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22 mars 2017 3 22 /03 /mars /2017 14:06

Nous venons de passer le 112ème jour de classe, et je crois qu’enfin un virage va s’opérer dans ma programmation annuelle. Je commençais à ressentir comme une espèce de saturation. Comme quand l’eau coule trop vite dans le lavabo et que le petit trou du trop plein est insuffisant pour évacuer la surcharge. J’ai l’impression de me noyer dans mon propre emploi du temps. Il faut dire qu’il ressemble à ça, mon emploi du temps, depuis le début de l’année :

Overdose

De la lecture matin midi et soir. Sans ordonnance. A haute dose.

J’ai même dû adapter le pack étiquettes emploi du temps de Lutin Bazar pour faire le programme de ma journée, chaque matin :

 

 

 

Overdose

Si je ne veux pas partir en bad trip avec la moitié de ma classe, il faut que j’espace les injections. En plus, la lecture, il parait que c’est mauvais pour la santé. Je l’ai moi-même constaté en enseignant un son par semaine.

La semaine du [r] et celle du [g] : trop mal à la gorge.

La semaine du [l] : tendinite de la langue.

Les semaines du [f] et du [v] : les lèvres gercées.

Pour le [t] et [p], le sol était tellement glissant que je me suis étalé à de multiples reprises.

 

Depuis que j’ai dit à mon assurance que j’avais des CP, ils ont ajouté une clause dans mon contrat. La même que les types qui font du base jump ou du parapente.

 

Et puis, l’autre nuit, j’ai fait un rêve inquiétant.

Je me retrouve en blouse d’écolier, à l’oral professionnel du CAPE. Le jury est composé de Patati, Patata, Gafi, Ratus, Ludo, Léo, Léa, Mika, Taoki, le nain de Grindelire et même Rémi et Colette qui viennent de cueillir une tulipe pour maman. Ils parlent en détachant tous les sons et je ne comprends rien à leurs questions. Je m’aperçois alors que je ne sais plus combiner. Les sons, pour moi, ne sont plus que des bruits qu’il m’est impossible d’associer. Je regarde sur la table, les notes que j’ai prises sont incompréhensibles. Je vois juste des séries de lettres et des espaces qui se succèdent sans que je ne sache les décoder. Et puis dans la vitre, un peu plus loin, je vois mon reflet et je comprends.

J’ai 6 ans.

Et je ne sais toujours pas lire et je vis un enfer.

L’enfer que je fais vivre à mes élèves depuis 112 jours.

 

Après m’être réveillé en sueur en criant « P, A, PA ! », j’ai sauté sur mon ordi et j’ai potassé les nouveaux programmes de 2016 (D’ailleurs, je pense qu’ils ne vont pas tarder à nous en pondre des autres, on est quand même en 2017) en espérant un peu d’aide venue des instances supérieures. La dernière fois que j’avais consulté ces programmes, appliquant l’article 3 des droits imprescriptibles du lecteur de Daniel Pennac (le droit de ne pas finir un livre), je n’étais pas allé jusqu’au bout. Je trouvais les personnages insipides et l’ambiance assez morne. Je n’étais pas du tout entré dans l’intrigue, très déliée. Alors cette nuit-là, j’ai parcouru les pages suivantes et j’ai vu qu’il y autre chose que la lecture en CP : les mathématiques.

 

Et j’ai commencé à paniquer, à suer à grosses gouttes, craignant une inspection imminente qui mettrait fin à ma carrière et qui ferait les gros titres de la page d’accueil de Yahoo : « En CP, il n’enseignait que la lecture ».

 

Et puis je suis tombé sur l’article  3 du BO n°44 du 26 novembre 2015.

 

Article 3 - Sous réserve que l'horaire global annuel de chaque domaine disciplinaire soit assuré, la durée hebdomadaire des enseignements par domaine figurant à l'article 2 peut être ajustée en fonction des projets pédagogiques menés.

 

Sauvé !

Voilà, ce que je dirais à l’Inspecteur s’il vient demain.

« Ah ben, vous tombez à point, on vient de finir le projet lecture commencé le 1 septembre. Et on attaque le projet mathématiques. »

 

Voilà mon nouvel emploi du temps.

 

Overdose

Et si j’ai le temps pendant les prochaines grandes vacances. Et si je suis sûr que les programmes 2016 seront appliqués encore au moins un an, alors je les lirai jusqu’au bout.

 

Et, allez savoir, peut-être que je découvrirai qu’il y encore autre chose après la lecture et les maths en CP.

 

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8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 11:32

Dans ma classe, il y a Izia, bavarde invétérée qui ne se formalise pas d’une main levée et d’une autorisation pour prendre la parole en classe.

Dans ma classe, il y a aussi Enzo qui au contraire, ne parle qu’avec mon précieux assentiment, et qui, il y a quelques semaines, après avoir poireauté 10 minutes le bras en l’air, et le teint blanchâtre, a paru soulagé que je lui donne enfin la parole mais n’a pas pu finir sa phrase, interrompue par une immense gerbe sur son cahier du jour, une phrase à jamais incomplète qui commençait par « Maître, j’ai envie de vo… ».

Dans ma classe, il y a Manel qui ne sait pas chuchoter sans crier.

Il y a Icham qui ne sait pas parler sans chouiner, et Ludo qui ne fait que répéter les réponses déjà données, et Lina qui à force de manger ses cheveux a fini par s’en coller un sur la langue que même l’orthophoniste-coiffeur n’arrive pas à lui couper, et Karim qui a un langage châtié tout droit sorti du siècle des Lumières, mais avec l’accent mahorais.

 

Et tous les autres. Chacun avec son rapport propre au langage et à la parole.

 

Et puis, dans ma classe, il y a Anis. Qui ne maîtrise pas encore la langue française pour s’exprimer pleinement. Il baragouine quelques mots-phrases qui, dans un contexte précis, me suffisent à le comprendre dans l’urgence : « Toilettes ! », « Crayon ! », « Couper ! ».

 

Les quelques phrases qu’il s’escrime à articuler finissent, après une analyse très poussée de l’ensemble de la classe,… par ne pas être comprise.

 

-Possouna milado !

-Euh, comment ?

-Possouna milado !

 

Je lance un regard interrogateur dans l’espoir qu’un de ces camarades me traduise. Et comme personne n’a l’air de comprendre, Anis retente une autre fois, avec un peu moins de conviction, « Possouna milado ! » puis baisse la tête. Je lui propose quelques pistes en ultime recours, les enfants m’aident :

 

-Pose une amie l’ado ?

-Poisson a mis dans l’eau ?

-Pousse moi dans le dos ?

 

Mais, Anis secoue la tête et finit par hausser les épaules et ça, je comprends : « Laisse tomber Maître ! ».

 

Et puis il y a quelques semaines, en rentrant en classe, l’après-midi, un peu plus enjoué que d’habitude, Anis m’attrape le bras et avec son petit sourire pétillant, il me crie : « Chémagémadouna ! Chémagémadouna !»

 

Même rituel que chaque fois. Je lui fais répéter, je regarde les autres, on propose des phrases…mais là, il ne hausse pas les épaules. Pas question de lâcher l’affaire, il veut être compris. Et il assène, s’énervant presque, « Chémagémadouna ! Chémagémadouna ! ».

