai pas de monnaie.

- Elle prend la carte.

- Non mais je veux dire que j’ai un billet et je ne crois pas que…

- Si si… vous passez déjà à la machine qui fait la monnaie avec votre billet et ensuite à la machine à affranchir.

- Bon ben au revoir.

- Au revoir bonne journée.

- Merci ! Vous aussi.

J’ai failli ajouter :

- Et qu’on ne vienne pas nous emmerder dans cinq ans avec une opération escargot des guichetiers de la poste qui ont peur pour leurs emplois et qui se plaignent d’être remplacés par des machines

Mais je n’ai pas eu le cran et je me suis dirigé vers la machine à faire de la monnaie puis vers celle à affranchir.

Le soir même, j’avais dans ma boîte mail professionnelle un rappel sur le planning des formations pédagogiques et sur M@gistère, le copain de l’inspection qui nous forme à distance.

Au lieu de se retrouver un soir après l’école avec une bande de collègues de la circonscription, on reste chacun chez soi derrière nos ordinateurs à faire semblant de faire défiler le menu de la formation et à faire semblant d’ouvrir les liens et les vidéos, au cas un robot espion de l’Inspectrice contrôlerait la durée de connexion et l’activité de chacun de nous sur le site. Ensuite, on répond à un quizz en s’aidant largement de Google, un peu comme les auditeurs des Grosses Têtes de Ruquier, mais sans la pression de Florian Gazan qui répond trop vite.

Puis, on nous invite à mettre en œuvre en classe une séance ou une séquence en rapport avec le thème choisi cette année.

Enfin, nous sommes convoqués à une ultime réunion avec quelques collègues du même cycle pour confronter nos expériences et nos mises en œuvre récentes. Cette dernière partie est dite « en présentiel ». Quel joli mot ! Un néologisme apparu sans doute en même temps que son contraire : « formation à distance ».

Cette année, ils ont poussé le bouchon un peu plus loin et les mises en commun vont s’effectuer en classes virtuelles. Pour notre école, il s’agit de communiquer avec une école située à moins d’un kilomètre de chez nous, par ordinateur. Un Skype, mais en un peu moins fun. Certes, un kilomètre, c’est bien plus long que la distance séparant la guichetière de la machine à affranchir mais le principe est le même : éviter tout contact humain.

Il ne me tarde pas que cette mode du « à distance » apparaisse dans nos classes, qui d’ailleurs ne serviront plus à rien.

Les premières années, nous les enseignants, nous seront encore utiles. Quand un élève viendra devant notre bureau avec ses questions, nous jouerons le rôle de la guichetière inoccupée.

- Maître je voulais savoir si…

- Il y a une machine juste là.

- Oui, mais…

- Tu n’as pas de monnaie ? T’inquiète, c’est encore gratuit l’école.

- Bon ben au revoir.

- Et n’oublie pas de passer par la machine à corriger avant de sortir.

Puis, les élèves prendront le pli de se diriger eux-mêmes vers la machine sans passer par la case bureau. Alors le gouvernement aura raison de supprimer tous les postes d’enseignants inutiles et ce n’est pas une vulgaire opération escargot qui sauvera nos emplois.

Les plus doués en informatique bénéficieront d’une formation et ils garderont un pied dans la maison Education Nationale en devenant programmateur de machine à enseigner. Ils se sentiront encore utiles mais regretteront tristement les méthodes d’enseignement à l’ancienne.

Devant leurs ordinateurs, ils regretteront l’agitation quotidienne d’une classe vivante. Ils regretteront le sourire de Zoé qui a enfin compris comment comparer les nombres décimaux. Ils regretteront de ne pas pouvoir inventer une machine qui tiendra la main de Walid pour la guider au mieux dans la réalisation de la boucle finale de son f. Ils regretteront les échanges, les pleurs, les rires, les dessins, les cris, les chuchotements, les bruits, les silences, les fermetures Eclairs à remonter, les lacets à dénouer…

Bref ils regretteront tout ce que la distance leur aura volé.

A distance
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9 février 2016 2 09 /02 /février /2016 12:40

Depuis ma rentrée en CP en septembre dernier, j'ai observé un drôle de phénomène. Le matériel scolaire, pour mes petits élèves, ne sert pas qu'à travailler. La plupart d'entre eux ont trouvé une fonction supplémentaire aux crayons, taille-crayons, ciseaux, gomme, colles et autres stylos. Ils les mangent !

Non, mais vraiment ! Littéralement ! Manger.

Voici une chanson qui peut-être inspirera TF1 ou M6 qui nous proposeront bientôt une émission culinaire dans laquelle des élèves de CP concourront pour régaler le jury de plats cuisinés à partir de matériel scolaire.

Bonne écoute !

 

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20 janvier 2016 3 20 /01 /janvier /2016 14:05

Pour des raisons que vous comprendrez, l'article d'aujourd'hui est en PDF.

