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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 10:30

Le nouveau de l’école, cette année, c’est moi. Le premier jour, à la réunion de prérentrée, Directrice m’a fait monter sur l’estrade à côté d’elle. Elle m’a présenté brièvement à mes 20 nouveaux camarades (une grosse école) et leur a demandé de me réserver le meilleur accueil car changer d’école, vous savez, ce n’est pas facile. Les 20 têtes ont opiné en cœur en souriant chaleureusement et Directrice m’a montré ma place au bout du U.

Voilà. C’est tout. Pas de bizutage ou de journée de l’intégration. Pas de pot d’accueil avec la danse du camping qui aurait permis de briser la glace. Juste une présentation froide et impersonnelle dans une école à taille industrielle. Ma place dans cette grosse équipe, c’est à moi de me la faire tout seul.

Pas évident. Il faut déjà observer, jauger le groupe. Repérer la fonction de chacun dans la meute.

Le petit rigolo de service. Déjà pris. Zut !

Le brun ténébreux, taciturne, mystérieux qui cache vainement son strabisme derrière des verres fumés. Déjà pris.

Le syndicaliste maladif. Déjà pris.

L’éternel absent pour mal de dos. Déjà pris.

Et le rôle de la jolie nymphomane au décolleté ravageur ? Malheureusement et désespérément vacant.

Quand on est nouveau, avant d’apprivoiser l’équipe, il faut dompter le bâtiment.

Pour ma part, ce n’est pas encore gagné. Je me retrouve encore très souvent dans les toilettes des filles avec une liasse de feuilles à photocopier. Je trébuche régulièrement sur la dernière marche de l’escalier un peu plus haute que les autres. Je m’excite presque tous les matins pour ouvrir la porte d’entrée, oubliant que le sens de rotation de la clé est inversé.

Et surtout ! En un mois, je n’ai toujours pas trouvé les toilettes des adultes.

Surement par stupide dignité, je me refuse de demander à un collègue où les latrines professorales se situent. Je m’imagine mal pendant un conseil des maîtres lever le doigt et demander « Directrice, je peux aller faire caca ? » et qu’elle me réponde « Oui, bien-sûr, tiens Madame Donzé, tu peux accompagner Tévélis ? ».

Il devient urgent que je cesse d’aller discrètement dans les toilettes des élèves. Je me suis dit que je jouais sans doute avec ma carrière lorsque, sortant des toilettes, je me suis retrouvé nez à nez (où plutôt nez à fesses) avec Jordan un de mes élèves de CP en mode petite section avec le slip et le pantalon en bas des jambes en train de se soulager dans les urinoirs.

Et puis quand on est nouveau, il y a parfois de grands moments de solitude. Comme l’autre jour, lorsque Madame Charmier est arrivée et qu’avec une grande spontanéité et beaucoup de surprise, je me suis écrié : « Oh merde, il pleut !!?! ». En fait non ! Il ne pleuvait pas. Le silence pesant qui s’est ensuivi m’a un peu mis sur la voie et quand Madame Charmier m’a demandé « Ben non ! Pourquoi il pleuvrait ?», j’ai eu du mal à jouer l’honnêteté et lui affirmer que non, désolé, j’ai cru que ses cheveux étaient mouillés mais que, en fait ils ne sont que gras et que ouf ! je peux faire sport dehors. Alors j’ai baissé la tête et j’ai fait semblant de ne pas l’entendre.

Il devrait y avoir un document dans chaque école pour éviter ce genre d’incident. Une fiche mémo que les anciens laisseraient aux nouveaux pour faciliter leur intégration. Du genre :

  • Ne pas parler politique avec Monsieur Untel à moins de vouloir également que « les bougnoules quittent notre France chérie ».

  • Ne pas rigoler (même par politesse) aux blagues de Monsieur Untel. Il risquerait de se croire drôle.

  • Ne pas aller aux toilettes moins d’une heure après le passage de Monsieur Untel.

  • Ne pas plaisanter sur la jambe de bois de Madame Unetelle en sa présence. Elle le prend encore mal. C’est assez récent.

Et puis ce qui me manque énormément dans une nouvelle école, c’est ce sentiment d’être un peu à la maison, de connaître les moindres recoins de l’école et les trucs qu’il faut savoir pour se simplifier la vie, et chaque matin d’être content de croiser les collègues qui font un peu partie de la famille et aussi de connaître les prénoms des élèves pour éviter de les nommer vestimentairement dans la cour.

« Hé ! Le pull bleu, là ! Ramasse le papier que tu viens de jeter ! »

« Hé ! Le T-shirt rouge, là ! Fais doucement avec le ballon ! »

« Hé ! Le string rose, là ! Eh ben…euh… va mettre une ceinture à ton pantalon ! »

Mais je sais que tout cela va venir. Que petit à petit, jour après jour, bourde après bourde, blague vaseuse après blague vaseuse, je vais commencer à être accepté comme un membre à part entière de cette équipe. Je sais que la veille des vacances de Noël, après la soirée entre collègues, lorsque je tiendrai les cheveux de Directrice qui sera en train de vomir dans les toilettes des élèves, j’aurai franchi un cap dans mon intégration.

Le nouveau

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Published by Tévélis
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commentaires

Lauriane 29/09/2016 18:13

Moi non plus je n'ai pas encore trouvé les toilettes pour les adultes ^^

Ker Mary 29/09/2016 13:34

et les toilettes justement elles ne sont pas indiqué sur le plan incendie?

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