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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 14:11

« Mais vous avez quel âge, bordel ?

- Six ans, maître !»

Ah oui ! En effet, c’est pas vieux. Ça excuse peut-être votre immaturité.

Que je déteste faire ce genre de remarque : « Arrête de faire le bébé !», « C’est bon, on n’est plus en maternelle !» ou « Faudrait grandir un peu ! »…

Pourtant je me prends parfois en flagrant délit de maturité faisant méchamment remarquer à un enfant que c’est… un enfant. Et je le regrette aussitôt, prenant conscience du non-sens de mes propos.

« Bon les enfants, ça suffit ! Arrêtez de faire les enfants ! »

D’après Wikipédia, la maturité est l'étape dans laquelle se trouve un organisme qui a atteint son plein développement. Quand je vois la taille de mes CP, il semble évident qu’ils n’ont pas encore atteint leur plein développement.

Et moi-même, malgré mon plafonnement à 181 cm, ai-je vraiment atteint ce plein développement ? Dans le même article de Wikipédia, on parle de la maturité intellectuelle qui est plus difficile à évaluer, prenant comme exemple Einstein qui a mis au point la théorie de la relativité à l'âge de 37 ans, Mozart qui a composé le Requiem en ré mineur à 35 ans et Beethoven avec sa 9e Symphonie qu'il a composée à 54 ans.

Bon j’ai loupé le Requiem en ré mineur l’année dernière, mais si je me mets au boulot j’aurai peut-être pondu une théorie de la relativité pour mes 37 bougies, l’an prochain !

Et là je pourrai me vanter d’être mature. Enfin !

Parce que pour l’instant, à 36 ans, je patauge encore entre une enfance lointaine (mais pas trop), une adolescence pas encore totalement avortée et un monde adulte dans lequel je me sens souvent comme un môme. L’adulescent de la chanson d’Aldebert, c’est aussi moi.

Même mes CP peuvent en témoigner. Par exemple quand Directeur débarque dans ma classe en arborant un sac de piscine oublié depuis avant les vacances dans le couloir :

"C’est plus du moisi dedans, c’est carrément une croûte forestière !"

Je regarde mes ouailles d’un air faussement courroucé espérant bien qu’aucun d’entre eux ne reconnaîtra mon sac.

Ou quand je recherche régulièrement mon bonnet, mon écharpe ou une chaussette égarée dans la pile de vêtements perdus sur la table dans le hall de l’école. J’ai la hantise qu’un jour ma mère me traîne par l’oreille jusqu’à cette table et me colle le nez sur le tas d’habits en criant :

« Alors, il est où ton bonnet ? Hein ? Il est où ? Ca fait le 4ème cette année. Avec ton père, on en a marre ! ».

Ou lors des anniversaires, quand je me coupe un part de quatre-quarts plus grosse que les autres.

Ou lorsque j’écris des appréciations pas très personnalisées avec trois stylos attachés sur trois bulletins différents pour gagner du temps.

Ou quand je tire la chasse d’eau du bout du doigt avec déjà un pied en dehors des toilettes prêt à déguerpir comme un voleur parce que le bruit me fait peur.

Pour toutes ces choses, je me dis que mon organisme a encore quelques étapes à franchir avant la maturité. Et tant pis si je ne compose jamais un requiem, une symphonie ou une théorie. Une grosse part de quatre-quarts, c’est quand même plus sympa.

Et tous ces enfants à qui, dans un accès d’énervement, je demande de grandir, j’espère qu’ils ne le prennent pas au pied de la lettre.

Mais de ce côté-là, je ne me fais pas de souci ! Mes élèves prennent rarement au pied de la lettre ce que je leur dit quand je suis énervé. Pour preuve, quand je leur braille de se taire, ils me regardent étonnés pendant cinq secondes et reprennent leur conversation pas très perturbés par cette interruption.

Alors, plus tard, avec beaucoup de recul, je me dis qu’ils ont raison de ne pas se laisser faire par un type qui leur crie dessus.

Et que personne ne peut leur donner l’ordre de grandir.

Et que personne ne peut leur donner l’ordre de se taire.

Parce que par les temps qui courent, il est important de s’exprimer.

Des vrais gamins

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Published by Tévélis
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commentaires

Diane Groseille 02/01/2016 19:35

Mes étudiants, qui ont une vingtaine d'années en moyenne, entendent souvent le fameux "mais vous avez quel âge?"... Pour dire que la maturité, c'est pas une question d'âge, c'est une question de dosage...

marie 10/12/2015 21:08

Toujours le mot juste c'est fou ! Merci pour ça !

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