Je vous conseille de mettre le mode plein écran sur le document.

Bonne lecture !

 

 

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13 janvier 2016 3 13 /01 /janvier /2016 11:36

1. Arrêter de jouer à Candy Crush pendant les évaluations.

Pour plusieurs raisons. Déjà parce que ce jeu est interminable. Il compte actuellement 1430 niveaux et 15 nouveaux niveaux apparaissent chaque semaine. Un peu comme le nombre de disciplines à enseigner à l’école qui se multiplient à l’infini au fur et à mesure du temps et qui rend les programmes scolaires de plus en plus interminables.

Et puis aussi parce que quand on a les yeux fixés sur notre smartphone, les copies des élèves ont une légère tendance à s’uniformiser.

2. Ne plus stigmatiser une partie de la population scolaire.

Une étude récente a montré que les enseignants hommes âgés de 25 à 60 ans avaient une fâcheuse tendance à stigmatiser une certaine partie de leurs élèves. Il s’agit d’un harcèlement proche de l’acharnement qui se traduit par un nombre de convocations injustifiées excessif des mamans des élèves stigmatisés. Rien à voir avec leur origine, leur religion ou leur couleur de peau. Ni même avec leur attitude ou leur travail scolaire, même si c’est le prétexte avancé par les dits enseignants pour convoquer les parents. Non, l’étude montre que le nombre de convocations augmente proportionnellement au tour de la poitrine de la maman et inversement proportionnellement à son tour de taille.

3. Ne plus stigmatiser une partie des disciplines scolaires.

« Maître, c’est écrit quoi, là ? ». Inès pointe du doigt un mot de l’emploi du temps affiché dans la classe. Devant notre hésitation, elle insiste : « Les autres mots, je les ai tous lus ! Français, mathématiques, calcul, découverte du monde…tout ça, c’est écrit dans nos cahiers, je les ai reconnus. Mais ce mot-là, je n’arrive pas à la lire… A aane anegelaïsse ! »

- Ben justement ! C’est une matière surprise qu’on ne fera que quand vous saurez lire le mot…héhé ! Voilà ! Et tu ne t’en rends pas compte, mais chaque jour on en fait un peu de cette matière.

- Ah bon ?

- Yes ! Allez, go ! Retourne à ta place.»

4. Anticiper sa préparation de classe.

Fatigué d’être à l’arrache ! Stressé de la pression qu’exerce sur vous votre propre manque d’organisation. Blasé d’attendre votre tour à la photocopieuse en trépignant d’impatience, scrutant sans cesse les aiguilles de l’horloge qui vous rapprochent, à chaque tic tac, de la fin de la récréation alors que votre collègue prend son temps et vous annonce enfin, grand prince et un peu donneur de leçon, « Vas-y, je te laisse la place… MOI, c’est pas urgent, MOI. C’est pour la rentrée 2017 ! ». Prenez-vous en main ! Achetez un agenda et mettez-vous au boulot !

5. Lâcher prise.

Fatigué de tout prévoir ! Stressé, la veille des vacances, à l’idée de reprendre le boulot dans déjà 2 mois. Blasé de toujours arriver le premier à la photocopieuse et de vous faire bousculer par votre collègue pressé qui regarde par-dessus votre épaule avec son haleine de poney et qui constate amèrement, « Vas-y ! Laisse-moi la place, fais pas le crevard ! Je vois bien que c’est des trucs pour dans 6 mois ! ». Lâchez prise ! Invitez les aléas, l’improvisation et la poésie dans le déroulement de vos séances.

6. Se mettre aux pédagogies innovantes.

Allez, dès la rentrée de janvier, on s’y met. La pédagogie inversée, la construction de scénarios pédagogiques, la pédagogie explicite, l’apprentissage hybride, fortuit ou incarné. La totale, quoi. On brûle le BLED éditions 1963 et on fabrique nous-mêmes nos outils à partir de toutes ces démarches innovantes. Et tient, pendant qu’on y est, soyons fous… inscrivons-nous au Café Pédagogique.

7. Se désinscrire du Café Pédagogique

Le café y est trop froid, la bière y est trop chaude, les toilettes sont trop propres et la serveuse, loin d’être sexy, ressemble trop à Maria Montessori.

8. Ranger sa classe.

Rassurez-vous, ce n’est pas une bonne résolution annuelle. Sinon, le rangement risque d’être long et parsemé de quelques surprises :

« Oh Stevie ! Qu’est-ce que tu fais là ? C’est gentil d’être passé me dire bonjour ? Tu dois être en quatrième maintenant, c’est ça ? »

- Euh non, en fait j’étais juste là, dans votre classe. Vous m’aviez puni il y a 6 ans. Et après je me suis retrouvé coincé entre une pile de cahiers non corrigés, une station météo en polystyrène, un rétroprojecteur rouillé et la balance de Robert Hue !

