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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 20:40

 

Je suis dans ma classe avec la maman de Kenny. Elle a souhaité me parler d’une chose importante concernant son fils.

Kenny, c’est le même que dans South Park. Celui avec la capuche qui lui dissimule la quasi-totalité du visage. Celui qui ne s’exprime jamais, ou que par onomatopée. Celui qui meurt dans tous les épisodes.

Le Kenny de ma classe, il est pareil. Sauf qu’il n’est encore jamais mort et qu’il doit enlever sa capuche à l’intérieur de l’école.

Physiquement aussi c’est le même. Petit, les bras tendus le long du corps, les épaules basses et le dos un peu voûté par un poids imaginaire.

Pas si imaginaire que ça. C’est sa mère, ou plutôt sa présence constante qu’il porte comme un lourd sac à dos.

 

La mère de Kenny, elle ne s’exprime pas beaucoup non plus. Pourtant aujourd’hui, elle fait de longues phrases. Si longues et tellement dénuées de tout intérêt dans le contexte d’un rendez-vous parent-prof que j’ai du mal à la suivre.

 

Elle me parle des difficultés qu’ils ont, elle et le père de Kenny, pour faire manger le petit. Il n’aime rien et elle et son mari n’ont pas envie de flancher sur le domaine de l’éducation aux goûts et aux saveurs.

Alors, ils galèrent à tous les repas pour lui faire avaler son apport calorifique nécessaire. Et au vu de la vitalité peu débordante dont fait preuve Kenny en classe, je me permettrais de dire qu’ils échouent très régulièrement.

 

Ensuite elle me parle du menu d’hier midi. Des endives au jambon. Elle m’explique qu’après avoir sucé les endives et léché le jambon pour en extraire toute la sauce béchamel, Kenny, sous la contrainte, commence à mâcher pendant de longues heures la moitié d’endive et le morceau de jambon que son père lui a enfournés dans la bouche.

La mère de Kenny raconte ensuite, que son fils a l’habitude de faire des boulettes de ces aliments qu’il coince dans le coin de la bouche en attendant que le repas se termine.

Il arrive régulièrement que son père lui fasse recracher la boulette (parfois très grosse) et qu'il la lui recoupe dans son assiette pour qu'il la mange.

 

Soudain son discours prend un tournant inattendu.

 

La mère : Sinon, en classe, il est comment ?

Moi : Assis, le plus souvent.

La mère : ... il participe ? Je veux dire.

Moi : Ben, pas beaucoup, mais vous le savez, on en a déjà parlé.

La mère : Oui, mais hier par exemple, il était comment.

Moi : En pantalon de velours, je crois. Avec un pull moutarde. C'est ça ?

La mère : Non mais en participation, il était comment ?

Moi : Ben, normal quoi. Effacé comme d'habitude.

 

Je ne vais quand même pas lui dire qu'hier, j'ai envoyé son fiston chercher les calculettes vers Directrice et que je ne l'ai retrouvé qu'une heure plus tard derrière la porte de la classe alors que nous sortions en récréation.

 

Moi : Ben, pourquoi tu n'as pas toqué ?

Kenny : ....

 

Cela dit, il a bien fait de ne pas répondre. La question était idiote. Il est évident qu'il n'a pas pu frapper à la porte car il avait les mains encombrées par le carton de calculatrices.

 

Du coup je ne lui dis pas. Et elle reprend.

 

La mère : Non, parce que hier midi, à table, Kenny a fait une boulette. Son père étant absent, je n'ai pu lui faire recracher. Il est parti à l'école avec sa boulette.

Moi : Ce serait bien qu'on arrive au vif du sujet, quand même.

La mère : Hier soir en rentrant à la maison, il avait encore sa boulette. Je voulais savoir comment vous ne l'aviez pas remarqué.

Moi : ....

 

Je ne tente même pas de me justifier. Je réfléchis simplement. Je repense à tout ce qu'on a fait hier en classe et quel calvaire ça a dû être pour Kenny de conserver sa boulette tout l'après-midi. Le chant, le sport, la récitation, la gâteau d'anniversaire de Ludo.

 

La maman insiste.

 

La mère : Comment vous n'avez pas vu qu'il avait la bouche pleine pendant toute une demi-journée ?

Moi : En général, je remarque plutôt ceux qui mâchent. Et comme je vous l'ai dit, Kenny est inexistant en classe alors...

 

Je commence à être sur la défensive. En mode agressif, je m'apprête à la remettre en place. Mais elle réplique.

 

La mère : Non, parce que si un jour vous remarquez qu'il a une boulette, vous lui faîtes cracher et vous la conservez. Son père la fera recuire pour le repas du soir.

 

Et elle conclut : Ça lui passera peut-être l'envie.

 

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Published by Walter - dans En classe
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commentaires

chantier 12/03/2012 17:27

quelle horreur,pauvre gosse...
a part sa,aprés-midi trés agréable sur ce blog
je suis triste de l'avoir presque terminé !

home sweet môme 14/07/2011 13:30


Et bon appétit biensur !


Delphine 07/06/2011 21:59


MDR !!! comme quoi les parents nous surprennent toujours... No comment pour le gamin !


mysticlolly 24/05/2011 19:12


Waaaah !! Ça c'est du grave de chez grave ! Il y a vraiment des parents et des enfants hallucinants... Mais comment il peut garder sa boulette toute l'après midi ? C'est dingue, vraiment ! Et la
mère qui aurait voulu la récupérer pour lui resservir le soir... N'importe quoi !


Bellig 12/05/2011 22:18


Je ne savais pas que se genre de situation pouvait exister! C'est vraiment n'importe quoi, la mére ne se rend pas compte du "ridicule" de la situation? en plus c'est mégahyperdégoûtant...Kenny,
rebelle-toi!


Walter 13/05/2011 17:16



J'exagère toujours un peu quand même...



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