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17 septembre 2011 6 17 /09 /septembre /2011 08:55

 

Directrice : Assieds-toi !

 

Je m'assois face à son bureau. Elle fait de même, de l'autre côté et Monsieur Jeanti qui a soigneusement fermé la porte, reste debout derrière moi.

 

Je me sens piégé. Je commence à comprendre mes élèves quand il se retrouvent dans ma situation. Une chance pour moi, Directrice n'a pas le numéro de ma mère.

 

Directrice : Tu sais jouer de la guitare ?

Moi : Le petit pont de bois.

Directrice : Quoi ?

Moi : Le petit pont de bois. Yves Duteil. Je sais jouer que du Yves Duteil.

Monsieur  Jeanti: La langue de chez nous, aussi ?

Moi : Oui, mais pas en arpèges. Que en accords.

Monsieur Jeanti : Les savants, les poètes et les fous ?

 

Je vois que Monsieur Jeanti est un connaisseur. L'atmosphère se détend. On parle d'Yves, de sa carrière, des derniers potins aussi. Derniers potins remontant tout de même à plus de 16 ans, lorsqu'Yves s'engagea auprès de Chirac dans la course à l’Élysée.

 

Directrice : Ça suffit  !

 

On s'arrête, on la regarde et quand je me retourne vers mon collègue, il a repris son air sérieux.

 

Directrice : On n'est pas là pour faire l’apologie d'un chanteur mort.

 

Monsieur Jeanti s'effondre.

Je le rassure. Non, Yves Duteil n'est pas mort, il est même sur un projet d'album pour l'automne 2012. Je l'ai vu sur son blog.

 

Comme Directrice commence sérieusement à s'échauffer, on clôt le sujet Duteil et j'écoute ce qu'ils ont à me dire.

Ils font un peu d'Histoire. L'Histoire de l'école. De la chorale de l'école, pour être plus précis. De Madame Dujonc qui menait la chorale à la belle époque. De la fête de la musique, et de l'habitude que l'école avait prise de se produire sur le parvis de la mairie chaque année à cette occasion.

 

Moi : Et pourquoi on ne le fait plus ?

Monsieur Jeanti : Quand Madame Dujonc a pris sa retraite, Madame Lafeuille a insisté pour la remplacer.

Moi : Et alors ?

Directrice : Montre lui, Monsieur Jeanti.

 

Version James Bond : Muni d'une télécommande, Monsieur Jeanti fait apparaître un écran plasma qui descend derrière le fauteuil de Directrice. Le plateau du bureau se retourne et un clavier d'ordinateur ultra sophistiqué apparaît. Monsieur Jeanti tape un code. Je vois des petits astérisques apparaître sur l'écran. Puis un film se lance.

 

Version Monsieur Jeanti : Monsieur Jeanti farfouille dans ses poches et en sort son impressionnant trousseau de clés. En marchant dans le couloir jusqu'à la bibliothèque, il trouve la clé de celle-ci. Il ouvre la porte et se dirige vers la télé. Il la débranche, débranche aussi le lecteur DVD, le magnétoscope et la cafetière. Il manœuvre pour sortir le meuble à roulette sur lequel se trouve tout ce petit monde et file dans le couloir en poussant le meuble. La télécommande de la télé tombe à cause des secousses dues aux jointures du carrelage. Monsieur Jeanti la met dans sa poche. Puis c'est celle du lecteur DVD, puis celle du magnétoscope. Les poches pleines, Monsieur Jeanti loue le Seigneur de ne pas avoir créer la cafetière à télécommande. Il arrive dans le bureau de Directrice et je vous épargne la galère pour tout rebrancher, enfiler une cassette VHS dans ce matériel préhistorique, et caler sur la bande l'extrait de film qu'ils veulent me montrer.

Entre temps j'ai fait découvrir à Directrice l'intégral des 13 albums d'Yves Duteil ( je lui épargne les lives).

 

Visiblement amateur, le film se déroule sur l'écran. Le cameraman semble chercher sa cible. Ça bouge beaucoup, ça tourne. C'est désagréable. Un peu comme au début d'Irréversible de Gaspard Noé.