- Roberval, Stevie ! Allez, file au collège, tant pis pour le palier 2.

C'est une bonne résolution quotidienne. Mais comme elle me prend encore trop de temps chaque soir, je me promets de ranger au fur et à mesure le lendemain. Peine perdue.

9. Encourager, féliciter chaque jour.

C’est prouvé et logique, le compliment agit comme un booster sur la confiance en soi, et la confiance en soi sur les performances scolaires. Alors, même Amine le chouineur a le droit à son compliment dans la journée : « C’est bien Amine, tu n’as pleuré que 7 fois aujourd’hui. Je suis fier de toi ! ». Même pour Louane la boxeuse, on peut trouver quelque chose à dire « Bravo Louane, tu as pensé à dire à Calvin d’enlever ses lunettes avant de lui exploser le nez. La MAE te remercie. »

Ces compliments, on peut même les recycler. Alors à notre collègue dépressive, on pourra dire « C’est bien Amine Josiane, tu n’as pleuré que 7 fois devant tes élèves aujourd’hui. Je suis fier de toi ! ».

10. Décider encore et encore d’autres bonnes résolutions.

Ne nous limitons pas à la nouvelle année. Dans notre métier, nous avons la chance de redémarrer une année en septembre. C’est pour nous une autre occasion de prendre des bonnes résolutions. Et puis il y a toutes les petites rentrées après chaque période de petites vacances. Et les débuts de semaine aussi, pour repartir sur de bonnes bases le lundi matin.

Alors pour progresser encore et encore, jalonnons chaque nouvel instant de bonnes intentions et de désir de mieux faire.

Bonne année ! Bonne rentrée ! Bonne semaine ! Bonne journée !

Et dans cette myriade de bonnes résolutions, peut-être en tiendrons-nous au moins une.

Le top 10 des bonnes résolutions quand on est prof !
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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 14:11

« Mais vous avez quel âge, bordel ?

- Six ans, maître !»

Ah oui ! En effet, c’est pas vieux. Ça excuse peut-être votre immaturité.

Que je déteste faire ce genre de remarque : « Arrête de faire le bébé !», « C’est bon, on n’est plus en maternelle !» ou « Faudrait grandir un peu ! »…

Pourtant je me prends parfois en flagrant délit de maturité faisant méchamment remarquer à un enfant que c’est… un enfant. Et je le regrette aussitôt, prenant conscience du non-sens de mes propos.

« Bon les enfants, ça suffit ! Arrêtez de faire les enfants ! »

D’après Wikipédia, la maturité est l'étape dans laquelle se trouve un organisme qui a atteint son plein développement. Quand je vois la taille de mes CP, il semble évident qu’ils n’ont pas encore atteint leur plein développement.

Et moi-même, malgré mon plafonnement à 181 cm, ai-je vraiment atteint ce plein développement ? Dans le même article de Wikipédia, on parle de la maturité intellectuelle qui est plus difficile à évaluer, prenant comme exemple Einstein qui a mis au point la théorie de la relativité à l'âge de 37 ans, Mozart qui a composé le Requiem en ré mineur à 35 ans et Beethoven avec sa 9e Symphonie qu'il a composée à 54 ans.

Bon j’ai loupé le Requiem en ré mineur l’année dernière, mais si je me mets au boulot j’aurai peut-être pondu une théorie de la relativité pour mes 37 bougies, l’an prochain !

Et là je pourrai me vanter d’être mature. Enfin !

Parce que pour l’instant, à 36 ans, je patauge encore entre une enfance lointaine (mais pas trop), une adolescence pas encore totalement avortée et un monde adulte dans lequel je me sens souvent comme un môme. L’adulescent de la chanson d’Aldebert, c’est aussi moi.

Même mes CP peuvent en témoigner. Par exemple quand Directeur débarque dans ma classe en arborant un sac de piscine oublié depuis avant les vacances dans le couloir :

"C’est plus du moisi dedans, c’est carrément une croûte forestière !"

Je regarde mes ouailles d’un air faussement courroucé espérant bien qu’aucun d’entre eux ne reconnaîtra mon sac.

Ou quand je recherche régulièrement mon bonnet, mon écharpe ou une chaussette égarée dans la pile de vêtements perdus sur la table dans le hall de l’école. J’ai la hantise qu’un jour ma mère me traîne par l’oreille jusqu’à cette table et me colle le nez sur le tas d’habits en criant :

« Alors, il est où ton bonnet ? Hein ? Il est où ? Ca fait le 4ème cette année. Avec ton père, on en a marre ! ».

Ou lors des anniversaires, quand je me coupe un part de quatre-quarts plus grosse que les autres.

Ou lorsque j’écris des appréciations pas très personnalisées avec trois stylos attachés sur trois bulletins différents pour gagner du temps.