 

Et ça dure 5 minutes, 10 minutes, mais il faut passer à autre chose. Alors, la tête baissée, les épaules basses, il retourne vers sa place. En chemin, il se retourne une dernière fois ! « Chémagémadouna ? », il demande. Il regarde les autres qui haussent les épaules aussi dépités que lui.

 

Et plus que toutes les autres fois, je me sens rongé par la culpabilité de ne pas le comprendre. Car ce message, il souhaitait vraiment qu’il soit entendu et compris et qu’on partage avec lui cette excitation qu’il avait en arrivant ! Qu’on communique, quoi ! Pour de vrai, pour une fois.

 

Chémagémadouna !

 

Le soir même, je fonce sur Google. Et tape le mot avec toutes les césures possibles : Ché magé madouna, chéma géma douna…. Mais rien.

 

Et je pense alors à Bruce Willis et au petit garçon de Code Mercury qui écrit des listes de nombres interminables. Et si Anis avait capté une interférence extraterrestre, s’il avait avalé un microfilm russe par erreur… Et si son message était vraiment important. Pour l’avenir du monde, je veux dire.

 

Les jours qui suivent, je m’attends à tout moment à voir débouler Directrice dans ma classe avec deux types en costards sur mesure, qui me tendraient leur carte du FBI et qui demanderaient un entretien avec Anis.

 

Mais ça non plus, ce n’est pas arrivé.

 

Et puis, hier, Anis est arrivé tout excité en criant à nouveau « Chémagémadouna ! » « Chémagémadouna ! ».

 

Je lève les yeux au ciel en me rappelant la galère de la dernière fois. Mais lui ne semble pas se souvenir du désarroi qu’il avait ressenti à ne pas se faire comprendre. Et il insiste « Chémagémadouna ! » et je souris tristement ! Et les autres enfants haussent les épaules d’avance.

 

Puis, Anis fouille dans sa poche et me tend la main fermée. Comme pour ménager le suspense, il sourit puis ouvre doucement sa main. Et là, je comprends tout le sens de sa phrase. Chaque mot, chaque césure, chaque confusion de son, je comprends tout.

 

Dans sa main, un petit jouet. Un petit jouet que je reconnais. Mon fils a le même.

 

C’était il y quelques jours. Un samedi soir. Rien dans le frigo. Envie de faire plaisir aux gosses. Envie d’un peu de malbouffe dans notre triste vie remplie de soupes de légumes et de yaourts allégés. « On va au McDo ! »

 

Et c’est là, que j’ai vu ce petit jouet. Au MacDonald.

 

Chémagémadouna ! Rien à voir avec les espions russes ou Bruce Willis ! Rien à voir avec les extraterrestres non plus ! Rien à voir avec un message important pour l’avenir du monde !

 

Juste un message important dans la vie d’un petit garçon : « J’ai mangé au MacDonald ! ».

Se faire comprendre
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18 janvier 2017 3 18 /01 /janvier /2017 12:30

- Alors t’as eu combien à ton évaluation de maths ?

- Un.

- En maths ? T'as eu combien !?!?

- Un.

- T’es sourd ou quoi ? Ton éval de maths ! T’as eu combien ?

- Un, je viens de te dire.

- Tu te fiches de moi ? Un sur vingt !!?

- Mais non Maman…

- Un sur dix ?! C’est pas mieux !

- Mais non, mais un, c’est la meilleure note.

- C’est pas possible ! C’est quoi cette classe de nuls !!

- Mais non, pas la meilleure note de la classe, mais la meilleure note tout court. Il y a 1, 2, 3 et 4. Un c’est le mieux.

- Pfff ! N’importe quoi ton maître !

- En fait, un c’est comme A l’année dernière avec la maîtresse.

- Ah oui, A, comme les Américains.

- Non pas A comme Américains, mais A comme Acquis.

- A qui ? De quoi ? Je comprends rien. Elle est de quelle couleur ?

- De quoi ?

- Ben ta note de maths ! Il l’a colorié de quelle couleur, le maître ? En vert, en orange ?

- Mais tu délires Maman !

- Et puis ta note, elle sourit ou elle boude ?

 

Conversation très courante depuis que les notes ne sont plus à la mode.

Parce que, d’accord, il ne faut plus utiliser de note chiffrée, mais à la place qu’est-ce qu’on fait ?

 

On fait chacun à sa sauce !

 

Et puis, de toute façon, quoi qu’on fasse, chiffres, lettres, couleurs, émoticônes, on heurte nos sensibles élèves.

 

Le zéro est humiliant !

Le rouge est agressif !

Le NA est décourageant !

Le smiley boudeur est déprimant !

 

J’ai moi-même utilisé une pléthore de systèmes de notation différents dans ma carrière.

 

Les notes, bien-sûr, sur vingt, sur dix aussi, avec les interminables moyennes à calculer à chaque fin de trimestre. Mais aussi les sigles mystérieux, les couleurs réductrices et les smileys en tout genre…

 

J’ai même été plutôt créatif dans ce domaine. Enfin, créatif, pas vraiment. Je me suis beaucoup inspiré du monde qui nous entoure.

 

J’ai utilisé la notation financière avec le célèbre triple AAA. Mais, mis à part, justement, ce célèbre triple AAA qui est la note maximum et que tout le monde connait, les autres niveaux sont incompréhensibles pour tous les parents qui n’ont pas au moins un master en finances internationales. Et les AA+, CCC-, B-B et autre ABC+ restaient assez flous pour éclairer les parents sur le niveau de leurs enfants.

 

Et puis, il y a eu les étoiles, comme le Michelin. J’avais des élèves grand luxe à cinq étoiles et des élèves bouis-bouis à une étoile avec tout juste de l’eau chaude dans les douches.  Mais je me suis souvenu des grands chefs cuisiniers qui se suicidaient quand ils perdaient une étoile. Alors j’ai banni ce système aussi.

 

Et puis l’Internet m’a également inspiré et ses emoji tellement expressifs.

 

T’as eu combien

- Dites donc Monsieur Tévélis !

- Oui Madame l’Inspectrice ?

- Pourriez-vous m’expliquer la signification du petit symbole que vous collez sur le travail des élèves qui n’ont pas acquis la compétence ?

- Ben, c’est une crotte !

- Oui…j’ai vu. Mais encore ?

- Ben c’est clair, non ! C’est pour dire que c’est un travail de m…..

- Et la bienveillance là-dedans ?

- C’est quand même une crotte qui sourit. On ne peut pas être plus bienveillant !

 

Du coup, j’ai été moyennement étonné de voir ce petit symbole collé dans la case de ma note d’inspection sur le rapport qu’elle m’a envoyé.

 

Et malgré tous ces changements dans le système de notation depuis quelques années, les parents, droits dans leurs bottes et bien campés sur leur position, n’ont jamais daigné adapter leur question qui est restée jusqu’à ce jour : « T’as eu COMBIEN ? ». Et les enfants, imperturbables, de répondre : « J’ai eu bonhomme qui sourit » ou « J’ai eu vert avec un peu d’orange sur les bords ».

 

Et puis voilà qu’à la rentrée 2016, le Livret Scolaire Unique Numérique est arrivé !

