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14 juin 2017 3 14 /06 /juin /2017 12:17

A titre provisoire.

Pas très ronflant comme titre.

Un peu bancal même.

Un titre en carton. Comme celui que l’on place sur la fenêtre cassée en attendant de la réparer. Du provisoire.

 

Au début de l’année, on est un peu dépité. Un peu égoïste ! A quoi bon s’investir dans les relations avec les collègues, avec les familles ? A quoi bon prendre connaissance du projet d’école ? A quoi bon trainer dans l’école après la sonnerie? En somme, à quoi bon poser ses valises ? On ne sera plus là dans quelques mois.

 

Etant dans cette situation cette année, j’avais même décidé de faire l’impasse sur le nom des collègues. Une vingtaine de noms et de prénoms à retenir. Et pis quoi encore ?

Mais dans certaines situations de communication, il fallait bien que je les désigne. Alors, ne connaissant pas leur prénom, je devais user de descriptions que je pensais les plus objectives et les plus précises possible.  « Salut, t’aurais pas vu La grosse avec les cheveux frisés et le gros bouton au milieu du menton, parce que je cherche des aimants et c’est Le petit jouflu avec la moustache dégueu, qui m’a dit qu’elle en avait ». Mes nouveaux collègues goûtant moyennement les périphrases qui les désignaient, j'ai du au moins faire l'effort de retenir leur niveau de classe pour les désigner. Et puis, bien souvent, cela brouillait mon message et je ne trouvais jamais d’aimants. De plus, j’ai cru ouïr dans les couloirs qu’ils me nommaient Le gros connard avec le gilet qui gratte. Il est vrai que je l’avais bien cherché : je ne change jamais de gilet.

 

Tout Gros connard que je sois, j’ai un énorme point faible. Une once de conscience professionnelle qui taquine ma culpabilité dans les moments de relâchement.

 

J’ai assez vite compris que toutes ces relations que je négligeais, tous ces liens que je ne créais pas, mettaient à mal mon bien-être dans l’école et par là même, les progrès de mes élèves.

 

Alors j’ai commencé par lire le projet d’école. Et là, miracle ! Tout a changé !

Non ! Ce n’est pas vrai. En fait, rien n’a changé ! J’ai juste appris que la mode de l’enseignement explicite était aussi passée par là.

 

Alors je me suis intéressé à mes collègues. J’ai appris que La grosse avec les cheveux frisés et le gros bouton au milieu du menton s’appelait Aline. Et que finalement, elle n’était pas si grosse. Et que son gros bouton n’était pas tout à fait au milieu de son menton. J’ai même commencé à travailler en équipe avec elle. Et avec Nico aussi, Le petit jouflu qui s’était rasé.

 

Et puis, il y avait Ludo aussi. Et Sandrine et Monique. Et de plus en plus d’aimants apparaissaient chaque jour sur mon tableau sans que j’aie à en demander.

 

Et puis je me suis retrouvé à trainer dans l’école après la sonnerie. A discuter dans la cage d’escalier avec Myriam sans me rendre compte que l’heure défilait. A échanger des livres avec Lucie. A envoyer des textos à Simon pendant le conseil d’école. A laisser des messages douteux sur le tableau de Lucien qu’il aurait été préférable qu’il efface avant que ses élèves ne les voient.

 

Je me suis même retrouvé à 1h du matin, à deviser, un peu pompette, dans un bar à côté de l’école, avec quelques collègues éméchés, tentant, par quelques calculs approximatifs à propos de nos consommations de la soirée et du temps écoulé, de savoir si 7 heures plus tard, devant nos élèves, nous aurions encore de l’alcool dans le sang. Et s’il était possible qu’on nous fasse souffler dans le ballon en pleine séance de lecture pour nous coffrer pour enseignement en état d’ivresse.

 

Mais malgré tous ces progrès relationnels, je me suis seulement senti vraiment intégré dans l’équipe le jour où Anne-Marie m’a demandé où j’avais acheté mon gilet.

 

Et puis voilà, que le provisoire que j’avais oublié, repointe le bout de son nez avec le mouvement départemental. Il va falloir quitter cette école. Et en réapprivoiser une autre dès la rentrée.  Une autre que je devrai quitter au bout d’un an. Après avoir quand même appris les prénoms des collègues. Une vingtaine de prénoms, la belle affaire !

 

Dans cette dernière ligne droite qui nous mène aux Vacances, je fais le bilan.

De cette année scolaire dans cette  école, il me restera :

  • De chouettes souvenirs
  • Quelques livres à rendre à Lucie
  • Des numéros dans mon portable
  • Quelques liens pas si provisoires
  • Et l’envie d’y revenir à titre un peu moins provisoire.

 

A CM, NM et  GB (entre autres)

A titre provisoire

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Published by Tévélis
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commentaires

Marie 18/06/2017 17:11

Moi c'est mon coeur de brigade qui est mis à rude épreuve chaque année ! Bonne fin d'année !

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