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1 juillet 2015 3 01 /07 /juillet /2015 14:07

L’année scolaire est sur le point de s’achever. Je regarde derrière moi pour faire le bilan et j’aperçois encore distinctement le jour de la rentrée, là juste à quelques pas. Je me souviens alors de cette évaluation en Histoire. Ou plus précisément de cette question sur le siècle des Lumières. Ou plus précisément encore de la réponse d’Iliès.

Le siècle des Lumières est un siècle qui a duré moins longtemps que les autres.

Réponse qu’il m’expliquera plus tard avec un argumentaire implacable, lorsque je lui rendrai sa copie.

- Ben oui ! C’est un siècle qui passe à la vitesse de la lumière. Et c’est ultra rapide la lumière. Alors c’est un siècle plus court.

Et Anaïs de l’encourager :

- Ben oui Maître ! Comme une année lumière.

Et Mario de surenchérir :

- Ben oui ! Tous les quatre ans, il y a une année Lumière qui dure un jour de moins.

Et Lucas de tenter :

- Ben oui…

Et le maître de péter un plomb :

- STOOOPPPP !!!! Le prochain qui commence sa phrase par « Ben oui ! », je lui expédie une punition à la vitesse de la Lumière et je vous garantis qu’elle ne sera pas plus courte. Bien au contraire.

C’est à cette formule que je repense quand je me retourne pour regarder derrière moi : une année Lumière. Plus rien à voir avec cette distance vertigineuse que la lumière parcours en une année. Non, mais une très belle image pour décrire une année qui passe trop vite.

Il est vrai qu’il est plus bien plus long de traverser une année scolaire dans la pénombre d’une classe difficile. On se cogne aux murs, on s’entroupe dans les cartables qui traînent dans les allées et le temps semble s’étirer comme un chewing-gum sans sucre dans lequel on s’englue.

Alors qu’une année Lumière c’est une année hors des ténèbres, baignée d’un soleil éblouissant qui nous fait cligner des yeux.

A peine le temps de finir l’appel le premier jour de la rentrée. Je cligne des yeux et je vois mes élèves quitter la classe avec leur dossier scolaire sous le bras en direction du collège.

A peine le temps de commencer ma première leçon. Je cligne des yeux et je suis en train d’écrire la dernière appréciation du dernier bilan avec la mention : Passe en 6ème.

A peine le temps, lors de la prérentrée, d’ouvrir mes commandes aussi excité qu’un gamin devant ses cadeaux le jour de Noël. Je cligne des yeux et me voilà encore plus excité, en train de passer commande pour la prochaine rentrée, m’extasiant devant les dévidoirs de ruban adhésif et le taille-crayons à manivelle qui serait du plus bel effet, accroché là sur le bord de mon bureau.

Je chausse mes lunettes de soleil le temps d’une pause temporelle. Le temps de repenser à cette année. Et je lui accorde volontiers le titre d’Année Lumière. Des élèves sympathiques, des projets aboutis, des collègues agréables. Cette année, le soleil est entré par les grandes baies vitrées de ma classe et il a réchauffé l’atmosphère.

Alors pour finir l’année en beauté, les lunettes bien vissées aux oreilles, je lève le nez au ciel et plisse les yeux devant ce soleil bienveillant qui me réchauffe le visage. Et je laisse couler les deux derniers jours d’école comme une gorgée d’eau rafraichissante.

Une année Lumière

BONUS :

Juillet 2002. C’est la fin d’après-midi d’une chaude journée dans le sud de la France. Je suis en vadrouille à vélo depuis plusieurs jours. Dans le village dans lequel nous faisons étape, le seul téléphone à carte se trouve dans le bar-restaurant. Après un coup de fil à ma mère qui me coûte presque trois unités, j’attends avec Sam, Raph et Adeline, le verdict qui cèlera à jamais la destinée de ma vie professionnelle (et celle de Sam par la même occasion). Après avoir pianoté nos codes respectifs sur le minitel, ma mère nous rappelle pour nous annoncer la bonne nouvelle : « Vous êtes admis tous les deux ! ». Nous sortons du bar un peu plus tard et le soleil de début de soirée descendant sur l’horizon me fouette le visage.

Je cligne des yeux.

Quand je les rouvre, je suis entouré de jeunes gens qui me félicitent respectueusement. La salle polyvalente est décorée et on me pousse vers une table où l’on me tend un couteau. Sur le gâteau au trois chocolats (mon préféré), je regarde avec tendresse la plaque de sucre sur laquelle est inscrit un laconique « Bonne retraite ».

Ça, c’est une carrière Lumière.

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Published by Tévélis
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Je Rêve 01/07/2015 17:08

Bien écrit, comme toujours, très juste, comme juste... Mes yeux sont même un peu mouillés (de lumière)...
Bonne fin d'année, bonnes vacances !

Un Prof À L'envers

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  • : Jean Tévélis, professeur de écoles, raconte ses aventures dans ce blog avec des billets remplis d'humour, d'enfance et de vécu...
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