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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 11:00

1.      La business maman

Elle arrive avec une demi-heure de retard et se montre surprise de quand même nous trouver en classe. Elle pense qu’en bon fonctionnaire, à 16h, alors que Bilal est encore dans le couloir en train d’essayer de fermer son manteau avec ses moufles, on est déjà au volant de notre voiture en route pour la maison. Elle s’assoit sur le coin d’une table et nous écoute d’une oreille distraite, toujours un œil et un doigt sur l’écran de son portable. Elle hoche la tête, opine à intervalle régulier et décroche en s’excusant, à la moindre sonnerie. Que des appels professionnels avec des mots bien professionnels pour se faire mousser, du genre « taux de change constant », « gestion indicielle » ou encore « trading directionnel ».

J’ai moi-même essayé la technique du portable lors d’un entretien avec la maîtresse de mon fils, mais sur le coup, les seuls mots professionnels qui me sont venus ont été : « boulier », « Gaffi », « kermesse » et « ballon capitaine ».

Ensuite, la maman regarde sa montre et se lève en plein milieu d’une phrase en nous tendant la main et en nous remerciant, nous assurant qu’elle parlera à son fils de tout cela, mais s’excusant de ne pas pouvoir rester plus longtemps.

Quand elle repart, on fait le calcul : une heure de rendez-vous moins une demi-heure de retard, moins 20 minutes de conversation téléphonique, moins 10 minutes de textos… Le rendement est faible. On soupire et on espère qu’il n’est pas révélateur du temps consacré à son fils.

 

2.      La maman sourde

Comme dans le sketch d’Elie et Dieudonné, l’hôpital. Quand le mari de Nicole Piche refuse de comprendre que sa femme est décédée malgré les explications détaillées et explicites du médecin. Là, c’est pareil. On n’est pas médecin, mais on est plutôt explicite quant aux difficultés scolaires de son enfant. Mais elle reste souriante, baignant dans le déni et la dignité, ponctuant chacune de nos tentatives de lui ouvrir les yeux par un « Sinon, il va bien ? Il vous embête pas trop ? ».

Et comme dans un sketch, on serait tenté de rire.

Mais comme dans le sketch d’Elie et Dieudonné, au fond, c’est terriblement triste.

 

3.      Le papa violent

On s’en doutait. Vu la tête décomposée du môme quand, énervé, sur son carnet, on a programmé un rendez-vous, on imaginait bien que ses parents ne faisaient pas dans la dentelle. Mais, vu son comportement, il fallait agir. Et puis, une petite correction à la maison, loin de nos yeux, loin de notre sentiment de culpabilité, ça va peut-être le calmer. Et puis, après tout, cet éclair de terreur qui a traversé ses yeux quand on s’est emparé du carnet de liaison, ce n’était peut-être que de la comédie.

Au fil de l’entretien, le papa, d’abord maître de lui, commence à s’échauffer. Des mots très durs tombent de haut sur le gamin qui garde la tête basse. Le papa le bouscule, lui crie de s’excuser, souligne la honte qu’il ressent à être son père.

Du coup, là, sous nos yeux, de le voir, de le vivre, on se sent coupable. Au point de minimiser les pires frasques de son fils. « Ah non, le feu dans la poubelle !? Non non, rien de grave ! Une broutille. Pensez donc, la bagatelle. Oui oui, les pompiers ont pu sauver une partie de la cantine. Quant à la voiture de la Directrice, ne vous inquiétez-pas, elle est très bien assurée ! ».

Quand ils repartent, on fait le calcul : une secouée par le bras, un tirage d’oreille et une gifle en cinq minutes. Le rendement est élevé. Et là aussi, on soupire.

 

4.      L’hyper maman

Elle a ce qu’on appelle le syndrome de l’hyper parentalité. Elle veut le meilleur et rien que le meilleur pour son enfant. Elle veut tout contrôler pour éviter à son chérubin la moindre contrariété, afin qu’il ait une vie heureuse. Mais dans l’école, le contrôle lui échappe et elle nous harcèle du lundi au vendredi, 36 semaines par an, pour gratter un peu d’influence dans ce qui se passe dans la classe.  Et comme on ne veut céder à aucune de ses demandes pour éviter d’ouvrir la brèche par laquelle s’infiltrera sa parentalité hypertrophiée qui désorganisera toute notre classe, on se braque. On dit non à tout. Même aux bonnes idées. Par principe. « Le changer de place ? Non !! » même si on n’y avait pensé. Il fallait qu’on le fasse avant qu’elle le propose. Elle est hyper présente, hyper concernée, hyper intrusive, hyper inquiète, hyper stressée. Pour elle, c’est hyper fatigant. Pour le môme, c’est hyper fatigant et hyper étouffant. Et pour l’enseignant, c’est hyper chiant.

 

5.      Le papa qui tombe des nues

Dans le même genre que la maman sourde. Sauf que là, le père entend tout ce qu’on lui dit, mais il ne reconnaît pas son enfant. Il accuse le coup comme un boxeur coincé dans les cordes. « Je n’en reviens pas, je ne le reconnais pas ». On le rassure, c’est peut-être passager, il va se ressaisir. On feint d’essayer de comprendre mais on connait la technique. Le père se dédouane. Il fait croire que tout va bien à la maison, et que tout allait bien à l’école jusqu’à maintenant. Jusqu’à nous. Et par ce pervers procédé, il tente de nous faire culpabiliser sur la situation scolaire de son enfant. Puis soudain, il sort des cordes et demande « Vous êtes sûr qu’on parle bien de mon fils ? Lucas M. ». Et là, pour une toute petite lettre, le sol s’effondre sous nos pieds et on balbutie un truc du genre : « Lucas M… vous n’êtes pas le père de Lucas T. ? ».