Ou quand je tire la chasse d’eau du bout du doigt avec déjà un pied en dehors des toilettes prêt à déguerpir comme un voleur parce que le bruit me fait peur.

Pour toutes ces choses, je me dis que mon organisme a encore quelques étapes à franchir avant la maturité. Et tant pis si je ne compose jamais un requiem, une symphonie ou une théorie. Une grosse part de quatre-quarts, c’est quand même plus sympa.

Et tous ces enfants à qui, dans un accès d’énervement, je demande de grandir, j’espère qu’ils ne le prennent pas au pied de la lettre.

Mais de ce côté-là, je ne me fais pas de souci ! Mes élèves prennent rarement au pied de la lettre ce que je leur dit quand je suis énervé. Pour preuve, quand je leur braille de se taire, ils me regardent étonnés pendant cinq secondes et reprennent leur conversation pas très perturbés par cette interruption.

Alors, plus tard, avec beaucoup de recul, je me dis qu’ils ont raison de ne pas se laisser faire par un type qui leur crie dessus.

Et que personne ne peut leur donner l’ordre de grandir.

Et que personne ne peut leur donner l’ordre de se taire.

Parce que par les temps qui courent, il est important de s’exprimer.

Des vrais gamins
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11 novembre 2015 3 11 /11 /novembre /2015 11:21

Depuis quelques années, notre école participe à « La mallette des parents ». Cette opération contribue à améliorer le dialogue entre les parents d’élèves et l’Ecole. Chaque enseignant ouvre sa classe pendant une semaine aux parents désireux d’infiltrer l’univers opaque de la classe de leur enfant.

Dans notre école, tous les collègues sont volontaires. Certains le sont spontanément et les autres passent quelques minutes dans le bureau de Directeur avant de le devenir.

C’est un peu pareil pour les parents. Le planning des visites peine toujours à se remplir. Il suffit que Directeur empoigne le téléphone pour que tous les parents se trouvent miraculeusement un moment de libre, un RTT pas encore posé ou un rendez-vous annulé qui leur permet de venir dans nos classes.

Directeur a loupé sa vocation. Je ne dis pas qu’il ne tient pas la route en tant que directeur (il lit le blog), je dis que s’il était commercial sur une plate-forme téléphonique avec une oreillette et un micro vissés autour de la tête toute la journée, il gagnerait chaque mois le voyage aux Seychelles, la tablette tactile, la yaourtière ou l’étui à lunettes que mettrait en jeu son manager pour le motiver.

Du coup, chacun de nous passe une semaine sous haute-tension avec deux ou trois parents au fond de sa classe en permanence.

- Ben quoi ? Vous avez quelque chose à cacher ? nous demande Directeur lorsqu’on hésite.

- Ben non ! Mais…euh…

Ben si, on a tout un tas de choses à cacher.

Madame Lafeuille, ce sont ces gâteaux et confiseries qu’elle engloutit à longueur de journée devant ses élèves qui salivent d’envie.

Monsieur Jeanti, c’est ce don qu’il a de s’endormir dans n’importe quelle position. Même celle où il est assis à écouter des élèves réciter leur poésie.

Madame Lécureuil, c’est cet onglet qui clignote en permanence sur son TBI pour lui annoncer que GrossesBalochesDu52 lui a envoyé un message sur Meetic.fr.

Et moi, c’est ma maladresse qui me fait prendre les pieds dans tous les cartables du monde, mon manque d’autorité qui transforme une bande de gentils élèves dociles en une meute de fous furieux hystériques et mon manque d’organisation chronique qui me fait perdre un temps fou.

- Maître tu cherches quelque chose ?

- Euh…non..enfin oui…peut-être !

- Ton stylo rouge ?

- OUI ! Enfin…oui peut-être. Il est où ?

- Sur ton oreille.

J’ai alors essayé de contrer les arguments de Directeur dans une vaine tentative.

- Pis t’en connais beaucoup toi, des professions qui ouvrent leur porte pour te laisser voir ce qu’ils font avec ton gamin ?

- Ben oui ! Dentiste, pédiatre, coiffeur, kiné, perceur d’oreille, clown…

Voilà comment, pendant une semaine, les parents de mes élèves venus voir un professeur en action se retrouvent nez à nez avec un garçon de café (image très juste, empruntée à Philippe Meirieu dans cet entretien que vous avez sans doute déjà croisé sur Facebook).).

Même si au début de la séance, tous les enfants sont sur la même ligne de départ, très vite ils se retrouvent tous dispersés aux quatre coins de la piste. Alors, commencent à résonner dans la classe des « Maître ! Maître ! » pressants qui se transforment vite à mes oreilles en « Garçon ! » « S’il vous plaît ! » « Hep, barman ! » , voire en « TAVERNIER !! » lorsque Loubna, 6 ans et demi, m’appelle de sa voix rauque de fumeuse.

Une lecture de consigne pour la 12 !

