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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 09:10

Le syndrome des 5 jours. Ça n’arrive qu’à moi ?

 

C’est une sorte de nœud qui commence à se serrer dans mon ventre 5 jours avant la fin des vacances.

 

Au début de ma carrière, je n’arrivais pas à identifier ce point compact qui se densifiait dans mes entrailles pendant chaque période de vacances.

 

Et puis un jour j’ai compris.

Je venais de taper mes symptômes sur l’Internet. On m’annonçait alors une mort lente dans d’atroces souffrances pendant lesquelles mes yeux allaient sans doute éclater et mes oreilles saigner. Et au lieu de paniquer, je me suis senti soulagé et le nœud s’est dénoué dans mon ventre.

 

L’annonce de ma mort me délivrait, me libérait.

Mais de quoi ?

De mes préparations de classe, pardi.

 

Et c’est ça, cette sensation que j’ai appris à connaître et qui revient comme un métronome, cinq jours exactement avant chaque rentrée. Ce sentiment qui toque à l’entrée de ma boîte crânienne et à qui mon cerveau refuse d’ouvrir, sachant éminemment qu’il va jouer les rabat-joie, lui gâchant les derniers jours de vacances en lui annonçant : « Euh, faudrait peut-être t’y mettre maintenant ! ». Plutôt mourir (même d’une hémorragie des oreilles) !

 

Cette boule qui apparait systématiquement dans les derniers jours de vacances, ce n’est pas dû à la rentrée à proprement parlé. Reprendre le boulot, retrouver mes élèves, mes collègues, ça me fait même presque plaisir. Non, ce qui me coûte, c’est la préparation avant la reprise.

 

La préparation au quotidien, ça ne me dérange pas. C’est comme l’eau froide. Une fois qu’on y est, ça va. Le plus dur c’est d’y retourner après être resté emmitouflé au chaud pendant plusieurs jours de vacances. D’abord la nuque puis l’estomac. D’abord la période puis la journée de rentrée. Après on plonge. C’est saisissant, c’est froid les premières minutes puis on s’y fait.

 

Mais le temps de se mouiller pour rentrer préparé, ça prend cinq jours complets. C’est long. Et j’ai beau savoir que la préparation est indispensable au bon fonctionnement de la classe et du même coup, à un certain confort de travail, j’ai vraiment du mal à entrer dans l’eau froide et je reste au bord de la piscine avec ma boule au ventre.

 

Je sais que certains enseignants beaucoup plus prévoyants, se prenne une petite douche tiède tous les jours pour rester dans le bain des préparations pendant toutes les vacances. Je ne suis pas de ceux-là, malheureusement. Moi, je déconnecte complètement (au moins les 10 premiers jours) au point d’oublier que j’ai un métier en dehors des vacances.

 

Mais cette année, j’ai décidé d’aller jusqu’au bout du bout des vacances. J’ai décidé de profiter de la moindre minute, de chercher mon sac partout mardi matin au moment de la reprise, d’oublier le prénom de mes élèves, de mes collègues, de mon métier. J’ai décidé de ne travailler que 6 mois par an, parce que c’est, de toute façon, ce que l’on croit de nous.

 

Et les élèves qui ne font pas leurs devoirs, ils ont une boule au ventre eux ?

Et est-ce qu’ils ont un sixième sens comme nous, pour deviner qu’on a rien fichu pendant les vacances ?

 

- Maître, ça se voit trop que t’as pas préparé la classe.

- Oui, mais c’est parce que, en fait, on était invités…et on s’est couchés tard… et complétement bourrés.

 

Alors voilà, pour une fois j’ai profité de mes 5 derniers jours de vacances.

J’ai fait un tas de trucs que je n’aurais pas fait si je m’étais attelé à la préparation de ma classe :

- Zoner sur internet

- Manger des chocolats

- Jouer deux accords de guitare.

- Actualiser mon compte Le Bon Coin pour voir combien de personnes ont cliqué sur mon annonce : A vendre : Réussir son entrée à l’Ecole Normale (réédition avec les nouveaux programmes de 1985).

 

Bah, en fait, déjà tout ce que je fais d’habitude en préparant mes cours.

Tout ce que je fais d’habitude, mais avec, en plus, une boule au ventre qui grossissait chaque jour un peu plus.

 

Alors voilà, cinq jours, en maillot de bain, en train de se les geler, de l’eau jusqu’aux chevilles parce qu’on n’ose pas entrer dans l’eau, ça ne permet pas de profiter pleinement de la fin des vacances.

 

Du coup, maintenant, il me reste une vingtaine d’heures avant la rentrée. Ça fait juste 10 heures pour préparer ma classe avant d’aller me coucher pour au moins profiter de ma dernière nuit de vacances sans nœud au ventre.

 

 

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Jusqu’au bout

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Published by Tévélis - dans Hors classe
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commentaires

Lalou 04/01/2017 07:50

C'est bien décrit. Paralysée devant l'ampleur de la tâche, en arriver à culpabiliser d'avoir profité des vacances pour couper avec le boulot ... l'angoisse de se remettre aux prep pour pas arriver à la rentrée en étant déjà dans le jus ...

Loupiotte 03/01/2017 13:32

Le noeud, je le connais bien (trop?), il grossit déjà depuis un mois, voire 2 .... trop tard pur changer d'avis et me mettre en congé parental, il va falloir laisser mon petit bout de 4 mois et retourner dans ma nouvelle école (oui, parce qu'en plus, j'avais participé au mouvement !).
Boule au ventre donc, car nouvelle école, nouveaux élèves, nouveaux niveaux (ça existe encore des niveaux simples en primaire?), nouveaux collègues ...
Et je me sens bien gelée au bord de cette immense piscine, mais grâce à toi, moins seule !

chrisprof 03/01/2017 00:18

Merci je me sens moins seul !!

Elsa 02/01/2017 23:19

J ai le même noeud. Il doit être livré avec le concours d'enseignant, comme un package !

sisoua 02/01/2017 21:44

Mais bien sûr qu'on souffre du même syndrome... mais ça nous permet de nous geler les miches en ta compagnie en venant surfer sur ton blog...
Contre le réchauffement climatique je préconise des vacances de 1 semaine (mais souvent...!), tous ces profs qui se gèleraient sur le bord ça devrait éviter aux grands de ce monde de prendre l'avion pour la COP 23... Par contre faut voir si l'importation de chocolat ne contrebalancerait pas tout...

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