 

6.      La jolie maman

On l’a convoquée pour le plaisir des yeux. Mais pour qu’elle reste un peu plus longtemps, on invente des petits tracas à son enfant. Des broutilles par ci par là. Elle commence à s’inquiéter et nous, on adore cette petite ride qui apparait quand elle fronce les sourcils. Alors on en remet une couche. Et là, elle se met à pleurer. Qu’elle est belle quand elle se mouche bruyamment dans le kleenex que l’on vient de lui tendre.

Mais soudain, c’est le choc : elle nous parle d’Acadomia. On se dit qu’on est allé trop loin. Beaucoup trop loin. Qu’il faut mettre fin à cette mascarade. La jolie ride, les charmantes larmes, d’accord. Mais Acadomia, surtout pas ! Alors on prend sur nous : « Vous êtes bien la maman de Camille ?» et on feint de s’être trompé d’élève, d’avoir cru que c’était la maman d’un autre : « Ça m’arrive souvent en ce moment ! ». Et finalement, le soulagement aussi lui va à ravir.

 

7.      Le papa qui connait mieux les programmes que nous

On nous avait prévenu à demi-mot dès la rentrée : « Tu verras, la gamine elle est super. Mais les parents … ». Alors on avait passé un peu plus de temps sur ses corrections, pour être sûr de ne rien laisser passer. Et puis, un jour, fatalement, on se fait convoquer par le papa. Dans notre propre classe. Il nous fait asseoir à la place de sa fille et nous branche sur les nouveaux programmes qu’il maîtrise clairement plus que nous. Il nous embarque dans les profondeurs obscures de ces programmes, là, où même les rédacteurs du Café Pédagogiques n’ont pas osé s’aventurer. On a chaud, on sue, on bredouille, on élude, revenant systématiquement sur les bons résultats de la gamine.

Quand il repart, les collègues se précipitent dans notre classe et nous trouvent vidé, éreinté…mais libéré. « Alors ? ». On joue les modestes : « Ben, pff, pas évident, mais je pense que je m’en suis bien sorti. Il a pas été trop vache. Mais bon, on peut jamais savoir, si ça se trouve, il va me saquer dans son rapport ».

 

8.      Les parents fantômes

On a tout essayé pour rencontrer ces parents. L’agenda, le cahier de liaison, l’internet, le téléphone, les textos, les sextos aussi, les signaux de fumée, les pigeons voyageurs. Mais rien, jamais une réponse.  Un soir de pleine lune, désespéré, on a même envisagé d’utiliser La Poste… mais au moment de passer sa langue sur la colle du timbre, on s’est résigné. Faut pas pousser, il y a des limites au désespoir. Restons dignes.

Une autre solution : le signalement. Mais sur quelles bases ?  Jamais absent, jamais en retard, propre, soigné, cahiers signés. Mais en grande difficulté. Ce n’est pas suffisant.

Alors les grands moyens. Un soir après l’école, un œil sur l’adresse de l’enfant et en route pour le domicile de la famille. Mais dans la rue, entre le 15 et le 19, il n’y a pas de 17. Un vrai mystère. Le lendemain, on suit l’enfant en mode inspecteur Gadget, en imperméable, mais sans les bras à rallonge. Mais entre le 15 et le 19, distrait par des anciens CM2 qui ne nous ont pas reconnu sous notre imper et qui nous traitent de pédophile, on perd de vue notre cible. Pire que la voie 9  3/4 de la gare de King’s Cross d’Harry Potter. Du coup, on abandonne. Et on se convainc que même s’il galère dans notre système scolaire, il va assurer à Poudlard.

 

9.      La maman nymphomane

Elle, elle fait partie des raisons qui m’ont poussé à passer le concours. Le fantasme de la mère d’élève entreprenante qui vous attrape dans le local de sport. Mais, déjà 13 ans se sont écoulés pour moi dans l’enseignement, sans qu’aucune maman n’ait jamais esquissé le quart du soupçon d’un truc vaguement entreprenant à mon égard. Et avec le temps qui passe, mes cheveux qui tombent et mes rides qui se creusent, je me dis que toute nympho qu’elle soit, cette maman n’aura bientôt plus envie de visiter le local de sport avec moi.

 

10.   Les parents tout court

Ceux qui signent les cahiers, qui sont ponctuels au rendez-vous, qui s’intéressent au travail de leur enfant, qui nous font confiance, qui nous soutiennent, même.

Voilà, c’est ça les parents tout court.

C’est court mais c’est tout. Tout ce qu’on aime chez les parents.

Et croyez-moi, il y en a plus qu’on ne le croit.

Le Top 10 des parents en entretien individuel

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Published by Tévélis
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commentaires

Loupiotte 23/11/2016 17:39

Eh, il manque une catégorie de parents ... les parents-collègues .... où la rencontre se transforme peu à peu en conseil des maitres "et au fait, la soustraction, tu la fais comment toi déjà?"

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