Pour enfin apporter un peu d’harmonisation dans cet hostile fouillis !

 

En école primaire, nous sommes invités à évaluer nos élèves en termes d’objectifs d’apprentissage sur une échelle à 4 niveaux : "objectifs non atteints", "partiellement atteints", "atteints" et "dépassés".

 

- Alors ta note de maths ?

- J’ai eu « dépassés » !

- Dépassée ?! Tu te fiches de moi. C’est que le premier trimestre du CM1, et mademoiselle est déjà dépassée par les évènements ! Qu’est-ce que ce sera au collège ?

 

Comme ça, du CP au CM2, avec le LSUN, même si l’enfant change d’école, les parents auront de réels repères quant à la notation du travail de leurs enfants.

 

Enfin… au moins jusqu’au prochain gouvernement.

 

 

 

 

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T’as eu combien
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2 janvier 2017 1 02 /01 /janvier /2017 09:10

Le syndrome des 5 jours. Ça n’arrive qu’à moi ?

 

C’est une sorte de nœud qui commence à se serrer dans mon ventre 5 jours avant la fin des vacances.

 

Au début de ma carrière, je n’arrivais pas à identifier ce point compact qui se densifiait dans mes entrailles pendant chaque période de vacances.

 

Et puis un jour j’ai compris.

Je venais de taper mes symptômes sur l’Internet. On m’annonçait alors une mort lente dans d’atroces souffrances pendant lesquelles mes yeux allaient sans doute éclater et mes oreilles saigner. Et au lieu de paniquer, je me suis senti soulagé et le nœud s’est dénoué dans mon ventre.

 

L’annonce de ma mort me délivrait, me libérait.

Mais de quoi ?

De mes préparations de classe, pardi.

 

Et c’est ça, cette sensation que j’ai appris à connaître et qui revient comme un métronome, cinq jours exactement avant chaque rentrée. Ce sentiment qui toque à l’entrée de ma boîte crânienne et à qui mon cerveau refuse d’ouvrir, sachant éminemment qu’il va jouer les rabat-joie, lui gâchant les derniers jours de vacances en lui annonçant : « Euh, faudrait peut-être t’y mettre maintenant ! ». Plutôt mourir (même d’une hémorragie des oreilles) !

 

Cette boule qui apparait systématiquement dans les derniers jours de vacances, ce n’est pas dû à la rentrée à proprement parlé. Reprendre le boulot, retrouver mes élèves, mes collègues, ça me fait même presque plaisir. Non, ce qui me coûte, c’est la préparation avant la reprise.

 

La préparation au quotidien, ça ne me dérange pas. C’est comme l’eau froide. Une fois qu’on y est, ça va. Le plus dur c’est d’y retourner après être resté emmitouflé au chaud pendant plusieurs jours de vacances. D’abord la nuque puis l’estomac. D’abord la période puis la journée de rentrée. Après on plonge. C’est saisissant, c’est froid les premières minutes puis on s’y fait.

 

Mais le temps de se mouiller pour rentrer préparé, ça prend cinq jours complets. C’est long. Et j’ai beau savoir que la préparation est indispensable au bon fonctionnement de la classe et du même coup, à un certain confort de travail, j’ai vraiment du mal à entrer dans l’eau froide et je reste au bord de la piscine avec ma boule au ventre.

 

Je sais que certains enseignants beaucoup plus prévoyants, se prenne une petite douche tiède tous les jours pour rester dans le bain des préparations pendant toutes les vacances. Je ne suis pas de ceux-là, malheureusement. Moi, je déconnecte complètement (au moins les 10 premiers jours) au point d’oublier que j’ai un métier en dehors des vacances.

 

Mais cette année, j’ai décidé d’aller jusqu’au bout du bout des vacances. J’ai décidé de profiter de la moindre minute, de chercher mon sac partout mardi matin au moment de la reprise, d’oublier le prénom de mes élèves, de mes collègues, de mon métier. J’ai décidé de ne travailler que 6 mois par an, parce que c’est, de toute façon, ce que l’on croit de nous.

 

Et les élèves qui ne font pas leurs devoirs, ils ont une boule au ventre eux ?

Et est-ce qu’ils ont un sixième sens comme nous, pour deviner qu’on a rien fichu pendant les vacances ?

 

- Maître, ça se voit trop que t’as pas préparé la classe.

- Oui, mais c’est parce que, en fait, on était invités…et on s’est couchés tard… et complétement bourrés.

 

Alors voilà, pour une fois j’ai profité de mes 5 derniers jours de vacances.

J’ai fait un tas de trucs que je n’aurais pas fait si je m’étais attelé à la préparation de ma classe :

- Zoner sur internet

- Manger des chocolats

- Jouer deux accords de guitare.

- Actualiser mon compte Le Bon Coin pour voir combien de personnes ont cliqué sur mon annonce : A vendre : Réussir son entrée à l’Ecole Normale (réédition avec les nouveaux programmes de 1985).

 

Bah, en fait, déjà tout ce que je fais d’habitude en préparant mes cours.

Tout ce que je fais d’habitude, mais avec, en plus, une boule au ventre qui grossissait chaque jour un peu plus.

 

Alors voilà, cinq jours, en maillot de bain, en train de se les geler, de l’eau jusqu’aux chevilles parce qu’on n’ose pas entrer dans l’eau, ça ne permet pas de profiter pleinement de la fin des vacances.

 

Du coup, maintenant, il me reste une vingtaine d’heures avant la rentrée. Ça fait juste 10 heures pour préparer ma classe avant d’aller me coucher pour au moins profiter de ma dernière nuit de vacances sans nœud au ventre.

 

 

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Jusqu’au bout
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23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 11:00

1.      La business maman

Elle arrive avec une demi-heure de retard et se montre surprise de quand même nous trouver en classe. Elle pense qu’en bon fonctionnaire, à 16h, alors que Bilal est encore dans le couloir en train d’essayer de fermer son manteau avec ses moufles, on est déjà au volant de notre voiture en route pour la maison. Elle s’assoit sur le coin d’une table et nous écoute d’une oreille distraite, toujours un œil et un doigt sur l’écran de son portable. Elle hoche la tête, opine à intervalle régulier et décroche en s’excusant, à la moindre sonnerie. Que des appels professionnels avec des mots bien professionnels pour se faire mousser, du genre « taux de change constant », « gestion indicielle » ou encore « trading directionnel ».

J’ai moi-même essayé la technique du portable lors d’un entretien avec la maîtresse de mon fils, mais sur le coup, les seuls mots professionnels qui me sont venus ont été : « boulier », « Gaffi », « kermesse » et « ballon capitaine ».

Ensuite, la maman regarde sa montre et se lève en plein milieu d’une phrase en nous tendant la main et en nous remerciant, nous assurant qu’elle parlera à son fils de tout cela, mais s’excusant de ne pas pouvoir rester plus longtemps.

Quand elle repart, on fait le calcul : une heure de rendez-vous moins une demi-heure de retard, moins 20 minutes de conversation téléphonique, moins 10 minutes de textos… Le rendement est faible. On soupire et on espère qu’il n’est pas révélateur du temps consacré à son fils.