Un crayon de papier perdu pour la 8 !

Une gestion de conflit pour la 16 !

Une envie pressante pour la 2 !

Une explication pour la 7 !

L’addition pour la 15 !

Alors moi, un plateau à la main, je cours dans tous les sens, je shoote dans les cartables, je trébuche sur l’estrade, je renverse quelques trousses et tout cela sous l’œil attentif des parents éberlués.

Ensuite, le tablier déchiqueté et les semelles de chaussures fumantes, je me présente devant les parents et leur demande docilement : « Alors, qu’en avez-vous pensé ? ».

Bien-sûr, à moins d’avoir le fils de l’Inspectrice dans sa classe, il ne faut pas s’attendre à une réponse du genre : « Je vous ai trouvé très dispersé et plutôt flou dans vos objectifs de séance. Vous n’avez pas fait reformuler la consigne par les élèves. Et vous avez laissé s’installer un climat sonore très défavorable à la concentration et aux apprentissages. »

D’ailleurs, toute pertinente soit cette réponse, on ne l’accepterait pas d’un parent d’élève et on le remettrait illico à sa place d’un « Mais vous êtes qui vous pour me juger ? ».

Alors tous les parents répondent tout aussi docilement : « Euh..oui, c’était bien ! ».

Puis l’un d’eux ouvre une brèche : « En tout cas, vous avez bien du courage ! ». Et tous d’opiner intensément du chef « Oh oui oui ! Vous avez bien du courage ! »

Du courage ! C’est bien, ça ! C’est valorisant !

Du courage. Comme les héros maritimes qui s’engagent en solitaire sur une course autour du monde.

Du courage. Comme ces hommes qui sautent sur un autre armé d’une kalachnikov dans un Thalys.

Du courage. Comme cette jeune Pakistanaise prix Nobel de la Paix.

Non ! Dans leur bouche, le mot courage sonne autrement. Je perçois plus de pitié que d’admiration.

Mais qu’importe, je ne fais pas ce métier pour les honneurs ou pour la considération !

Je ne fais plus ce métier pour ça.

Philippe Meirieu a omis de le mentionner dans son entretien, mais à chaque fin de service, le garçon de café compte les nombreux pourboires qui viennent grassement enrichir son salaire fixe. Et c’est aussi pour ça que j’aime ce métier : les pourboires. Les sourires, les dessins, les progrès, les invitations aux anniversaires, les petits cadeaux que mes élèves laissent dans la tip-box posée sur mon bureau.

Et c’est ça qui me donne du courage.

École ouverte
École ouverte

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4 novembre 2015 3 04 /11 /novembre /2015 13:17

Dans mon jeune âge, j’ai toujours perçu la fonction d’enseignant avec un œil admiratif et impressionnable. Bercé par les aventures de Victor Novak et de Panoramix et par de nombreuses images d’Épinal, j’avais grande opinion du métier de professeur. De ces hommes et ces femmes (surtout ces hommes, d’ailleurs, à cette époque) qui possédaient le savoir. Et mieux que le posséder, qui le transmettaient.

Et ce pouvoir qu’ils avaient face aux ignorants. Cette supériorité naturelle qui les élevait au rang de grand sage dans n’importe quel village.

Et puis un jour, toutes ces croyances, toutes ces images que mon esprit avait façonnées (à l’aide d’Antenne 2, Goscinny et Uderzo), tout a volé en éclat. C’est le jour où j’ai eu mon concours.

Après 30 minutes de connexion à 5,90 F la minute, le minitel a enfin affiché mon nom dans la liste de tous les admis au concours. Et le mythe est tombé.

- Ben merde alors, je suis prof !

Moi ! Mais comment ferais-je pour régler tous les problèmes des gens du village. Et la potion magique, je ne sais même pas la préparer. Et quel savoir je vais transmettre ? Il doit y avoir une erreur.

Non ! Pas d’erreur ! Où alors il y avait 350 erreurs rien que dans mon département. Parce que, sur tous les admis que je connaissais, aucun, pour moi, n’avait la carrure d’être professeur. Pour la plupart d’entre nous, nous étions tous des imposteurs. Des espèces de Christophe Rocancourt de L’Éducation National. Des escrocs qui nous faisions passer pour des professeurs.

A la sortie de l’IUFM, les seules compétences qui m’ont permis d’avoir le concours étaient :

  • Faire la synthèse de 4 textes
  • Faire quelques exercices de maths de niveau collège
  • Connaître quelques mots compliqués comme œsophage, pédagogie différenciée et tchoukball
  • Connaître par cœur d’obscures citations de Piaget, Freinet ou Meyrieu
  • Savoir enchaîner 3 accords à la guitare
  • Traverser une piscine sur le dos et le ventre
  • Et dire au jury d’anglais que My name is Jean et que I live in Besançon.

Voilà quel était le mince bagage qui me permettait d’accéder à une des plus hautes fonctions de l’Etat : professeur.

