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12 août 2013 1 12 /08 /août /2013 10:18

 Capucin : Les enfants, je vous présente Jean, un nouvel animateur qui va remplacer Majid pour les deux derniers jours de colo.

 

Capucin, c’est un copain de colo, rencontré il y a presque 10 ans.

 

Majid, c’est un jeune animateur qui était déguisé en Schtroumpfs à lunettes quand il s’est cassé le bras en tombant d’un empilement de chaises alors qu’il expliquait les règles de la chasse au trésor version Schtroumpfs.

 

Et Jean, c’est moi. Mais à part mes parents et mes sœurs, il n’y a que les enfants en vacances qui m’appellent ainsi.

 

Du coup, comme les soixante-dix mômes qui me font face sont en vacances et qu’ils ont bien l’intention de le revendiquer, ils braillent à l’unisson :

 

Les enfants : Bonjour Jean !

 

Capucin m’a appelé la veille pour venir remplacer le fameux Majid au pied levé dans le fin fond de la Haute-Savoie.

 

Après huit heures de route de nuit, un café sur le pouce et une présentation express aux soixante-dix enfants de la colo, me voilà dans le feu de l’action.

 

Marie : Tiens, c’est ta fiche personnage pour le cluedo de ce matin.

Moi : Ah…euh…merci.

Marie : Ton déguisement est dans la salle des anims.

Moi : C’est lequel ?

Marie : Regarde ta fiche personnage, tu le reconnaîtras.

 

Dix minutes plus tard, je suis assis sur une souche à la lisière de la forêt bordant le centre de vacances. Le premier groupe d’enfants enquêteurs s’approche de moi et je vois des sourires se dessiner sur leur visage.

 

Un gosse : Tu es en quoi ?

Moi (mettant un point d’honneur  à ne pas sortir de mon personnage) : Je ne suis pas en… Je suis une fraise des bois.

 

Un collant vert, un immense bout de carton en forme de fraise accroché aux épaules et une jolie collerette en papier crépon vert… je suis bien une fraise des bois.

 

La matinée se poursuit alors sur le thème des fruits et légumes. Les enfants tentent de démasquer le criminel qui a enterré vivante la salade dans le composteur du jardin. Ils posent des questions à chacun des fruits et légumes suspects. Et chacun suit sa fiche personnage.

 

Un enfant : Où étais-tu cette nuit à l’heure de crime ?

Un autre : Est-il vrai que la salade t’avait piqué ton ex petit ami, l’abricot ?

Encore un autre : Pourquoi a-t-on retrouvé des très petits pépins noirs autour du composteur ?

Moi (un peu blasé et un peu prof aussi) : Ah non, si tu parles des petits grains qui sont disposés sur tout mon corps, ce sont des akènes, pas des pépins.

 

Ensuite, les enfants découvrent que c’était l’arrosoir, le coupable. Une sombre histoire de vengeance sur thème de trahison et d’amour déchu. Bref, une idée farfelue sortie tout droit de la tête d’animateurs fatigués par dix jours de colo. Une idée qu’ils ont dû pondre à 2 heures du matin lors d’une de ces réunions interminables pendant lesquelles ils carburent au café, aux clopes, au Génépi et à la liqueur d’Aravis.

 

L’après-midi, je quitte à contre-cœur mon déguisement de fraise des bois pour l’échanger contre un baudrier.

 

Capucin : On fait accrobranche. Tu prends le groupe des moyens.

 

Tout ridicule qu’était mon déguisement de la matinée, je ne m’y sentais pas aussi mal à l’aise que dans un baudard (comme disent les vrais).

 

Je ne souhaite jamais autant être une femme que quand je dois porter cet instrument de torture psychologique.

 

Une sangle qui enserre la cuisse droite, une autre pour la cuisse gauche et une corde reliée à un mousqueton qui relève le tout vers le haut, regroupant ainsi tout ce qu’il y a de plus intime chez l’homme en un paquet informe et indiscret à la vue et au su de tout le monde.

 

Un après-midi pendouillant à des câbles et des arbres en ayant l’impression qu’une pancarte clignotante avec écrit « Regardez ici ! » est placée à côté de mes parties intimes mises en valeur par mon ami le baudard.

 

Pour la veillée, le soir,  j’ai volontairement oublié ma guitare. Je n’ai pas envie de vivre le terrible calvaire du guitariste amateur à qui on demande s’il connait du Sexion d’Assaut ou du Daft Punk, alors qu’il vient, à l’instar de Daniel dans "Nos jours heureux", d’interpréter When the saints devant un feu de camp qui sent le chamalo brûlé.

 

Mais heureusement, dernière soirée oblige, on organise la classique boum où Sexion d’Assaut et Daft Punk ont tout à fait leur place.

 

La dernière journée du lendemain est rythmée par les préparatifs du départ. Dès le début de matinée, on s’attaque aux inventaires. Il faut recenser toutes les affaires que les enfants mettent dans leurs valises et le comparer avec l’inventaire d’arrivée. Malheureusement, Majid  a embarqué les inventaires des gamins dont il était référent.

 

Du coup, je me retrouve avec une veste Adidas et un polo Lacoste pour lesquels chacun des huit garçons de la chambre revendique la propriété. Et un slip Spiderman et un T-shirt Tortue Ninja qui n’appartiennent à personne.

 

Enfin, vers midi, c’est le départ. Les enfants partent dans des directions opposées avec des animateurs référents pour chaque groupe. C’est le convoyage.

 

Heureusement, j’en suis dispensé. J’évite alors une traversée de la France en car puis en train, une arrivée en gare de Rouen à 20h23 avec des parents pas impatients de retrouver leurs rejetons et qui n’arrivent qu’à 20h46, et une nuit tout seul dans une petite chambre de l’hôtel de la Gare alors qu’on vient de passer 2 semaines avec 85 personnes environ.

 

J’assiste quand même à la déchirure de fin de séjour. Des étreintes interminables, des larmoiements à peine retenus, des échanges de numéro sur la buée des vitres du bus.

 

Pendant les huit heures de routes qui me ramènent chez moi, je repense avec nostalgie à mes anciennes colonies. Pendant lesquelles, je vivais avec passion et effusion les départs du dernier jour.

 

Alors qu’aujourd’hui, j’étais complétement détaché de tous ces sentiments qui m’ont même parus mièvres. Je me dis alors  que je m’endurci avec l’âge. Ou que, comme Roger Murtaugh, « Je suis trop vieux pour ce genre de connerie ».

 

Mais enfin, je comprends que je suis resté détaché, parce que, justement, je ne me suis pas attaché  à tous ses spécimens de l’espèce humaine en seulement deux jours de séjours. Je n’ai pas vécu leurs engueulades, leur fatigue, leurs fou rires, leur complicité. Je n’en ai pas eu le temps.

 

Voilà pourquoi, au nom de toutes les colos que j’ai faites et que je ferai encore, je n’occuperai jamais un poste de  ZIL, de Brigade ou une toute autre fonction qui ne nous laisse pas suffisamment de temps pour connaître les gens.

 

Je veux m’attacher et qu’il soit le plus dur possible de se détacher.

 

 

 

 

 

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Published by Tévélis - dans Hors classe
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