 

2.      La maman sourde

Comme dans le sketch d’Elie et Dieudonné, l’hôpital. Quand le mari de Nicole Piche refuse de comprendre que sa femme est décédée malgré les explications détaillées et explicites du médecin. Là, c’est pareil. On n’est pas médecin, mais on est plutôt explicite quant aux difficultés scolaires de son enfant. Mais elle reste souriante, baignant dans le déni et la dignité, ponctuant chacune de nos tentatives de lui ouvrir les yeux par un « Sinon, il va bien ? Il vous embête pas trop ? ».

Et comme dans un sketch, on serait tenté de rire.

Mais comme dans le sketch d’Elie et Dieudonné, au fond, c’est terriblement triste.

 

3.      Le papa violent

On s’en doutait. Vu la tête décomposée du môme quand, énervé, sur son carnet, on a programmé un rendez-vous, on imaginait bien que ses parents ne faisaient pas dans la dentelle. Mais, vu son comportement, il fallait agir. Et puis, une petite correction à la maison, loin de nos yeux, loin de notre sentiment de culpabilité, ça va peut-être le calmer. Et puis, après tout, cet éclair de terreur qui a traversé ses yeux quand on s’est emparé du carnet de liaison, ce n’était peut-être que de la comédie.

Au fil de l’entretien, le papa, d’abord maître de lui, commence à s’échauffer. Des mots très durs tombent de haut sur le gamin qui garde la tête basse. Le papa le bouscule, lui crie de s’excuser, souligne la honte qu’il ressent à être son père.

Du coup, là, sous nos yeux, de le voir, de le vivre, on se sent coupable. Au point de minimiser les pires frasques de son fils. « Ah non, le feu dans la poubelle !? Non non, rien de grave ! Une broutille. Pensez donc, la bagatelle. Oui oui, les pompiers ont pu sauver une partie de la cantine. Quant à la voiture de la Directrice, ne vous inquiétez-pas, elle est très bien assurée ! ».

Quand ils repartent, on fait le calcul : une secouée par le bras, un tirage d’oreille et une gifle en cinq minutes. Le rendement est élevé. Et là aussi, on soupire.

 

4.      L’hyper maman

Elle a ce qu’on appelle le syndrome de l’hyper parentalité. Elle veut le meilleur et rien que le meilleur pour son enfant. Elle veut tout contrôler pour éviter à son chérubin la moindre contrariété, afin qu’il ait une vie heureuse. Mais dans l’école, le contrôle lui échappe et elle nous harcèle du lundi au vendredi, 36 semaines par an, pour gratter un peu d’influence dans ce qui se passe dans la classe.  Et comme on ne veut céder à aucune de ses demandes pour éviter d’ouvrir la brèche par laquelle s’infiltrera sa parentalité hypertrophiée qui désorganisera toute notre classe, on se braque. On dit non à tout. Même aux bonnes idées. Par principe. « Le changer de place ? Non !! » même si on n’y avait pensé. Il fallait qu’on le fasse avant qu’elle le propose. Elle est hyper présente, hyper concernée, hyper intrusive, hyper inquiète, hyper stressée. Pour elle, c’est hyper fatigant. Pour le môme, c’est hyper fatigant et hyper étouffant. Et pour l’enseignant, c’est hyper chiant.

 

5.      Le papa qui tombe des nues

Dans le même genre que la maman sourde. Sauf que là, le père entend tout ce qu’on lui dit, mais il ne reconnaît pas son enfant. Il accuse le coup comme un boxeur coincé dans les cordes. « Je n’en reviens pas, je ne le reconnais pas ». On le rassure, c’est peut-être passager, il va se ressaisir. On feint d’essayer de comprendre mais on connait la technique. Le père se dédouane. Il fait croire que tout va bien à la maison, et que tout allait bien à l’école jusqu’à maintenant. Jusqu’à nous. Et par ce pervers procédé, il tente de nous faire culpabiliser sur la situation scolaire de son enfant. Puis soudain, il sort des cordes et demande « Vous êtes sûr qu’on parle bien de mon fils ? Lucas M. ». Et là, pour une toute petite lettre, le sol s’effondre sous nos pieds et on balbutie un truc du genre : « Lucas M… vous n’êtes pas le père de Lucas T. ? ».

 

6.      La jolie maman

On l’a convoquée pour le plaisir des yeux. Mais pour qu’elle reste un peu plus longtemps, on invente des petits tracas à son enfant. Des broutilles par ci par là. Elle commence à s’inquiéter et nous, on adore cette petite ride qui apparait quand elle fronce les sourcils. Alors on en remet une couche. Et là, elle se met à pleurer. Qu’elle est belle quand elle se mouche bruyamment dans le kleenex que l’on vient de lui tendre.

Mais soudain, c’est le choc : elle nous parle d’Acadomia. On se dit qu’on est allé trop loin. Beaucoup trop loin. Qu’il faut mettre fin à cette mascarade. La jolie ride, les charmantes larmes, d’accord. Mais Acadomia, surtout pas ! Alors on prend sur nous : « Vous êtes bien la maman de Camille ?» et on feint de s’être trompé d’élève, d’avoir cru que c’était la maman d’un autre : « Ça m’arrive souvent en ce moment ! ». Et finalement, le soulagement aussi lui va à ravir.

 

7.      Le papa qui connait mieux les programmes que nous

On nous avait prévenu à demi-mot dès la rentrée : « Tu verras, la gamine elle est super. Mais les parents … ». Alors on avait passé un peu plus de temps sur ses corrections, pour être sûr de ne rien laisser passer. Et puis, un jour, fatalement, on se fait convoquer par le papa. Dans notre propre classe. Il nous fait asseoir à la place de sa fille et nous branche sur les nouveaux programmes qu’il maîtrise clairement plus que nous. Il nous embarque dans les profondeurs obscures de ces programmes, là, où même les rédacteurs du Café Pédagogiques n’ont pas osé s’aventurer. On a chaud, on sue, on bredouille, on élude, revenant systématiquement sur les bons résultats de la gamine.

Quand il repart, les collègues se précipitent dans notre classe et nous trouvent vidé, éreinté…mais libéré. « Alors ? ». On joue les modestes : « Ben, pff, pas évident, mais je pense que je m’en suis bien sorti. Il a pas été trop vache. Mais bon, on peut jamais savoir, si ça se trouve, il va me saquer dans son rapport ».

 

8.      Les parents fantômes

On a tout essayé pour rencontrer ces parents. L’agenda, le cahier de liaison, l’internet, le téléphone, les textos, les sextos aussi, les signaux de fumée, les pigeons voyageurs. Mais rien, jamais une réponse.  Un soir de pleine lune, désespéré, on a même envisagé d’utiliser La Poste… mais au moment de passer sa langue sur la colle du timbre, on s’est résigné. Faut pas pousser, il y a des limites au désespoir. Restons dignes.

Une autre solution : le signalement. Mais sur quelles bases ?  Jamais absent, jamais en retard, propre, soigné, cahiers signés. Mais en grande difficulté. Ce n’est pas suffisant.