Autant dire que n’importe quel quidam recruté sur LeBonCoin.fr ferait l’affaire. Les parents peuvent se rassurer et cesser de bloquer les écoles à grand coup de sponsoring Michelin ou Dunlop dès que l’inspection annonce l’arrivée d’un nouveau professeur contractuel. Que l’on soit issu de l’IUFM, du Bon Coin, de Saint-Cyr, de la cuisse de Jupiter ou même de E-Bay, on est tous égaux quand on débute. Et ce n’est pas non plus le temps qu’on a mis à traverser la piscine sur le dos qui fera la différence dans une classe.

Ce qui fait d’un enseignant un bon enseignant, c’est une bonne dose de conviction et une grande quantité de motivation. C’est quelques collègues sur son parcours qui lui montrent l’exemple. C’est une incessante remise en cause.

Mais c’est aussi et surtout l’expérience.

Au début, on n’a que nos convictions et notre motivation pour faire du mieux possible. Alors on feint l’assurance pour rassurer les parents. On s’invente une expérience, on se vieillit.

Les apparences

Tel Edward Norton qui faisait pousser un oranger en une minute dans l’Illusionniste, moi je me suis fait pousser la barbe (en trois ans) pour ressembler d’avantage à ce type en noir et blanc et en blouse qu’on voit en haut à gauche sur les anciennes photos de classe et qui veille d’un œil sévère sur son troupeau de cinquante brebis en culottes courtes.

Je mettais des habits désuets qui n’existent plus que dans la petite maison dans la prairie comme des vestons, des boléros, des chandails, des cravates, des pantalons de velours côtelés.

Puis avec l’expérience et la notoriété, on peut desserrer la cravate et déboutonner le haut de son veston. Plus besoin de créer l’illusion, notre réputation nous habille aux yeux des parents.

Le summum de la notoriété c’est d’arriver à l’école en tong et en chemise ouverte, avec des effluves de marijuana dans les dreadlocks et la cravate autour du front sans que cela ne fasse ciller aucun des parents qui vous remettent leurs bambins en toute sérénité.

Mais cette notoriété est fragile. Un changement d’école ou de niveau et tout est à refaire.

Avec la rentrée et mon passage en CP, mon expérience en a pris un sacré coup dans l’aile et mon assurance aussi, du même coup. Aux yeux des parents, je n’ai plus la recette de la potion magique. Et que dire de ma notoriété durement acquise après sept ans dans cette école ?

- Ok, en cycle 3, il était capable d’approfondir le travail effectué par les collègues des classes précédentes. Il cochait quelques cases sur l’attestation du palier 2 et il faisait passer toute la marmaille au collège sans se soucier de ce qu’elle advenait, bien soulagé de ne pas avoir de retour. Mais, en CP, saura-t-il leur transmettre les fondamentaux tout en gérant la pression des collègues des classes suivantes qui l’attendent au tournant à la moindre lacune du moindre élève ?

Tout est à refaire. Alors depuis la rentrée, un changement physique s’est opéré discrètement sur ma personne. Ma barbe repousse à nouveau, j’ai coupé mes dreadlocks, je prends systématiquement un chewing-gum après avoir fumé un pétard pendant la récréation et mes velours côtelés ont remplacé mes jeans troués au premier plan de mon dressing.

Je mise à nouveau tout sur les apparences avant d’acquérir l’expérience nécessaire qui rassurera les parents. Et moi-même.

N'oubliez pas de vous procurez l'indispensable A l'école des mômes.

Les apparences

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30 septembre 2015 3 30 /09 /septembre /2015 12:45

Quel enseignant du 21ème siècle n’a jamais utilisé internet et ses ressources infinies pour préparer sa classe ? (A part Directeur qui se plaint encore régulièrement du peu d’efficacité du service Minitel, 36 15 Google).

Des séances, des séquences, des progressions, des programmations, des fiches-outils, des leçons, des exercices, des évaluations, des punitions, des étiquettes, des affichages… tout est sur Internet. Il suffit de taper les bons mots clés, ceux qui ne vous feront pas perdre trop de temps, et c’est dans la poche.

Par exemple : « page cahier journal vendredi 2 octobre » quelques clics, un téléchargement, une impression… et voilà un jeudi soir tranquille pour regarder le match de l’équipe de France de rugby contre le Canada.

Des milliers de documents partagés sur internet par des centaines d’enseignants.

Et parmi ces bonnes âmes généreuses, figure toujours en tête des résultats de Google, un trio de stars du partage. Des créateurs de blogs visités des dizaines de milliers de fois par jour (n’y voyez aucune jalousie) par des enseignants en panne de créativité.

Au cycle 3, ce sont Malaury, Charivari et Cenicienta (Cendrillon en espagnol) qui squattent le haut des pages de Google.

