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2 mai 2011 1 02 /05 /mai /2011 17:51

 

Qu'est-ce que je fous là ?

Un éléphant dans un magasin de porcelaine.

Gulliver au pays des Liliputiens.

Mais qu'est-ce que je fous là ?

 

Ah oui ! Je sais. M. Jeanti. L'échange de service. Mes élèves qui reviennent de leur séance de sport avec mon collègue. Ils ont l'air ravi.

« C'était comment ? », mais je regrette déjà la question. «  Trop bien ! » «  Génial ! » « TTMSG » «On parle pas le SMS en classse ! » « Trop trop méga super génial ! »

Puis le coup de massue : « Même que M. Jeanti, il a couru avec nous. »

Et un autre. Encore plus fort : « Même qu'il court le cross avec ses élèves ».

 

Voilà ce que je fous là. Un peu d'amour propre. Beaucoup de fierté aussi. L’esprit de compétition sans doute.

Et me voilà en short avec mon T-shirt Heineken au milieu d'une centaine de mômes de 10 ans, dans l'attente d'un coup de feu qui nous lancera moi et tous les CM2 de la ville dans une folle course de 2 km.

Je suis mal à l'aise. Je me sens grand, maigre et poilu au milieu de cette masse juvénile. Je ne sais pas quoi faire de mes bras, de mes jambes. Heureusement un autre instit rejoint le groupe. Un concurrent très sérieux, apparemment. Il porte un T-shirt Kronenbourg.

 

PAN. C'est parti. PAN PAN PAN ! Faux départ.

Une classe retardataire arrive en trottinant. On les attend. Leur maîtresse se place sur la ligne de départ avec eux. Elle ne paie pas de mine avec son débardeur Hello Kitty. Pourtant, j'ai peur. Je vois, à son poignet, le même grosse montre qu'à celui de M. Jeanti. Sûrement une habituée de la petite foulée..

 

PAN ! Moment de flottement dans le groupe. Tout le monde se regarde. On n'est pas sûrs. Si ? C'est bon ? C'est parti.

 

Au début, les 3 adultes restent avec les mômes pour les accompagner, les encourager. Puis, assez vite, on commence à se jauger. Hello Kitty ne semble pas essoufflée. Elle prend la tête du groupe et se détache peu à peu.

Par solidarité masculine, Kronenbourg et moi, on court côté à côte. On passe devant le premier môme, mais Hello Kitty est déjà loin. Vous allez me traiter de machiste de base, mais je garde encore dans la bouche le mauvais goût des défaites contre les filles. Un saveur âpre qui date des cour de récré.

Du coup j'accélère.

 

Kronenbourg me suit mais va bientôt craquer. Il est sous pression. Je lui vois un peu de mousse à la commissure des lèvres. La déshydratation le guette. J'en remets une couche et me trouve bientôt à hauteur de la meneuse. Kronenbourg est distancé. Je n'entends plus sa respiration rauque derrière mes talons.

 

Plus que 500 mètres. Un passage devant les tribunes et on rejoint la piste pour un tour de stade.

C'est ici, devant les tribunes surchargées par tous les cycles III de la ville, que le drame se produit. J'entreprends de doubler Miss Hello Kitty pour prendre la tête de la course des CM2, quand soudain ma cheville gauche se tord et je perds l'équilibre.

 

Par réflexe, je m'agrippe dans ma chute,au débardeur rose de ma concurrente. Elle résiste. Le débardeur aussi. Plus tard j'apprendrai, par M. Jeanti qui a vu la scène depuis les tribunes, que j'ai bien fait de lâcher le débardeur avant que la poitrine opulente de la maîtresse n'explose au regard des mouflets réunis dans les gradins.

 

Je me ratatine par terre dans une glissade pitoyable et je me brûle le flanc sur le gravier, trouant alors mon T-shirt, dernière trace de ma débauche étudiante. De plus, ma cheville est douloureuse et je ne peux repartir qu'en claudicant pour le dernier tour de piste.

 

La honte d'avoir chuté devant les tribunes pleines n'est rien en comparaison de ce qui m'attend.

 

Un par un, mes élèves me doublent en me gratifiant d'un «  Allez Maître, c'est bientôt fini ! ». J'accentue alors le boitillement pour toute justification.

 

Pourtant je ne devrais pas dévaloriser leurs efforts et cet exploit de doubler leur maître. Je vois dans chacun de leur regard plus de fierté que lorsqu'on avait gagné le prix de la meilleure poésie collective, grâce à leur création « De la margarine sur le canapé » et que Mamar avait vomi dans la coupe en sortant du bus. Plus de fierté que lorsqu'il avaient vu leur photo dans le journal avec la légende suivante «Les enfants de CM2 ont interprété un classique de Mireille Matthieu lors du concert pour la paix. »

 

Alors, malgré la douleur fulgurante qui me scie la cheville, je trottine sans boiter et les encourage à chaque fois qu'ils me dépassent.

Cependant malgré tous mes efforts de ralentissement, Lina et Hubert ne me dépasseront jamais. Et les pauvres subiront l'anecdote de chacun des autres contant tour à tour « quand ils avaient doubler le maître. »

 

 

http://img.1001stages.com/img/img_rubriques/hd/773.jpg

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Published by Walter - dans En classe
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commentaires

mysticlolly 24/05/2011 19:38


Je suis complètement fan !! ^^


clarisse 04/05/2011 22:07


j'adore!!! Ah les cross que de souvenirs...heureusement en mater y'en a pas...les compet se font sur les parcours


songe 03/05/2011 18:33


houaaaaaaaaaaaaaa !! la classe !!!


Carine 02/05/2011 20:14


RESPECT !...


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