Alors les grands moyens. Un soir après l’école, un œil sur l’adresse de l’enfant et en route pour le domicile de la famille. Mais dans la rue, entre le 15 et le 19, il n’y a pas de 17. Un vrai mystère. Le lendemain, on suit l’enfant en mode inspecteur Gadget, en imperméable, mais sans les bras à rallonge. Mais entre le 15 et le 19, distrait par des anciens CM2 qui ne nous ont pas reconnu sous notre imper et qui nous traitent de pédophile, on perd de vue notre cible. Pire que la voie 9  3/4 de la gare de King’s Cross d’Harry Potter. Du coup, on abandonne. Et on se convainc que même s’il galère dans notre système scolaire, il va assurer à Poudlard.

 

9.      La maman nymphomane

Elle, elle fait partie des raisons qui m’ont poussé à passer le concours. Le fantasme de la mère d’élève entreprenante qui vous attrape dans le local de sport. Mais, déjà 13 ans se sont écoulés pour moi dans l’enseignement, sans qu’aucune maman n’ait jamais esquissé le quart du soupçon d’un truc vaguement entreprenant à mon égard. Et avec le temps qui passe, mes cheveux qui tombent et mes rides qui se creusent, je me dis que toute nympho qu’elle soit, cette maman n’aura bientôt plus envie de visiter le local de sport avec moi.

 

10.   Les parents tout court

Ceux qui signent les cahiers, qui sont ponctuels au rendez-vous, qui s’intéressent au travail de leur enfant, qui nous font confiance, qui nous soutiennent, même.

Voilà, c’est ça les parents tout court.

C’est court mais c’est tout. Tout ce qu’on aime chez les parents.

Et croyez-moi, il y en a plus qu’on ne le croit.

Le Top 10 des parents en entretien individuel
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16 novembre 2016 3 16 /11 /novembre /2016 13:21

 

En sortant du préau, je m’abrite sous mon pull pour me protéger des petits grêlons qui tombent du ciel. Il est 13h45 et je vais chercher mes élèves dans la cour. Bien entendu, ils ne sont pas rangés. Déjà sous le soleil, ils ne savent pas se ranger, alors sous la grêle, faut voir le cirque. Une vraie fourmilière ! Bon, avec que 20 fourmis, mais c’est quand même l’effet que ça me fait quand je les vois courir dans tous les sens, les mains tendues, la bouche ouverte, les yeux fermés.

 

Seul Jason m’attend calmement avec un sourire béat devant la poubelle, notre point de repère pour se ranger.

 

-       Maître, il neige. On va avoir des cadeaux.

Je comprends tout de suite le raccourci mais je n’ai ni le temps ni l’humeur de m’attarder sur ce genre d’émerveillement puéril. Alors, en mode adulte pas sympa, je lui assène un violent : « C’est pas de la neige, c’est de la grêle » et je hurle aux 19 fourmis loin d’être perturbées par ma présence, de se ranger fiça parce que la grêle ça fait mal.

 

De retour en classe, l’ascension de 2 étages, n’a pas calmé mes élèves. Et dans ma tête raisonne la voix de ma grand-mère : « Ah, ça sent la neige ! ». Prédiction récurrente de l’arrivée de la neige en fonction du degré d’excitation des enfants. Et ça marchait tout le temps. Bon, je vous avoue que dans la région de mon enfance, la neige tombait en hiver aussi souvent qu’un enfant peut être excité et que ma mamie se gardait bien de sortir ce genre de prémonition sous le soleil de juillet.

 

Mais, une fois de plus, ça n’a pas loupé, il s’est mît à neiger. Pas grand-chose. Juste deux trois malheureux flocons qui avaient l’air tout perdu dans le ciel gris et qui hésitaient vraiment à descendre sur le bitume de la cour où ils allaient fatalement disparaître.

Pas grand-chose mais juste assez pour que Jason s’en aperçoive et donne un grand coup de pied dans la fourmilière qui, à mon grand plaisir, avait fini par s’assagir pendant l’écriture.

 

-       Il neige. On va avoir des cadeaux.

 

Cette fois-ci, les autres élèves l’entendent et s’engagent dans la brèche.

-       Ah oui, c’est l’hiver.

-       Et en hiver, il y a Noël.

-       Et à Noël, on a des cadeaux.

 

Et Jason, les yeux fixés sur l’horloge de la classe, demande :

-       C’est bientôt Noël, Maître ?

-       Oui…enfin non ! C’est pas pour tout de suite, tout de suite. Il va falloir patienter encore un peu.

-       Patienter combien ? demande Samir.

-       Combien, quoi ?

-       Ben, combien de… minutes ?

 

Et là, oubliant que je m’adresse à Samir, le pauvre Samir qui a bien des difficultés à compter au-delà de la dizaine, je lui adresse un méchant :

-   Plus que tu ne peux en compter en tout cas.

 

Voilà, c’est ma spécialité, ça. Les boulettes ! Les pieds dans le plat ! Les grosses gaffes. Comme quand j’avais annoncé dans le blog de l’école que le papa de Selma ouvrirait la course des CP pour le cross et que ce dernier s’était présenté le lendemain à l’école dans son fauteuil roulant pour me demander de démentir l’information. Ou quand j’avais lancé une série de boutades plutôt pataudes à Madame Jouille et son appétit d’oiseau, avant de comprendre mon erreur en voyant les regards affolés de mes collègues qui m’ont confirmé plus tard que la pauvre était anorexique.

 

Je rattrape alors rapidement ma maladresse :

-       D’ailleurs, même Giulia (désignée par les autres comme la meilleure élève de la classe) ne pourrait pas compter toutes les minutes jusqu’à Noël… tellement c’est encore loin.

 

Mais Samir ne lâche pas l’affaire :

-       En jour alors ! Combien ?

 

Nous voilà en pleine séance de Découverte du monde, nouvellement dénommée Questionner le monde et que j’appellerais moi, plus volontiers, Questionner le Maître.

 

Alors je m’adapte. Je sors à l’arrache quelques outils pour qu’ils trouvent leur réponse eux-mêmes : le calendrier, l’affiche des saisons, le tableau du rituel Chaque jour compte…

 

On compte les jours, on compare les saisons, on élude la question de l’existence du Père-Noël, on parle un peu religion, ou plutôt laïcité, on récite les jours de la semaine, on chante les mois de l’année… Et on en conclut que Noël c’est bientôt mais pas trop. Que tout est relatif. Que le rendez-vous chez l’ophtalmo en juillet 2018 paraît moins loin que Noël prochain tellement ça nous tarde.

 

Et quand je leur dis de terminer l’écriture car il est bientôt temps de descendre en EPS, une partie de classe met inconsciemment en application ce que l’on vient d’apprendre en criant « Déjà ?!? ».

 

Alors Alix qui me voit sourire, s’illumine et déclare : « C’est vrai que c’est passé plus vite que quand on fait lecture ! »

 

Bizarrement, le seul que cette séance improvisée n’a pas captivé, c’est Jason, celui qui en est à l’origine. Il a passé son temps les yeux fixés sur l’horloge. L’agitation la classe semble alors le sortir de ses rêves. Il se lève d’un seul coup en me montrant l’horloge et la grande aiguille qui a bougé de quelques graduations et me demande :

 

-       Et là ? C’est bientôt Noël, là ?