Au cycle 2, ce sont Bout de Gomme, Orphéecole et Lutin Bazar qui apparaissent systématiquement en premier dans les résultats de nos recherches désespérées.

C’est sur ces trois derniers bloggeurs(ses) que je vais m’attarder dans cet article.

J’ai fait leur connaissance au hasard de mes recherches dès la fin du mois d’aout et en peu de temps ce sont devenus mes meilleur(e)s ami(e)s. Je leur ai aménagé une place de choix dans mes favoris entre L’équipe.fr et Deezer. Je vais les voir tous les jours et je passe des soirées entières en leur compagnie.

J’en arrive même à me sentir coupable. L’autre jour, j’ai baissé machinalement l’écran de mon pc portable quand ma femme est arrivée dans la pièce où j’étais en train de travailler. Depuis, elle se doute de quelque chose. Je suis contraint d’utiliser la navigation privée de Firefox (celle qu’on utilise aussi pour les sites porno) pour ne pas laisser de traces sur mon historique. Je les vois en cachette et le désir n’en est que plus intense.

Dès le début, j’ai été séduit par la présentation de leurs documents. De vrais bijoux. Des bonbons même. Des cadres aux bords arrondis, des couleurs pastelles, des polices calibrées au millimètre pour le confort de la lecture, des espaces pour respirer, des petits dessins pour illustrer l’activité et que les plus rapides pourront colorier. Encore mieux qu’un cahier de vacances. Et avec une douceur infinie qui en ressort. Comme des sucreries que les enfants adorent croquer et suçoter en chantonnant une comptine.

Cela change du genre de document que je préparais pour mes CM2. Ces exercices d’une densité extrême aux atours austères et repoussant.

Les déesses du partage

Oui Jordan, si tu as fini le premier, tu pourras colorier le zombie derrière l’exercice.

A force de passer mon temps sur leurs sites, j’ai commencé à éprouver des sentiments inavouables pour ces auteur(e)s. J’ai alors entrepris d’en connaître un peu plus sur eux. Grâce à leur page de présentation.

J’ai appris que Bout de Gomme était deux. Un homme et une femme. Un couple ? Ils n’entrent pas dans les détails. Une maîtresse du cycle 2 et un maître du cycle 3 qui est aussi le dessinateur de leur petit robot, la mascotte du site.

Sur Orphée, j’ai appris que c’est une femme de 26 ans. A condition que sa présentation soit à jour. Rien de plus.

Et sur Lutin Bazar, le mystère demeure. Un homme ou une femme ? Rien dans sa présentation ne le laisse deviner. Aucune inférence, aucun indice. Mais au fond de moi, j’imagine que c’est une femme. Une impression basée sur quelques clichés que j’aurais voulu éviter : le graphisme du site, la délicatesse des documents et cette expression dans sa présentation, « mon petit univers ». Et les statistiques aussi (82% de femmes en primaire).

Alors pour Orphée et Lutin Bazar, voici un poème. J’en exclus Bout de Gomme, car aussi téméraire que je sois, je n’ai pas envie de me faire allonger à la sortie de l’école par un Monsieur Bout de Gomme jaloux et baraqué.

Poème pour Orphée et Lutin Bazar

Ô Orphée, Ô Lutin Bazar, les déesses du partage

Chaque jour sur vos sites je pars en voyage,

Et je m’égare volontiers au fil des pages

Dans ces méandres sucrés où je pose mes bagages.

Vous compétences sur Publisher

Font chavirer le cœur

De milliers d’instituteur !

Vos jolies idées pédagogiques

Ont un effet magique

Sur les maîtres apathiques !

Pour votre générosité sur le net

En cette période de disette !

Vous méritez une statuette.

Je reste longtemps dans ces greniers

Plein de ressources et plein d’idées

Je déambule flemmard au hasard

Du petit univers de Lutin Bazar

Et avant d’aller me coucher

Je me love encore un peu dans les bras d’Orphée.

Les déesses du partage
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16 septembre 2015 3 16 /09 /septembre /2015 12:58

Cela fait maintenant onze que je suis professeur des écoles. Onze ans de cycle 3 dont huit de CM2. Alors ces dernières années, invitée par le traintrain routinier de mon emploi du temps, la lassitude s’est un peu installée dans mon quotidien. J’en étais même arrivé à me réjouir secrètement des changements de programmes qu’on nous annonçait tous les 3 ans.

Et puis, un jour, j’ai décidé de passer complétement à autre chose. De me recycler intégralement. De faire autre chose de ma vie. J’ai décidé de changer de métier. Carrément.

Un virage à 180 degré dans ma carrière. Une toute autre direction dans ma vie professionnelle. Dans ma vie tout court !

Et cet été, enfin, la nouvelle est tombée de justesse, une semaine avant la rentrée : Allô ! Salut c’est Directeur ! Bon, c’est bon…t’as les CP à la rentrée !