 

Monsieur Jeanti (plutôt fier) : C'est moi qui filme.

 

Je ne lui dis pas que ça me donne le mal de mer.

Soudain le plan se fige sur un groupe d'enfant. Une chorale semble-t-il. Je reconnais la place de la mairie. Et je reconnais le chef de cœur. Madame Lafeuille. Elle semble surexcitée. Ses bras s'agitent, elle esquisse des pas de danse ( si je peux me permettre de parler de danse à propos de ces gesticulations chaotiques), et sa bouche est grande ouverte.

 

Moi : Et alors ?

 

Je réitère ma question. Et alors, quel rapport avec l'abandon de la chorale. Madame Lafeuille a juste l'air d'avoir mangé le diable de Tasmanie de Warner Bros. Mais je ne vois pas le rapport.

 

Directrice : Monsieur Jeanti, monte le son !

 

Il s'exécute. Et on grimace. Un peu comme quand la craie dérape sur la tableau noir. La télé émet un son insupportable.

 

Monsieur Jeanti me voit grimacer. Il semble lire dans mes pensées.

 

Monsieur Jeanti : Non, Tévélis, ce n'est pas un larsen... c'est bien Madame Lafeuille que tu entends.

 

Il baisse le son et continue :

 

Monsieur Jeanti : Ce jour-là, il y a eu des plaintes du voisinages et la police est arrivée. Lorsqu'ils ont vu une chorale d'enfants, ils n'ont pas eu le cœur de les interrompre.

Moi : Une plainte des voisins ??? Mais c'était la fête de la musique, non ?

Directrice : C'est justement l'argument principal des voisins. Dans « fête de la musique », il y a musique.

 

Pour la 3ème fois lors de cet entretien, je demande : « Et alors ? »

 

Directrice : Alors, depuis que tu es arrivé dans cette école, j'ai en tête de refonder la chorale pour à nouveau nous produire sur le parvis de la mairie à la fin du mois de juin.

Monsieur Jeanti : Cependant, depuis que nous avons laissé le créneau libre, d'autres écoles se sont produites et cette année l'inspection a décidé de donner la priorité à l'école qui aura le projet le plus abouti.

 

Directrice (solennellement) : On compte sur toi.

 

« On compte sur toi », pas même un « Qu'est-ce que t'en penses ? »

 

Il me semblait bien que c'était un piège.

Pourtant lorsque je sors du bureau pour me rendre dans la cour où la récréation bat encore son plein, je ne peux m'empêcher de penser à GLEE.

 

Je serais Will Schuester, en moins baraqué et moins bien membré (je parle de l'organe vocal) et je serais à la recherche de la fine fleur vocale de l'école pour créer le Glee Club

 

Je pénètre dans la cour, le torse bombé et le générique de Glee me trottant dans la tête et je regarde la marmaille en me demandant bien où je trouverai une Rachel et un Finn d'accord pour réinterpréter le répertoire de Yves Duteil.

 

 

http://seriesaddict.fr/images/galerie/Glee/promo2x18/Rachel-Finn-et-Will-Glee-2x18.jpg

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Published by Tévélis - dans En classe
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commentaires

BBK.mel 18/09/2011 17:12


Etant gamine, je faisais toujours partie de la chorale de l'école, du collège. Et dès que j'ai été en âge de faire des conneries (autrement dit, très tôt), je me suis ingéniée à pourrir le groove
de la vieille bique qui s'en occupait. Gniarc, gniarc, gniarc...


Je Rêve 17/09/2011 13:39


je "dirige" -hahem- la chorale de l'école parce que les collègues se défilent tous. Je rêve d'obtenir un truc "à la glee", même ressemblant de très loin !, mais... pas moyen. Nos prestations me
semblent honorables -nan mais moi je ne chante pas, je dirige juste !- mais cela reste de la chorale... Je ne sais pas bien comment m'y prendre autrement !
Alors, bon courage à toi, tiens nous au courant !


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