Patience
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29 septembre 2016 4 29 /09 /septembre /2016 10:30

Le nouveau de l’école, cette année, c’est moi. Le premier jour, à la réunion de prérentrée, Directrice m’a fait monter sur l’estrade à côté d’elle. Elle m’a présenté brièvement à mes 20 nouveaux camarades (une grosse école) et leur a demandé de me réserver le meilleur accueil car changer d’école, vous savez, ce n’est pas facile. Les 20 têtes ont opiné en cœur en souriant chaleureusement et Directrice m’a montré ma place au bout du U.

Voilà. C’est tout. Pas de bizutage ou de journée de l’intégration. Pas de pot d’accueil avec la danse du camping qui aurait permis de briser la glace. Juste une présentation froide et impersonnelle dans une école à taille industrielle. Ma place dans cette grosse équipe, c’est à moi de me la faire tout seul.

Pas évident. Il faut déjà observer, jauger le groupe. Repérer la fonction de chacun dans la meute.

Le petit rigolo de service. Déjà pris. Zut !

Le brun ténébreux, taciturne, mystérieux qui cache vainement son strabisme derrière des verres fumés. Déjà pris.

Le syndicaliste maladif. Déjà pris.

L’éternel absent pour mal de dos. Déjà pris.

Et le rôle de la jolie nymphomane au décolleté ravageur ? Malheureusement et désespérément vacant.

Quand on est nouveau, avant d’apprivoiser l’équipe, il faut dompter le bâtiment.

Pour ma part, ce n’est pas encore gagné. Je me retrouve encore très souvent dans les toilettes des filles avec une liasse de feuilles à photocopier. Je trébuche régulièrement sur la dernière marche de l’escalier un peu plus haute que les autres. Je m’excite presque tous les matins pour ouvrir la porte d’entrée, oubliant que le sens de rotation de la clé est inversé.

Et surtout ! En un mois, je n’ai toujours pas trouvé les toilettes des adultes.

Surement par stupide dignité, je me refuse de demander à un collègue où les latrines professorales se situent. Je m’imagine mal pendant un conseil des maîtres lever le doigt et demander « Directrice, je peux aller faire caca ? » et qu’elle me réponde « Oui, bien-sûr, tiens Madame Donzé, tu peux accompagner Tévélis ? ».

Il devient urgent que je cesse d’aller discrètement dans les toilettes des élèves. Je me suis dit que je jouais sans doute avec ma carrière lorsque, sortant des toilettes, je me suis retrouvé nez à nez (où plutôt nez à fesses) avec Jordan un de mes élèves de CP en mode petite section avec le slip et le pantalon en bas des jambes en train de se soulager dans les urinoirs.

Et puis quand on est nouveau, il y a parfois de grands moments de solitude. Comme l’autre jour, lorsque Madame Charmier est arrivée et qu’avec une grande spontanéité et beaucoup de surprise, je me suis écrié : « Oh merde, il pleut !!?! ». En fait non ! Il ne pleuvait pas. Le silence pesant qui s’est ensuivi m’a un peu mis sur la voie et quand Madame Charmier m’a demandé « Ben non ! Pourquoi il pleuvrait ?», j’ai eu du mal à jouer l’honnêteté et lui affirmer que non, désolé, j’ai cru que ses cheveux étaient mouillés mais que, en fait ils ne sont que gras et que ouf ! je peux faire sport dehors. Alors j’ai baissé la tête et j’ai fait semblant de ne pas l’entendre.

Il devrait y avoir un document dans chaque école pour éviter ce genre d’incident. Une fiche mémo que les anciens laisseraient aux nouveaux pour faciliter leur intégration. Du genre :

  • Ne pas parler politique avec Monsieur Untel à moins de vouloir également que « les bougnoules quittent notre France chérie ».

  • Ne pas rigoler (même par politesse) aux blagues de Monsieur Untel. Il risquerait de se croire drôle.

  • Ne pas aller aux toilettes moins d’une heure après le passage de Monsieur Untel.

  • Ne pas plaisanter sur la jambe de bois de Madame Unetelle en sa présence. Elle le prend encore mal. C’est assez récent.

Et puis ce qui me manque énormément dans une nouvelle école, c’est ce sentiment d’être un peu à la maison, de connaître les moindres recoins de l’école et les trucs qu’il faut savoir pour se simplifier la vie, et chaque matin d’être content de croiser les collègues qui font un peu partie de la famille et aussi de connaître les prénoms des élèves pour éviter de les nommer vestimentairement dans la cour.

« Hé ! Le pull bleu, là ! Ramasse le papier que tu viens de jeter ! »

« Hé ! Le T-shirt rouge, là ! Fais doucement avec le ballon ! »

« Hé ! Le string rose, là ! Eh ben…euh… va mettre une ceinture à ton pantalon ! »

Mais je sais que tout cela va venir. Que petit à petit, jour après jour, bourde après bourde, blague vaseuse après blague vaseuse, je vais commencer à être accepté comme un membre à part entière de cette équipe. Je sais que la veille des vacances de Noël, après la soirée entre collègues, lorsque je tiendrai les cheveux de Directrice qui sera en train de vomir dans les toilettes des élèves, j’aurai franchi un cap dans mon intégration.

Le nouveau
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24 août 2016 3 24 /08 /août /2016 07:09

Qu’elle est étrange cette dernière semaine de vacances !

Du soleil plein le ciel, mais on reste cloîtrés à la seule lumière de notre écran d’ordinateur. Des grasses matinées jusqu’à des 7h30 pour se remettre dans le rythme. Des veillées tardives qui nous permettent tout juste de voir le JT et la météo. L’esprit libre mais quand même encombré par des nouveaux programmes.

En somme, toujours les vacances mais plus vraiment les vacances.

Il suffit de regarder notre page d’actualités sur Facebook. Les belles photos de famille sous le soleil sur lesquelles la seule trace de tracas pouvait se traduire par « Serai-je assez bronzé pour me la jouer au retour de vacances ? » ont progressivement été remplacées par de terrifiants appels de détresse tout droit issus des page de profs auxquelles nous sommes abonnés : « Help, j’ai un enfant autiste dans ma classe à la rentrée », « Help, j’ai des petites sections, dois-je autoriser la tétine à la sieste ? », « Help, j’ai une classe de 36 élèves à quatre niveaux, dois-je démissionner ? », « Help, j’ai passé le concours pour les vacances mais elles sont déjà terminées. »…

Oui, certes, je parle de la dernière semaine pour mon cas et celui de beaucoup d’autres, mais je sais que certains d’entre nous ne se sont accordés que le temps du trajet jusqu’à chez eux après le dernier jour de classe pour décompresser. Et qu’ils se sont remis au boulot dès le 5 juillet à 17h juste après avoir goûté, pour préparer au mieux leur prochaine année scolaire.

Une, deux ou huit semaines. Chacun son rythme.

La plupart des gens pensent que la journée de prérentrée suffit aux enseignants pour organiser leur année.

Pour refaire son emploi du temps. Pour trouver d’autres rituels. Un autre système de sanction. Pour changer totalement sa méthode en mathématiques. Pour s’approprier les encore nouveaux programmes. Ou un nouveau niveau. Pour ranger sa classe. Préparer les cahiers. Les progressions. Les affichages.

