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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 10:00

Le 4 mai 1789, une procession défile dans les rues de Versailles devant une foule venue en masse pour applaudir les participants. D’abord, en habits noirs, les 19 députés du Tiers-Etat défilent la tête haute, fiers d’avoir été choisis par le peuple pour le représenter devant le Roi.

 

Le Roi : Lucas, la tête haute, on a dit. Redresse-toi !

 

Ensuite, les deux députés de la Noblesse font leur entrée sous les huées du public.

 

La Reine : Ooooooh ! Les CM1/CM2, si vous ne voulez pas qu’on retourne en classe, faut vous calmer tout de suite.

 

Le public parisien se calme. Et enfin, après le passage des trois députés du Clergé, arrivent le Roi et la Reine.

 

Des ricanements émanent du peuple et des députés. Des sourires aussi. Des regards éloquents qui en disent long sur leurs pensées.

 

Le Roi : Y’a un problème ? C’est le Roi et la Reine qui vous font marrer ? Je vous rappelle que le couple Royal était respecté et craint. Que personne ne se permettait de ricaner sur leur passage.

 

Sonia, la maîtresse des CM1/CM2 qui a un tempérament plutôt sanguin sort de son personnage de Marie-Antoinette.

 

Sonia : Et si c’est le maître et la maîtresse qui jouent au Roi et à la Reine qui vous font marrer, vous aurez affaire à moi après la reconstitution.

 

Le cortège se rend dans la salle polyvalente. Le Roi fait un discours un peu ennuyant qu’il abrège quand il voit que les députés piquent du nez.

 

Une main se lève.

 

Le Roi : Oui Lucas ?

Lucas : Moi, je veux pas être du Tiers-Etat. On peut changer ?

Le Roi : C’est quoi le problème avec le Tiers-Etat.

Lucas : J’ai pas envie de finir comme sur la gravure du livre avec Amine et Gaëlle sur mon dos sous prétexte qu’ils sont du clergé et de la noblesse.

Le Roi : Fais un effort, c’est l’histoire d’un après-midi. En plus, c’est le tirage au sort qui a choisi.

Lucas : N’empêche que le Roi et la Reine n’ont pas été choisis par tirage au sort.

Le Roi : Ça, c’est une question de crédibilité.

Lucas : Et vous trouvez ça crédible que ce soient Amine, Hamza et Ali les députés du Clergé ?

Le Roi : Je ne sais pas ce que tu insinues. Mais au cas où je l’aurais compris, je t’invite à descendre immédiatement dans le bureau de la Directrice et à copier une dizaine de fois la charte sur la laïcité à l’école.

 

La réunion des Etats Généraux reprend. Le Roi et la Reine demandent aux députés de sortir le travail qu’ils devaient effectuer pour donner matière au débat : les cahiers des doléances.

 

L’un des députés du Tiers-Etat avoue ne pas avoir fait ses devoirs. Devant les gros yeux du Roi, tel un Perry Mason sûr de lui,  il mentionne l’arrêté du 23 novembre 1956 relatif à la suppression des devoirs à la maison. Le Roi se rappelle que le Tiers n’est pas constitué que de péquenots illettrés qu’il peut embrouiller avec des lois caduques. Cette caste est aussi constituée de commerçants, médecins et autres notaires. Celui-là doit être avocat. Mais cela ne change rien au respect qu’il doit au Roi, alors il l’invite lui aussi à se retirer de la réunion et à effectuer son travail en retard dans un coin de la salle polyvalente.

 

Mathilde : Maître, on n’est plus que 17 députés du Tiers-Etat.

Kheira : Ça change rien. Même avec 200 députés, vous perdrez quand même. Parce qu’on vote par ordre.

 

Le Roi est satisfait que son travail d’enseignant porte ses fruits auprès de certains élèves.

 

Il l’est un peu moins quand il se penche sur les cahiers de devoirs. Il avait bien précisé qu’il fallait trouver des solutions aux problèmes financiers de la France. Or, dans chacun de leur cahier, les députés ont rapporté des doléances liées à leurs conditions de vie. Rien pour la patrie. Juste le culte du chacun pour soi.

 

« Autoriser les chewing-gums en classe. » « Allonger le temps de récréation. » « Interdire les devoirs…pour de vrai cette fois. » « Avoir le droit d’écrire au bleu turquoise dans le cahier du jour. »

 

Louis XVI s’arrache les cheveux et décide de dissoudre le conseil des Etats Généraux.

 

Le Roi : Sortez tous en récréation !

 

Mais dans la cour, la majorité des députés du Tiers et quelques députés des deux autres ordres restent groupés et se réunissent sous le préau. Ils jurent de ne pas se séparer avant d’avoir créé un nouveau règlement pour l'école : c’est le Serment du Préau.

 

Ensuite tout va très vite. De retour en classe, le Roi sent bien qu’un parfum de rébellion flotte dangereusement dans l’air. Les députés commencent à le prendre à partie. Le Roi a beau se dresser sur l’estrade pour impressionner son peuple, cela ne fonctionne plus. Il se retourne alors vers le dernier de ses élèves qui lui est resté fidèle, Grégory-dit-le-lèche-cul.

 

Le Roi : Mais… c’est une révolte.

Grégory : Non Sire, c’est une révolution.

 

Le Roi prend peur. Il décide d’aller chercher de l’aide dans la salle des maîtres. Là-bas, il rassemblera ses alliés pour tenter de dissuader le peuple d’une quelconque action contre la monarchie.

 

Malheureusement, alors qu’il s’apprête à descendre l’escalier, il croise Lucas, le député du Tiers-Etat qu’il a puni en début d’après-midi. Celui-ci le reconnait et alerte immédiatement ses camarades qui accourent pour empêcher le Roi de fuir.

 

Quand il arrive en classe escorté par les révolutionnaires, Louis XVI prend tout de suite la mesure de la sanction qui l’attend. Un de ses élèves, qu’il ne reconnaît pas, a enfilé une cagoule noire. Il est en train de s’affairer discrètement au fond de la classe. Mais le Roi n’est pas dupe, il reconnaît le bruit du métal qui se frotte. La terrible mélodie d’une lame qu’on aiguise.

 

Mais c’est une autre mélodie qui va le sauver. Tels Zack Morris, Screech ou encore A.C Slater, le Roi est sauvé par le gong. La sonnerie de l’école retentit et chacun reprend son rôle.

 

Un peu, plus tard, à l’abri dans sa Clio Maïf, mais encore tremblotant d’être passé si prêt de l’exécution, Louis XVI se demande ce qu’il serait advenu de la société française si la révolution de 1789 avait été interrompue par une sonnerie d’école.

 

Il se demande aussi s’il ne va pas proposer à Monseigneur Peillon, une autre idée de consultation pour les enseignants, après celle sur les programmes, celle sur les assises de l’Education Prioritaire et celle pour organiser les rythmes scolaires de la rentrée prochaine.

 

Une consultation pour savoir  si l’apprentissage est plus efficace avec une prise en main monarchique ou démocratique de la classe.


 

http://offrecinema.tf1.fr/jacquoulecroquant/enseignants/img/repro/3_ordres_2.10.2.jpg

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Published by Tévélis - dans En classe
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elena 02/10/2013 17:09

Excellent, vous me faites rire, et me réconcilier avec le corps enseignant, vos articles sont pleins d'humour et de tendresse avec une grande qualité littéraire

Un Prof À L'envers

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