Une semaine après, Directeur avait encore une compresse imbibée d’alcool collée sur l’oreille droite, tellement j’avais exprimé mon enthousiasme de manière immodérée au bout du fil.

Le CP ! Enfin !

Fini le tumulte du CM2. Les rédactions en pattes de mouche à corriger jusqu’à point d’heure. Les leçons interminables à écrire au tableau. Les dossiers de passage en sixième à compiler dès le printemps. Les poussées d’hormones incontrôlables à gérer au quotidien. Les cours d’Histoire à inventer pour compenser quelques lacunes.

A moi le CP ! A moi la belle vie ! Les doigts de pied en éventail, penché sur ma chaise de bureau à écouter une petite voix déchiffrer péniblement que la tortue de Gafi est dans la rue. A moi la retraite anticipée. A moi la grosse glande quoi !

Des préparations qui ne se résumeraient qu’à noter la page du fichier de maths et celle du manuel de lecture et à découper trois étiquettes. Les corrections éclairs d’un seul coup d’œil d’un travail effectué en une heure par une petite main maladroite. Et pour les évaluations, un bonhomme qui sourit ou qui boude à la fin du cahier d’écriture, et le tour est joué.

J’allais enfin avoir plus de temps pour moi. Pour ma famille aussi. Mais surtout pour moi. Pour assouvir ma passion grandissante pour l’écriture. J’allais composer à tort et à travers, être plus productif que Levy et Mussot réunis, noyer le marché littéraire de ma plume acérée en publiant trois ou quatre roman chaque année. Bref, être un jour l’invité mystère des Grosses Têtes de Ruquier. Mon but ultime dans la vie.

C’est dans cet état d’esprit que j’ai appelé Madame Lafeuille, ma prédécesseure en CP, pour avoir quand même quelques pistes pour me donner bonne conscience avant la rentrée.

- Première chose à faire : lire les programmes !

Première nouvelle ! Il y a des programmes en CP. Petite déception. Si j’avais su j’aurais tenté la maternelle, au moins là, c’est sûr, il n’y a pas de programme.

Puis, au fil des jours qui ont précédé la rentrée, au fil des gens à qui j’annonçais mon nouveau métier, au fil du seul commentaire qu’ils me faisaient invariablement : C’est génial, tu vas leur apprendre à lire ! Tu te rends compte, j’ai effectivement commencé à me rendre compte.

Mais, ne cédant pas à la panique ni à la pression que cette tâche étourdissante peut occasionner, je me suis rassuré dans la réalisation d’un emploi du temps solide et sans équivoque.

Le grand écart

Grand prince, je le laisse ici à la disposition de tous les débutants avides de réussir et de tous les confirmés qui n’ont pas peur de se remettre en question en choisissant l’innovation.

Mais voilà, cela fait maintenant bientôt trois semaines que j’enseigne dans une classe de CP et je ne touche plus terre depuis la rentrée.

En trois semaines, j’ai perdu 4 kilo, mes yeux rougis sont enfoncés au fond leurs orbites soutenues par d’énormes cernes et je ne m’alimente que de bouillies ou purées en tout genre tellement je suis fatigué de mâcher.

Je dors mal, mon sommeil étant chahuté par de nombreux rêves remplis de fichiers de maths, de lettres en cursive, de tubes de colle et de morve au nez. Je me réveille chaque nuit en hurlant « Non, pas la tortue de Gafi !!! » parce que dans mes rêves, je viens de voir surgir un poids lourd au bout de la rue et que je sais très bien que la-tor-tue-est-dans-la-rue, vue qu'on me l'a déjà dit une centaine de fois cette semaine.

Le CP, ce n’est pas un autre métier, c’est un autre monde. Dans une autre galaxie. Un autre univers même.

Par exemple en CP, il faut préparer une séquence d’une dizaine de séances rien que pour apprendre à utiliser un tube de colle. Avec comme objectifs principaux :

  • Je résiste à la tentation de manger ma colle.
  • Je pense à reboucher ma colle après utilisation pour éviter d’être contraint de la lécher lors de la prochaine utilisation.
  • Je comprends qu’il n’est pas nécessaire de tartiner la moindre parcelle de feuille pour qu’elle soit bien collée.

Pour l’utilisation des ciseaux, je compte organiser une classe découverte. Je crois que cet outil nécessite un apprentissage en immersion. Et une semaine de pratique du découpage pendant une dizaine d’heures par jour ne me paraît pas de trop.

Je commence à regretter mes CM2, leurs rédactions en pattes de mouche et leurs dossiers de sixième. Je regrette surtout leur autonomie et leur compréhension du second degré.

Le seul truc qui me réconforte c’est que je peux quand même assouvir ma passion grandissante pour l’écriture.

Seulement, au lieu de publier trois ou quatre romans par an, je me limite à préparer 25 cahiers en trois heures.

Le grand écart
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