Moi aussi, au début de ma carrière je pensais comme eux. J’espérais avoir assez de 6 heures pour faire tout ça. Mais je me suis rendu compte qu’il était plus facile de d’enfiler un cheeseburger entier dans ma bouche que toutes ces tâches dans la journée de prérentrée. Et depuis, que j’ai vu qu’un Gallois s’était étouffé en voulant manger un cheeseburger en une seule bouchée, je commence à manger le mien une semaine avant la rentrée.

Parce que la journée de prérentrée, c’est un peu la dernière journée de vacances. C’est un peu la surcompensation du sportif. Après un entraînement intensif, il faut un temps de repos juste avant la compétition pour être au top de sa forme.

A la prérentrée, on boit un café et quelques viennoiseries, on remplit des plannings pour organiser le fonctionnement de l’école, on déballe les dernières commandes et on ajuste un peu le mobilier de sa classe. Que du light pour se ménager pour la grande journée qui suit.

Pour moi cette année, c’est un peu particulier. J’ai changé de département et n’ai obtenu ma mutation que mi-juillet. Ce qui veut dire que je suis, actuellement et jusqu’au 30 août, sans poste.

J’ai le privilège (ou la malédiction) d’être encore en vacances. Vous vous souvenez ! Comme les deux ou trois premières années, lorsque jeunes enseignants nous n’avions pas assez de points pour obtenir un poste au premier et deuxième mouvement.

Me voilà, pour cette dernière semaine de vacances, l’esprit complétement libre. J’ai bien lu un résumé des nouveaux programmes, comme ça, en dilettante, sans trop m’investir intellectuellement, ne sachant pas quel niveau je retrouverai à la rentrée. J’ai aussi rangé mes documents sur mon PC et fait une sauvegarde de ma clé USB (parce que l’année dernière je me suis maudit une demi-douzaine de fois de ne l’avoir pas fait, chaque fois que, en sueur, je cherchais ma vie, mon précieux, ma clé USB dans le bazar de mon organisation).

Mais voilà, maintenant je tourne en rond. Alors, je prends le soleil, je me baigne, je bouquine et je fais des mots croisés et des sudoku géants pour entretenir mon brain. Je m’occupe de mes enfants et je vais cueillir des mûres pour faire des confitures.

Bref, je profite des vacances.

L’esprit libre.

Enfin, presque libre.

Parce que quand même, deux petites questions de rien du tout qui me turlupinent un tantinet.

Où serai-je et que ferai-je à la rentrée ?

Dans quel coin reculé de mon beau département devrai-je conduire ma carcasse chaque matin pour enseigner ?

Et d’ailleurs, à qui enseignerais-je ? Serais-je adjoint en maternelle, en élémentaire, dans quel niveau, un double niveau, ou plus, directeur, dans un commune isolée, en REP ou REP+, maître E ou G, en clis ou en UPI, en SEGPA, éducateur en EREA, en IME, ZIL, Brigade, remplaçant ASH, ZIL en REP+ ou maître supplémentaire, en surnombre, décharge de directeur, ou titulaire de secteur…

Le burger, on ne va pas m’obliger à l’engloutir d’un seul coup, on va juste m’imposer lequel je devrai manger quotidiennement pendant un an. Pas que je sois difficile, mais parmi cette large diversité de hamburgers, il y en a un paquet que je n’ai jamais goûté.

Et quand même, j’appréhende.

L’esprit libre
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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 05:30

Il est 14h dans ma classe. La digestion fait des ravages sur la participation et l’implication de mes CP lors ma séance de vocabulaire. Cela dit, je ne leur en veux pas trop, leur motivation étant proportionnelle au temps de préparation de ma séance.

En effet, la veille, à la va vite sur mon cahier journal j’avais griffonné : Vocabulaire : le lexique des contes, BS. Ce qui voulait traduire cette intense et profonde réflexion pédagogique: Merde demain, vocabulaire, pfff. Fais voir la programmation. Le conte…mouais. Ok !  Brain Storming sur les personnages de contes pour la première séance. Et je ferai la fiche lexique en fonction de ce qu’ils m’auront trouvé. Ou plutôt, je trouve une fiche toute faite sur internet et je validerai les mots du Brain Storming seulement s’ils sont sur la fiche.

Je suis en train d’écrire « la fée » à la craie blanche sur mon tableau lorsqu’Amine (la seule personne réveillée de la classe) remarque justement : « On n’a trouvé que des gentils ».

Je regarde les trois mots inscrits au tableau : fée, princesse, prince charmant.

- Ah oui tu as raison. Tiens, on va faire deux colonnes et classer les personnages.

Plutôt fier de cette improvisation, j’espère réveiller les quelques endormis qui trouvaient la tâche un peu trop basique pour leur brain.

Du coup ça les pousse à trouver quelques  méchants que je note hâtivement dans la colonne de droite.

- Le loup !

- Le géant.

- L’ogre.

- Ben, l’ogre il peut être gentil aussi.

Innocemment, Aline vient d’ouvrir une brèche.

- Et le loup aussi, il y en a des gentils.

- Et les sorcières dans Harry Potter, elles sont gentilles des fois.

- Et les princesses, des fois, c’est des vraies peaux de vache.

Merci Aline. Moi qui croyais avoir affaire à des CP léthargiques, voilà une vraie révolution.

J’essaie alors maladroitement de leur expliquer que le caractère manichéen d’un conte et son univers formé d’oppositions simples permettent une lisibilité et une accessibilité pour  tous et qu’à leur âge, normalement, on se restreint à la notion gentil/méchant pour  la compréhension des contes et que si ils pensent qu’il existe des ogres végétariens et des loups amoureux, c’est à cause des auteurs de jeunesse actuels qui détournent allégrement les contes traditionnels à grand coup de décalages en mettant en scène des fées aigries et des géants timides.

Alors que je reprends mon souffle, Enzo demande :

- C’est quoi « manichéen » ?

- C’est les gants pour pas te brûler, lui explique Josie.

Ce qui semble satisfaire tous les élèves et les éclairer enfin sur mon obscure explication.

Amine, qui décidément est mon complice sur cette séance me sauve la mise et relance ma séance en déclarant :

- De toute façon, les ogres ça n’existe pas !

Des clameurs d’évidence partent de toute le classe et valide sa déclaration. J’en profite alors pour agrémenter ma séance :

- Tiens, on n’a qu’à mettre un petit astérisque sur tous les personnages qui n’existent pas.

Et de les énumérer au fur à mesure de la liste :

- Et les loups ?

- Oui, il en existe des loups.

- Et les princesses ?

- Oui, ça existe.

- Et les fées ?

- Non, ça n’existe pas.

Je ne m’en rends pas compte mais à chaque proposition de personnage, les élèves se regardent les uns et les autres et ils me scrutent pour voir ma réaction à chacune de leur réponse. Du bout des lèvres, ils répondent qu’untel existe ou n’existe pas. Mais c’est sans conviction. Cette évidence feinte que les fées et les sorcières n’existent pas, ce n’est qu’une façade pour ne pas perdre la face devant l’adulte qui dézingue leurs croyances à grands coups d’astérisques. Et moi, sans m’en rendre compte, je raye de leur petite tête des personnages qu’ils pensaient un jour rencontrer ou même devenir.

Et puis, j’entends Rémi qui prend la parole pour la première fois depuis 128 jours d’école (Oui, on fait « Chaque jour compte »).

- Et le Père-Noel ?

Silence !

Déjà, la stupeur de toute la classe d’entendre la voix de Rémi mais surtout l’attente de la réponse. Et 24 paires d’yeux qui me regardent écrire « Père-Noël » au tableau dans la colonne des gentils en se disant : « Allez Maître, Rémi, il ouvre pas la bouche pour dire n’importe quoi. Il réfléchit vachement. Cent vingt-huit jours qu’il attend le bon moment pour poser sa question, il faut pas le décevoir. Les fées, les ogres, on s’en balance, c’est pour le folklore. Le Père-Noël, ça c’est du sérieux. Allez ! Réponds !»

Me voilà piègé ! Vais-je être le premier adulte à leur balancer la vérité nue sur le Père-Noël à l’aide d’une petite étoile dessinée ou pas au tableau. 

J’entends déjà les reproches des collègues dans la salle des maîtres : « Quoi !? Gros barbare ! Tu as sacrifié leur innocence sur l’autel de la vérité. Tu as gâché leur enfance au nom du savoir ! Quel traumatisme !»

N’est-ce pas ce que l’on fait quotidiennement ?  Leur enseigner la vérité, le savoir.

Est-ce qu’au prix de l’innocence, j’arrêterai de corriger Nadiya lorsqu’elle dira « Je m’ai trompé(e) », de peur qu’elle soit traumatisée d’apprendre qu’au passé composé les verbes transitifs se conjuguent avec l’auxiliaire être ?

Cela dit, en y réfléchissant, je risque de gagner du temps dans mes corrections. D’ailleurs je ne corrigerai plus rien. Je lirai benoîtement leurs copies en m’attendrissant à chaque erreur : « Oh quel innocent ! Il croit que 8 c’est le double de 5 ! C’est mignoooon ! ».

Cette perspective me réjouit. Vive l’innocence ! Vive leur enfance ! Au diable la vérité, l’auxiliaire être et les corrections !

Alors d’un coup de paume de la main lapidaire, j’efface le Père-Noel du tableau (pour ne pas non plus perturber ceux qui n’y croit déjà plus).

Et c’est encore Amine qui vient à mon secours :

« Ah ben oui ! Le Père-Noel, c’est pas un personnage de conte ! Il est même pas dans Shrek ! »

La belle innocence
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2 mars 2016 3 02 /03 /mars /2016 12:15

Il y a quelques jours je me suis rendu au bureau de Poste de ma ville pour y poster une lettre. Je suis entré un peu fébrile avec ma missive à la main car, étant malade dans les virages, j’ai toujours peur d’avoir des nausées dans les queues en serpentin.

Fort heureusement, cela ne m’est encore jamais arrivé de vomir dans la file d’attente d’un bureau de Poste. C’est, je crois, dû à la lenteur excessive de progression. L’oreille interne ne perçoit même pas les changements de direction.

Toujours est-il que ce jour-là, la file d’attente vide et rectiligne m’amène directement devant une guichetière inoccupée à qui je tends ma lettre et un sourire en lui demandant poliment un affranchissement économique. Sur quoi, elle me répond tout aussi poliment :

- Il y a une machine juste là.

- Euh oui, mais je n’ai pas de monnaie.

- Elle prend la carte.

- Non mais je veux dire que j’ai un billet et je ne crois pas que…

- Si si… vous passez déjà à la machine qui fait la monnaie avec votre billet et ensuite à la machine à affranchir.

- Bon ben au revoir.

- Au revoir bonne journée.

- Merci ! Vous aussi.

J’ai failli ajouter :

- Et qu’on ne vienne pas nous emmerder dans cinq ans avec une opération escargot des guichetiers de la poste qui ont peur pour leurs emplois et qui se plaignent d’être remplacés par des machines

Mais je n’ai pas eu le cran et je me suis dirigé vers la machine à faire de la monnaie puis vers celle à affranchir.

Le soir même, j’avais dans ma boîte mail professionnelle un rappel sur le planning des formations pédagogiques et sur M@gistère, le copain de l’inspection qui nous forme à distance.

Au lieu de se retrouver un soir après l’école avec une bande de collègues de la circonscription, on reste chacun chez soi derrière nos ordinateurs à faire semblant de faire défiler le menu de la formation et à faire semblant d’ouvrir les liens et les vidéos, au cas un robot espion de l’Inspectrice contrôlerait la durée de connexion et l’activité de chacun de nous sur le site. Ensuite, on répond à un quizz en s’aidant largement de Google, un peu comme les auditeurs des Grosses Têtes de Ruquier, mais sans la pression de Florian Gazan qui répond trop vite.

Puis, on nous invite à mettre en œuvre en classe une séance ou une séquence en rapport avec le thème choisi cette année.

Enfin, nous sommes convoqués à une ultime réunion avec quelques collègues du même cycle pour confronter nos expériences et nos mises en œuvre récentes. Cette dernière partie est dite « en présentiel ». Quel joli mot ! Un néologisme apparu sans doute en même temps que son contraire : « formation à distance ».

Cette année, ils ont poussé le bouchon un peu plus loin et les mises en commun vont s’effectuer en classes virtuelles. Pour notre école, il s’agit de communiquer avec une école située à moins d’un kilomètre de chez nous, par ordinateur. Un Skype, mais en un peu moins fun. Certes, un kilomètre, c’est bien plus long que la distance séparant la guichetière de la machine à affranchir mais le principe est le même : éviter tout contact humain.

Il ne me tarde pas que cette mode du « à distance » apparaisse dans nos classes, qui d’ailleurs ne serviront plus à rien.

Les premières années, nous les enseignants, nous seront encore utiles. Quand un élève viendra devant notre bureau avec ses questions, nous jouerons le rôle de la guichetière inoccupée.

- Maître je voulais savoir si…

- Il y a une machine juste là.

- Oui, mais…

- Tu n’as pas de monnaie ? T’inquiète, c’est encore gratuit l’école.

- Bon ben au revoir.

- Et n’oublie pas de passer par la machine à corriger avant de sortir.

Puis, les élèves prendront le pli de se diriger eux-mêmes vers la machine sans passer par la case bureau. Alors le gouvernement aura raison de supprimer tous les postes d’enseignants inutiles et ce n’est pas une vulgaire opération escargot qui sauvera nos emplois.

Les plus doués en informatique bénéficieront d’une formation et ils garderont un pied dans la maison Education Nationale en devenant programmateur de machine à enseigner. Ils se sentiront encore utiles mais regretteront tristement les méthodes d’enseignement à l’ancienne.

Devant leurs ordinateurs, ils regretteront l’agitation quotidienne d’une classe vivante. Ils regretteront le sourire de Zoé qui a enfin compris comment comparer les nombres décimaux. Ils regretteront de ne pas pouvoir inventer une machine qui tiendra la main de Walid pour la guider au mieux dans la réalisation de la boucle finale de son f. Ils regretteront les échanges, les pleurs, les rires, les dessins, les cris, les chuchotements, les bruits, les silences, les fermetures Eclairs à remonter, les lacets à dénouer…

Bref ils regretteront tout ce que la distance leur aura volé.

A distance
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